Argumentaire pour un lecteur qui conteste la réalité de l’offensive de l’islam

Publié le 24 août 2009 - par
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Sébastien,

Vous souhaitez poursuivre le débat engagé entre nous qui fait suite à un de mes papiers paru dans Riposte Laïque.

http://www.ripostelaique.com/Au-nom-de-quoi-en-2009-devrais-je.html

Dans la dernière réplique qui m’est parvenue de votre part, vous soulevez de nombreux points. Compte tenu de la manière dont vous abordez certains d’entre eux, il faudrait de très longs développements pour vous répondre, tant il serait indispensable de repartir aux fondements de base de certaines notions.

Je reprends, un à un, les principaux reproches que vous m’adressez.

1/ Vous me reprochez de ne pas avoir le même traitement à l’égard du voile islamique et d’une paire de lunettes noires. Outre, l’absurdité de la remarque, vous faites offense aux femmes qui luttent pour leur liberté.

Fidèle à votre mode de pensée qui consiste à considérer que tout se vaut, vous vous étonnez d’un débat aussi vif sur le voile intégral alors que le jean slim, les tenues gothiques, le baggy et les lunettes noires (ce sont vos propres exemples) ne suscitent pas d’émoi particulier. Que puis-je vous dire mon cher Sébastien ? Vous ne pouvez tout de même pas sérieusement considérer que le port de la casquette ou de lunettes de couleur relève de la même problématique que le port d’un insigne religieux sexiste, dégradant et avilissant, que des millions de femmes dans le monde (et dans certaines nos banlieues) portent sous la contrainte en risquant humiliation, au mieux, arrestation, coups de fouet voire lapidation, au pire, quand elles tentent de s’en affranchir. Des femmes dans les pays musulmans, et ailleurs dans le monde, se battent pour dénoncer le voile au nom de la liberté et du féminisme. Certaines sont menacées de mort. Vous insultez ces femmes courageuses et vous méprisez leur combat quotidien en leur signifiant que leur voile est interchangeable dans ce qu’il signifie avec une perte de lunettes ! Pour ces femmes, Sébastien, porter un jean, pouvoir choisir sa tenue, aussi extravagante soit-elle, est une marque de liberté.

Si le jean slim ou les tenues gothiques ne font l’objet d’aucun débat, c’est tout simplement qu’il n’y a pas lieu d’en débattre. Ils ne sont en rien en contradiction avec les valeurs de la République ; ils n’en menacent pas les fondements ; ils ne traduisent pas une quelconque oppression ; ils sont inoffensifs ; ils sont souvent liés à des modes, et donc éphémères. Le baggy et les lunettes noires ne sont le signe de ralliement d’aucun mouvement politique, ni d’aucune secte extrémiste (à moins que cela m’ait échappé…). Si vous souhaitez lancer un débat sur le port de la chemise à manches courtes, afin d’en faire le pendant du débat sur le port du voile islamique, libre à vous Sébastien. Je crains que vous ne vous couvriez rapidement de ridicule. Quels seront les éléments de la controverse ? La question du port du voile, au contraire, mobilise des associations en très grand nombre (ici, et ailleurs dans le monde), des intellectuels, ou nos responsables politiques qui parfois légifèrent comme en 2004 (en interdisant le port du voile dans les écoles publiques). C’est que le sujet n’est ni anodin, ni ridicule ; il est essentiel et dissimule des enjeux fondamentaux.

Vous persistez dans votre propos à ne voir dans le voile qu’un simple vêtement (un « simple morceau de tissu » selon vos termes). Vous avez mal lu mon premier papier. Un bonnet est un vêtement. Il a une fonction pratique : se protéger du froid. Il peut aussi relever d’une mode ; dans ce cas sa fonction est esthétique. Le voile islamique, lui, a une fonction politico-religieuse (l’ordre des deux mots importe). Ce n’est pas un vêtement, même s’il en a l’aspect. Vous l’admettez du reste vous-même implicitement, puisque, dans votre première réaction vous remplaciez le mot « voile » par ceux de « croix » ou de « kippa ». Sauf erreur de ma part, ces deux derniers objets ne sont pas des vêtements, mais des signes qui sont le témoignage de l’adhésion à une pensée spécifique. J’attends avec impatience que vous me renseigniez sur l’idéologie des porteurs de lunettes sombres ou de chandails. N’importe qui peut s’accoutrer d’un bonnet sans distinction d’âges, de sexes, de convictions politiques… que sais-je encore ? Ce n’est pas le cas du voile. L’individu qui s’en affuble (ou qui doit s’en accommoder sous la contrainte et la menace) ne peut être qu’une femme, doit être de confession musulmane et cherche par son port à véhiculer un discours à caractère idéologique.

