Annie Sugier nommée officier de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy

Ce mercredi 21 octobre, on rendait hommage à l’une d’entre nous. Annie Sugier devait recevoir des mains du Président de la République, le grade d’officier de la Légion d’honneur. Rangés en brochette dans le grand salon de l’Elysée, les futurs légionnés attendaient. Annie faisait partie d’un lot d’une dizaine de candidats, venus des horizons les plus divers.

Les invités venaient de tous ces réseaux qui sont ceux d’Annie mais qui souvent n’ont rien à faire ensemble : des acteurs de la sécurité nucléaire, des associatifs qui se battent pour plus de transparence, son ancienne équipe à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, des experts internationaux, des amies féministes d’ici et d’ailleurs, des amis de RL… bref des personnes aussi éloignées les unes des autres qu’un directeur général d’un organisme de sécurité nucléaire, la championne du monde de boxe anglaise, un ami de l’Académie des Sciences et Pierre Cassen ou Anne Zelensky !

A côté d’elle, ironie du sort, un digne représentant de l’islam de France, tant vanté par Nicolas Sarkozy, Aberramane Dahmane ! Il y avait aussi un représentant éminent de la communauté juive. Le Président est éclectique.

Il est arrivé très à l’heure et en 20 minutes, au pas de charge, il a présenté nos lauréats, puis leur a épinglé comme il se doit, la breloque. Sachez que c’est le lauréat lui même qui doit l’acheter, que la fameuse distinction ne donne droit à aucune pension, ni avantage, si ce n’est honorifique. Pour dissiper les rumeurs qui courent sur cet « honneur » ajoutons qu’on ne demande pas la légion, elle vous est attribuée sur proposition de deux anciens légionnés au moins. Enfin, il est de bon ton de se gausser de l’insigne, qui parfois en effet ne récompense pas un authentique mérite.

Ce n’était pas le cas d’Annie. Plusieurs pages ne suffiraient pas à accueillir son CV. Aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan de l’engagement féministe, c’est une personnalité hors du commun, dont les compétences n’ont d ‘égal que la discrétion. Comme tous les gens de valeur, Annie n’a pas besoin de prouver la sienne en se mettant en avant.

Pour ceux/celles qui ne connaissent pas son parcours, voici quelques repères. Annie Sugier est scientifique de formation, physicienne et chimiste, elle a fait toute sa carrière dans le nucléaire, d’abord au CEA puis comme experte en sécurité nucléaire à l’IRSN ( Institut de Radioprotection et de sûreté nucléraire) où elle est actuellement conseillère scientifique.

Parallèlement, dès les années 70 elle a mené une activité militante en faveur du droit des femmes. Elle a ouvert le premier refuge pour femmes battues à Clichy en 1978, et créé avec Simone de Beauvoir dans les années 80, la Ligue du droit international des femmes (LDIF) , partant du constat que le droit des femmes variait au gré des cultures et des religions, comme si la notion de droits universels n’existait pas pour elles.

Dans ce cadre, elle s’est attaquée avec succès à l’excision, comme aux violences dont sont victimes les jeunes filles des cités. La LDIF a mené récemment l’action en justice sur le cas de Sohane, morte brûlée vive par un petit caid, à Vitry sur Seine. Grâce à l’acharnement d’Annie, le cas de Sohane restera dans les mémoires, comme exemple de la barbarie machiste. Autre combat, depuis des années : celui du sport et en particulier des Jeux Olympiques, afin de dénoncer l’apartheid sexuel dont sont victimes les femmes des pays islamiques.

Enfin Annie a contribué à plusieurs ouvrages collectifs (notamment : Maternité esclave »,1975 « Histoires du MLF »- 1977) « le livre noir de la condition des femmes » « les dessous du voile » 2008 )
Il fut un temps où, nous féministes, comme il était de bon ton dans les milieux de gauche, nous nous moquions de cet insigne, d’autant qu’il avait été crée par Napoléon, peu ami du droit des femmes, comme chacun sait. Mais quand il reconnaît les mérites de femmes qui ont œuvré pour faire avancer les droits des femmes, c’est un fameux pied de nez au dictateur ! Bel exemple de détournement de sens.

La soirée s’est terminée devant un bon buffet. Nous n’avons pas manque, Pierre et moi, un verre de champagne à la main, d’aller interpeller Dahmane. Comment se faisait il que des rassemblements entravaient la circulation, en occupant chaque vendredi certains trottoirs de la capitale, pour y faire la prière ? Notre homme, s’est déclaré débordé par le phénomène. Il nous a appris qu’il y en avait partout à Paris et en France. Il en avait discuté avec le Président. Il ne savait plus quoi faire. Puis il s’est éloigné vers des horizons plus dégagés.

Un petit tour dans les salons rutilants de l’Elysée, un coup d’oeil aux beaux jardins qui l’entourent, nous nous sommes attardées quelques instants dans ce palais de la République qui est la nôtre. Puis sous la pluie, nous nous en sommes allées, fières d’avoir partagé ce moment avec notre lauréate.

Anne Zelensky

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