2/ Vous vous demandez (encore) pourquoi il faut interdire le voile intégral !

Vous prétendez ne pas trouver d’arguments qui justifieraient une interdiction du voile intégral en France dans ce que j’écris. Que vous ne soyez pas d’accord avec mes arguments, je l’entends ; que vous fassiez comme s’ils n’existaient pas, relève d’une volonté délibérée de ne pas les voir.

Sur cette question, je vous invite :

– à lire attentivement Riposte Laïque. Vous y trouverez une multitude d’articles qui justifient l’interdiction du voile intégral. Complétez avec le livre Les Dessous du Voile publié récemment par l’équipe du journal ;

– à prendre connaissance attentivement de la pétition lancée à l’initiative d’Anne Zelensky, Annie Sugier et Pierre Cassen (n°97 de Riposte Laïque). Vous y trouverez un condensé des arguments que vous prétendez inexistants ;

– allez faire un tour sur le site de l’Assemblée nationale afin de prendre connaissance des auditions conduites par la mission d’information parlementaire mise sur pied en juin dernier.
Voici le lien : http://www.assemblee-nationale.fr/13/dossiers/voile_integral.asp

– Enfin, à moins qu’il soit judicieux de commencer par là, je vous conseille vivement de lire l’opuscule intitulé Bas les voiles !, signé d’une romancière et anthropologue iranienne, Chahdortt Djavann. L’ouvrage est très bref (73 pages). En une heure de lecture, vous percevrez enfin ce qu’est vraiment un voile islamique. L’intérêt de cet écrit est sa source. L’auteur n’est pas un occidental, blanc, conditionné par des stéréotypes issus du colonialisme, raciste plus ou moins refoulé et méprisant à l’égard des autres cultures. Il s’agit d’une femme, issue d’un pays de confession et de culture musulmanes, éprise de liberté et d’émancipation.

3/ Vous niez l’existence d’une offensive de l’islam contre la laïcité.

Plusieurs remarques s’imposent :

– vous écrivez que la France est déjà un pays laïque, et qu’il n’y a par conséquent pas (ou plus) de combat à mener. Une fois de plus, permettez-moi de vous renvoyer à l’histoire (vous êtes décidément bien ingrat et négligent avec Clio). Elle nous enseigne qu’un principe, une valeur ou un idéal ne sont jamais des acquis définitifs. L’Histoire n’est pas un parcours linéaire qui exclurait retours en arrière et régressions. Penchez-vous sur les questions sociales et vous constaterez que des acquis conquis de haute lutte peuvent aisément être détricotés. Une société est en permanence traversée, agitée par des rapports de force. Il serait naïf de croire tout le monde, en France, chérit la démocratie, les droits de l’homme et de la femme, les droits sociaux ou la laïcité. Les menaces sont permanentes. La vigilance doit être constante. Ces menaces sont, certes, plus ou moins dangereuses. Cela dépend des circonstances. Dans les années 1930, une frange de la population française de la droite extrême vouait une haine sans limite au régime démocratique de la Troisième République. Minoritaire, cette frange n’en a pas moins instauré le régime de Vichy, qui s’est empressé de bafouer les acquis conquis depuis 1789.

– La deuxième remarque est une question : quand une menace pèse sur un acquis, faut-il attendre la disparition dudit acquis pour se mobiliser ?

– De plus, il faut être bien aveugle pour ne pas voir qu’une frange de l’islam veut mettre à terre la laïcité. Ne renversez pas les rôles s’il vous plaît. Ce n’est pas la laïcité qui lutte contre l’islam ; c’est lui qui veut ébranler les fondements laïques de la République française. Les laïques comme moi ne font que répliquer au travail de sape auquel se livre les islamistes et leurs affidés dans le souci de défendre un principe constitutif de notre modèle (excusez-nous d’y être attaché).

– Enfin, vous prétendez ne pas voir en quoi l’islam constitue une menace pour la laïcité aujourd’hui en France. Je vous pose une question simple : sans l’islam, serions-nous en train de débattre laïcité aujourd’hui en 2009 ? Qui a rouvert un débat sur la question des signes religieux dans l’espace scolaire à partir de 1989 ? Les catholiques ? Les juifs ? Les laïques ? Les athées ? Ou les musulmans ? Pourquoi les principes de la laïcité à l’hôpital public doivent être régulièrement rappelés par des circulaires ministérielles ou des chartes ? Parce que les croyants s’autorisent de plus en plus souvent la remise en cause de la laïcité dans les établissements de santé. Les musulmans sont souvent en première ligne (femmes qui accouchent en burqa ou qui refusent de porter les vêtements fournis par l’hôpital au prétexte qu’ils ne couvrent pas assez le corps, maris qui refusent que leurs femmes soient prises en charge par des hommes…).

Pourquoi un ministre de l’Education nationale a-t-il récemment demandé un état des lieux de l’application de la laïcité à l’école ? Pas pour amuser la galerie Sébastien. Mais tout simplement par conscience des remises en cause dont elle est l’objet de la part de collégiens, de lycéens ou de leurs parents. C’est le rapport de Jean-Pierre Obin (je vous ai déjà conseillé de vous le procurer) qui dresse le bilan demandé. Permettez-moi la citation de quelques passages : « certains quartiers nous ont été décrits, par des chefs d’établissement et des élus comme « tombés aux mains » des religieux et des associations qu’ils contrôlent » (1). Lesdits religieux appartiennent la plupart du temps à… l’islam.

Le rapport souligne ce qu’il appelle « les régressions de la condition féminine » (pp. 313-315). Vous étonnerai-je en vous disant que là aussi l’islam tient le haut du pavé ? Concernant la revendication des signes ostentatoires, les auteurs sont sans ambiguïté : « les cas les plus nombreux concernent les élèves souhaitant affirmer leur appartenance à la religion musulmane » (p. 325). Il en va de même pour les revendications à caractère alimentaire (p. 330). Qui sont les élèves qui quittent les cours au moment de l’évocation de la shoah ou des textes de Voltaire ? Des enfants catholiques ? Athées ? Agnostiques ? Non évidemment. Ce sont des enfants musulmans gangrénés par un antisémitisme cultivé dans certaines familles musulmanes (ce racisme-là vous préoccupe-t-il autant que celui que vous prétendiez, à tort, déceler chez moi ?).

Le rapport conclut ainsi : « dans certains quartiers, qui sont loin répétons-le de se cantonner aux banlieues des grandes villes, se sont déjà édifiées des contre-sociétés closes » (p. 364). Et les groupes qui les dominent « dénoncent l’intégration [à la société française] comme une apostasie ou une oppression » et entendent construire une « nation musulmane » extérieure et en opposition à la nation française (p. 365). Franchement Sébastien, considérez-vous toujours que les laïques s’agitent pour rien ? Restez-vous persuadé que l’islam(isme) ne menace ni ne fragilise la laïcité en France ? Et ce n’est pas fini. L’évocation de la loi de 1905, pilier de la laïcité en tant que séparation des Eglises et de l’Etat, s’impose.

Quelle religion en réclame la modification ? Sans l’islam, cette loi fondatrice serait-elle menacée d’être remise en cause ? Dans un pays où les déficits de l’assurance maladie menace l’égalité de tous devant les soins, vous souhaiteriez que l’on concède qu’une partie de nos impôts aille au financement de lieux de culte pour une religion dont de nombreuses valeurs entrent en contradiction avec les droits de l’homme et de la femme ? Et il faudrait accepter cela dans un pays qui désormais compte près de 30% de sans religion, de nombreux athées (ils sont plus nombreux que les musulmans !) et autres agnostiques ? Ne trouvez-vous tout de même pas que les enjeux sont de taille ? Allez en faire autant avec des problèmes de jean slim et de lunettes noires !

4/ Ensuite vous mélangez et traitez sur le même registre des notions qu’il importe de distinguer soigneusement, le tout dans une syntaxe qui n’aide pas à la clarification de votre propos.

A l’évidence, vous avez une maîtrise pour le moins bien approximative de nombreux concepts auxquels vous recourez. Ma remarque, au ton professoral je vous l’accorde, est dictée par le seul souci de vous inviter à l’approfondissement de certaines notions.

Vous écrivez, par exemple, que la France ne peut pas être laïque (vous veniez juste de souligner que notre combat n’avait aucune justification, la France étant déjà laïque… mais passons) puisque à vos yeux (je confirme que ce n’est effectivement qu’à vos yeux !) « l’étatisme et la croyance en la démocratie sont eux-mêmes des religions avec leurs livres, leurs espoirs abêtissants, leurs apôtres… » (je me suis autorisé à corriger les fautes d’accords et d’orthographe, j’espère que vous ne m’en voudrez pas).

Passons sur l’étatisme, dont je ne vois absolument pas ce qu’il fait là.

Quant à la démocratie, vous ne pouvez pas la traiter comme une croyance religieuse. Elle est une forme (parmi d’autres) d’organisation ou d’association politique qui fait du Peuple (ou de la Nation) la source de la souveraineté (c’est-à-dire de l’autorité législative). Elle implique la délibération dans des débats contradictoires entre les citoyens afin de déterminer les règles du vivre-ensemble et d’assurer la cohabitation des individus dans un espace déterminé.

La religion, elle, est une croyance, en l’occurrence en une force surnaturelle. Elle est fondée sur des dogmes indiscutables, car prétendument révélés. La religion n’est pas le lieu de la délibération, elle est le lieu de la vérité absolue, donnée a priori.

En démocratie, l’individu est doté d’une capacité de jugement autonome qui peut évoluer au gré des circonstances, des débats, des échanges, des rencontres…

En religion, l’individu a une capacité de jugement considérablement encadrée et réduite : il doit admettre un dogme dont la remise en cause est sanctionnée par l’exclusion (appelée excommunication chez les catholiques, et qui peut prendre la forme de l’élimination physique chez les islamistes).

On pourrait définir la démocratie comme un lieu (le forum, l’agora ou les assemblées délibératives) dans lequel les opinions s’expriment, y compris les religieuses.

La religion est une attitude, une conviction, fondée sur un lien à une force prétendument divine : elle n’est pas un lieu dans lequel on délibère sur le fond (tout au plus le fait-on sur la forme).

Je suis contraint de faire simple.

Plus loin, vous mettez sur le même plan (c’est une manie chez vous… vous avez du mal à voir en plusieurs dimensions…) la croyance dans le paradis d’une part, et l’idéal républicain d’autre part, dont vous dites qu’il s’agit, dans les deux cas, de croyances indémontrables basées sur des dires invérifiables.

Dans une dissertation, cela vous voudrait certainement un commentaire acide et agacé du correcteur, du genre : « aucun sens », « les notions de base ne sont pas acquises », « que de confusions »…
Reprenons afin de dénouer ce nœud.

L’idéal républicain est une notion qui n’a pu être forgée qu’après que, grâce aux philosophes des Lumières, on fut persuadé que la quête du bonheur sur terre importait davantage que le prétendu bonheur dans l’au-delà.

Que l’existence du paradis soit indémontrable, je vous l’accorde bien volontiers… et pour cause.

Mais appliquer ce souci de la démonstration à l’idéal républicain, cela n’a tout simplement aucun sens Sébastien. Il n’y a rien à démontrer, ni à prouver. Il y a un modèle sociopolitique terrestre à faire vivre.
Un idéal est un but à caractère asymptotique : on tente de s’en approcher tout en étant conscient de l’impossibilité de l’accomplir dans sa plénitude. En l’occurrence, le but ici est nommé : il est républicain, c’est-à-dire, si l’on retourne à l’étymologie, qu’il vise l’organisation de la chose publique. Dans l’acception française, cet idéal a un contenu concret qui se décline en principes : liberté, égalité, fraternité / solidarité (nationale), mixité et laïcité. C’est donc un idéal d’ici-bas que des individus ont contracté. Sa réalisation est immédiate, concrète, réelle ; pas repoussée à la fin de la vie. En revanche, elle n’est pas parfaite, elle est en permanence en construction. C’est un édifice jamais achevé.

Plus loin encore, vous frisez l’audace en écrivant : « je ne peux prendre au sérieux une théocratie se disant laïque ». Bon là, soyons honnêtes, c’est tout simplement n’importe quoi !

Excusez-moi Sébastien d’être aussi direct : vous ne maîtrisez ni la notion de théocratie, ni celle de laïcité, vu les absurdités que vous écrivez. Je reprends brièvement quelques points avant de vous renvoyer à une lecture qui vous sera des plus profitables.

En ce qui concerne la théocratie, nul besoin d’aller très loin. Ouvrez un bon dictionnaire et vous y lirez une définition approchante : régime politique dans lequel l’autorité est censée émaner d’une divinité (en démocratie, elle émane de la souveraineté populaire) et dans lequel le pouvoir est détenu (plus ou moins directement) par une caste sacerdotale et/ou un souverain considéré comme le représentant de dieu sur terre. Par extension, on considère parfois comme théocratie un régime politique dans lequel les ministres d’une religion détiennent un rôle décisif, notamment en matière de législation.

Les théocraties dans le monde d’aujourd’hui, il en existe de nombreuses. Il se trouve (qu’y puis-je ?) qu’elles sont souvent musulmanes. Il n’est qu’à citer l’Iran, l’Arabie Saoudite ou le régime des taliban (pluriel de « talib », qui signifie étudiant en religion). Mais plus largement, les pays dans lesquels le coran est la principale source législative peuvent être considérés comme des théocraties.

Si vous considérez que tout se vaut au point qu’un régime politique dont un des principes clés est la laïcité (comme la France) n’est que le pendant à un régime politique théocratique, cela signifie probablement qu’il vous serait indifférent de vivre sous l’un ou sous l’autre (quand partez-vous vous installer en Iran ?). Pour vous, c’est la même chose. Il est tout de même honteux d’oser véhiculer une telle ineptie. Pour vous, les femmes iraniennes ou saoudiennes n’ont donc rien à envier aux femmes françaises ! Pour vous les libertés et les droits des minorités religieuses sont aussi bien respectés en Iran, en Arabie Saoudite qu’en France !

Dois-je vous rappeler qu’en Arabie Saoudite il est tout bonnement interdit de construire des églises, alors que dans le même temps l’Arabie Saoudite profite de notre laïcité (liberté religieuse) pour financer la construction de mosquées en Europe ? Dois-je vous rappeler que l’Irak est en train de se vider totalement de ses chrétiens, chassés par les musulmans qui usent de l’intimidation, de la violence et de l’assassinat ? Assumez vos inepties, et allez expliquer aux femmes opprimées des théocraties musulmanes qui rêvent de vivre en Occident que tous les régimes politiques se valent et qu’elles ne gagneront rien à la laïcité européenne.

Assez étrangement les flux de réfugiés politiques et religieux dans notre monde sont plutôt à sens unique. L’avez-vous remarqué ? Ils vont des dictatures théocratiques musulmanes (entre autres, mais c’est le sujet ici) vers les pays occidentaux. Les organisations internationales ne relèvent pas de cas de réfugiés politiques français qui demandent l’asile en Arabie Saoudite ou au Pakistan pour persécution religieuse (informez-moi si je me trompe). La situation ne vous fait-elle pas penser à la guerre froide ? Bizarrement, les flux de réfugiés politiques étaient aussi à sens unique. C’est que là aussi tout ne se valait pas. Vivre sous les cieux occidentaux était plus enviable que vivre sous les cieux communistes. Ce qui ne signifie pas du reste que le modèle occidental soit parfait. Cela signifie seulement qu’il est préférable à d’autres.

Quant à la laïcité, Sébastien, vous devez absolument vous informer de ce dont il s’agit. Car, permettez-moi de vous dire que vos propos, à ce sujet, transpirent l’ignorance. Mais, je vous rassure la connaissance et la laïcité partagent ce point commun d’être de perpétuelles constructions qu’il faut en permanence compléter.

Commençons par ce que la laïcité n’est pas, contrairement à ce que vous affirmez. La laïcité n’est pas une doctrine et encore moins un dogme ! Elle n’est pas plus une croyance. Comme beaucoup d’ignorants vous pensez que la laïcité est une doctrine alternative à la religion (allez… mettons cela sur le compte de vos professeurs qui ont peut-être négligé ce point des programmes scolaires). Vous vous trompez. La laïcité ne propose pas une conception philosophique rivale aux religions.

La laïcité est un mode d’organisation particulier dont l’objectif est précisément de rendre possible l’expression de toutes les opinions, religieuses ou non. C’est donc un mode de fonctionnement d’une organisation sociopolitique qui vise à rendre possible la cohabitation de la diversité des pensées. En ce sens, elle est à l’opposé des théocraties dans lesquelles une doctrine officielle fondée sur une croyance religieuse est imposée du sommet vers la base (la population). Ce que doivent penser les individus est dicté par les religieux. Et cette pensée est monolithique, monopolistique et interdit toute contradiction. La laïcité (je m’attache ici à sa version française… ne compliquons pas trop), elle, n’impose aucune croyance, aucune vérité officielle, aucune doctrine ; elle les rend toutes possibles (dans certaines limites, cela va de soi ; le racisme n’est pas une opinion, mais un délit).

Dans un régime laïque comme la France, on peut être catholique, musulman, protestant, juif, bouddhiste, hindou, indifférent à la question religieuse, agnostique, déiste, athée, pratiquant, non-pratiquant, clérical, anticlérical, de gauche, de droite… et que sais-je encore ? Vous noterez que ma liste ne contient pas « laïque », puisque ce n’est pas une option doctrinale parmi d’autres, mais la forme qui permet aux différentes options citées d’être adoptées par des citoyens libres, en dehors de toute pression. Mieux : dans un régime laïque on peut changer d’opinion au cours de sa vie. On peut naître catholique ou musulman et finir en indécrottable athée ; on peut se convertir d’une religion à une autre…

A l’inverse, dans un régime théocratique, la doctrine officielle portée par l’Etat ne laisse aucune marge de manœuvre aux individus (si ce n’est dans la clandestinité). Ceux-ci sont contraints d’être adeptes (ou de faire semblant) de l’idéologie d’Etat à fondement religieux. Cette idéologie est diffusée par les écoles dans lesquelles les enfants apprennent en général à lire à partir du livre considéré comme sacré (en termes de conditionnement, il est difficile de faire plus efficace). La France a eu son régime à caractère théocratique : il s’agissait de la monarchie absolue… de droit divin. Ah ! Je vous entends râler : « encore de l’Histoire ! ». Le catholicisme était la religion du roi et la seule religion autorisée. Les athées, agnostiques, et les adeptes d’autres confessions religieuses étaient persécutés. Comme aujourd’hui dans les théocraties musulmanes où l’athéisme est interdit, tandis que le prosélytisme chrétien est désormais passible de la prison en Algérie.

La laïcité a précisément consisté à construire un espace dans lequel les individus seraient libres de choisir leurs convictions, et autonomes dans leur capacité de jugement.

Un autre volet de la laïcité, notamment à la française, est contenu dans la première définition connue du mot (fin du 19ème siècle) : « organisation sociopolitique dans laquelle le plan du religieux et des institutions publiques sont distincts ». Ce volet est consacré en France par la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Cette séparation des deux champs signifie :

– que l’Etat n’a pas de religion et n’en professe aucune, n’en privilégie pas. C’est le sens de la neutralité, qui est confessionnelle. Ainsi, la confession (ou l’absence de confession religieuse) des dirigeants de l’Etat ou des agents publics n’est donc pas contrainte (contrairement à ce qui se passe en régime théocratique : le roi de France devait être catholique, le président iranien doit être musulman).

– La séparation signifie aussi que l’Etat ne finance aucune religion. C’est sur ce point, que vous auriez pu arguer d’un non-respect de la laïcité en France. Une enquête récente révéla en effet que par le biais de différents artifices et subterfuges, les fonds publics financent la construction des mosquées à hauteur de 30% de leur coût en moyenne. C’est contraire à la loi de 1905 (article 2).

J’entends répondre à ce stade de mon propos à une de vos remarques. Il y aurait, selon vous, une contradiction majeure à défendre la laïcité, tout en réclament de l’Etat qu’il légifère sur la burqa ou le niqab. Cette loi témoignerait de la volonté de l’Etat de se mêler de questions religieuses, ce qui pour vous est incompatible avec la laïcité. C’est que vous n’avez compris ni ce que signifie la neutralité laïque, ni les raisons qui motivent une loi contre la burqa.

La laïcité implique que soit précisément délimités et cernés les domaines et espaces d’intervention ou non des religions. Pour cela, L’Etat doit bien légiférer sur les questions religieuses. Comment voulez-vous que soient marquées les limites fixées aux religions, sans légiférer en visant lesdites religions ? Mais, il ne s’agit pas de légiférer sur le dogme ou la croyance. Seulement sur ce qui est licite ou illicite sur le territoire de la République. Par exemple, un croyant (catholique ou musulman) pourrait bien prétendre que l’excision est une pratique religieuse fondée sur une interprétation d’un texte sacré, l’Etat doit l’interdire car c’est une mutilation physique handicapante.

La neutralité confessionnelle de l’Etat ne lui interdit pas de se prononcer sur des questions qui relèvent de la religion. Là, vous faites un contre-sens. Ce fut le cas avec le port du voile et la loi de 2004. Le législateur ne s’est pas prononcé sur le dogme. Que le port du voile soit une prescription coranique ou pas, c’est aux musulmans d’en débattre, mais uniquement entre eux (il est du reste piquant de les voir incapables de s’accorder sur ce que leur dieu veut… celui-là non plus manifestement n’a pas brillé par la clarté de ses requêtes) ! L’Etat, lui, se prononce sur la conformité ou non du port du voile au regard des principes et des lois qui fondent notre organisation sociopolitique (on peut d’ailleurs vouloir infléchir ces principes, c’est tout le but des lobbies musulmans). Et s’il estime qu’il y a une contradiction à même de fragiliser les fondements républicains, il pose des limites à l’expression religieuse dans l’espace public. Car le rôle de l’Etat est de fixer les règles de vie en commun. Il ne peut donc pas ne pas se prononcer sur la manière dont la religion apparaît dans les espaces de vie commune. C’est n’est absolument pas en contradiction avec la neutralité, qui est de caractère confessionnelle.

Bien entendu, la laïcité est un concept qui n’est pas monolithique. D’autres traditions historiques en proposent des variantes qui l’éloignent de sa version française. C’est ainsi que dans les traditions anglo-saxonnes le port du voile est autorisé à l’école ; tandis qu’en Tunisie, pays musulman, si l’Etat et la religion ne sont pas séparés, le voile est interdit depuis 1980 dans les écoles et les administrations (2). Notez qu’en la matière la législation tunisienne précède la française ! Il serait pour le moins absurde, avouez-le, de taxer Bourguiba d’avoir été motivé dans son interdiction du voile par un réflexe colonial ! Cela pour vous dire, que je ne vous oblige pas à adhérer à la laïcité à la française. Vous pouvez lui préférer sa cousine anglo-saxonne, si vous estimez qu’elle donne de meilleurs résultats, notamment en termes d’intégration et de brassage des populations. Les faits semblent plutôt vous démentir… Car la laïcité à l’anglo-saxonne a un corollaire : le communautarisme, qui est le contraire de l’échange et qui privilégie la mosaïque des groupes seulement juxtaposés. C’est cela que vous voulez ? Pourquoi pas ? Mais dites-le.

Quant aux raisons qui motivent l’interdiction de la burqa, elles ne sont pas essentiellement fondées sur la laïcité. Là encore vous commettez un amalgame que je n’ai pas fait dans mon article qui a suscité votre première réaction. Je réclame une loi au nom de la protection des femmes, au nom du féminisme et de l’égalité des sexes et parce que le voile est le signe le plus tangible de la progression d’un islamisme radical en France. Ne me prenez pas pour un naïf. Je sais parfaitement que ce n’est pas l’interdiction du voile qui fera disparaître l’idéologie qu’il rend visible. Un travail plus profond doit être mené, qui n’exclut pas néanmoins d’interdire le voile intégral.

Je vous avais promis une référence bibliographique. La voici : HAARSCHER Guy. La Laïcité. Paris : PUF, collection « Que Sais-Je ? », 2005. Vous trouverez dans ce livre tous les éclaircissements qui vous permettront de comprendre, enfin, ce qu’est la laïcité. Vous y trouverez des passages utiles sur l’histoire, sur les questions du voile et du communautarisme. J’espère qu’à l’issue de cette lecture, vous serez débarrassé de votre conception erronée de la laïcité. Ce qui ne signifie pas que vous vous rallierez à mes idées ; je vous l’ai dit, la laïcité a différentes versions. Vous pouvez aussi être contre la laïcité. Dans ce cas, exprimez-le clairement en ajoutant des arguments solides. Mais ne faites pas de la laïcité ce qu’elle n’est pas, pas un dogme et encore moins une théocratie.

5/ Vous supputez que « l’islam [me] fait peur » et que l’une des mes motivations est « la peur du totalitarisme islamique ».

A priori, vous ne contestez pas qu’il existe un totalitarisme islamique. Si nous sommes d’accord sur ce point, pourquoi ne devrais-je pas en avoir peur ? Je m’effraie de tous les totalitarismes, figurez-vous. Pas vous ?

Ce totalitarisme est du reste à l’œuvre dans le monde : en Iran, en Arabie Saoudite, en Afghanistan, dans certaines provinces du Pakistan… et sous des formes plus atténuées dans d’autres pays musulmans. Il n’est pas une hypothèse ; il est une réalité ! Au fait, avez-vous remarqué que c’est précisément dans ces pays totalitaires que le voile islamique est le plus porté, parce qu’il est imposé par la loi ? Vous n’aurez tout de même pas l’audace de n’y voir qu’un fait du hasard !

Alors bien sûr je vous rejoins. En France, nous sommes encore en démocratie laïque. Et le totalitarisme islamique n’est pas aux portes du Palais Bourbon. Soit. Pour autant, il a ses ramifications en France, il a ses partisans, ses organisations, ses sites Internet, ses imams… Il n’est pas absent. Il est tellement présent qu’il refuse l’interdiction de la burqa par la loi (s’il était fantomatique, on ne l’entendrait pas…). Il est présent au point de menacer de mort des intellectuels (Robert Redeker), des journalistes (Mohamed Sifaoui)…

Dans le reste de l’Europe, il a déjà, par l’intimidation, fait interdire des pièces de théâtre (Le Fanatisme ou le Prophète Mahomet de Voltaire n’est plus joué), il menace de mort des apostats (en Allemagne des femmes se mobilisent à ce sujet), aux Pays-Bas ce totalitarisme a déjà assassiné (le cinéaste Théo Van Gogh), il a contraint à l’exil Ayaan Hirsi Ali… Que vous faut-il Sébastien ? Vous prétendez ne pas percevoir le moindre péril musulman en France (ou en Europe). C’est que vous êtes bien peu attaché à la liberté et aux valeurs de la République. Ce que je conçois puisque vous êtes incapable de faire de hiérarchie et que tout se vaut à vos yeux. Si le pire vaut le mieux, pourquoi en effet défendrait-on le mieux ?

Dans les années 1930, le totalitarisme fasciste n’était pas au pouvoir en France, mais il l’était en Allemagne et en Italie. Toutefois, il existait dans notre pays des ligues qui se revendiquaient d’une proximité plus ou moins forte avec ces régimes. Globalement, ces ligues étaient plutôt groupusculaires et pesaient peu électoralement. Pour d’aucuns la République démocratique était une forteresse inexpugnable. Ce n’était pas quelques groupes d’agités qui allaient la menacer de sombrer. Pourtant… en 1940, les ligues d’extrême droite criaient victoire à l’instauration du régime de Vichy.

6/ Vous opposez « nationaliste » et « islam ».

Comme vous le faites si bien, vous amalgamez des termes sans le moindre scrupule : vous écrivez dans une de vos phrases que la laïcité est nationaliste en me demandant si moi-même je le suis.
« La laïcité est nationaliste » : voilà bien une phrase de plus qui n’a pas de sens. Mais, je fais tout de même un effort pour essayer de vous comprendre. Sans doute voulez-vous dire que ceux qui défendent la laïcité, comme moi, sont de fielleux nationalistes. Le nationalisme est à l’évidence une pensée qui suscite votre aversion. Mais c’est que dans votre grille de lecture simpliste des concepts politiques vous l’associez uniquement à des repoussoirs comme la xénophobie, le racisme, l’extrême droite et Jean-Marie Le Pen. Vous attendez ainsi que je vous déclare mon nationalisme pour pouvoir faire de moi un frontiste. Que dis-je ? Vous vous impatientez. Ce serait tellement pratique pour vous : vous n’auriez plus à argumenter (ouf !), mais juste à me condamner. Je dois bien le reconnaître, ce serait plus simple pour vous.

Savez-vous que le nationalisme fut d’abord une idéologie de gauche ? Il faut pour cela remonter à la Révolution française et au 19ème siècle. Le nationalisme était alors porteur de la fierté d’un modèle politique spécifique, issu de la période révolutionnaire. C’est vers la fin du 19ème siècle qu’il a pris ensuite un tour plus de droite. Pour autant, le nationalisme ne se réduit pas à sa version d’extrême droite, c’est une idéologie aux contours bien plus complexes. L’ouverture d’un manuel de base d’histoire politique s’impose.

Nationaliste ou pas nationaliste, toujours est-il que je suis attaché, en effet, au modèle républicain français. Est-ce permis ? Si ce modèle n’a pas de sens pour vous, soyez assuré qu’ailleurs dans le monde, là où les droits les plus élémentaires des individus sont bafoués (allez… au hasard… dans de nombreux pays musulmans), cela veut dire quelque chose. Parmi ce qui fonde le modèle républicain (qui est loin d’être parfait dans sa réalisation), on trouve la laïcité, cette forme d’organisation sociopolitique qui permet que des personnes aux opinions différentes vivent ensemble. Dans beaucoup d’autres pays au monde, Sébastien, les différences d’opinion entraînent violences, attentats, meurtres, exils forcés, guerres, massacres, voire nettoyages ethniques. Connaissez-vous des pays plus divers, en termes de cultures, d’opinions professées, d’origines… que les pays européens ? J’y pense… peut-être le Liban. Mais c’est aussi un parfait repoussoir de ce que peut engendrer le communautarisme.

La diversité est-elle plus grande dans les pays musulmans que dans les pays européens ? Non ! C’est même l’inverse. Aujourd’hui, poursuivant ce qui s’y est passé au 20ème siècle, ce sont des pays qui tendent à l’homogénéisation culturelle et religieuse, pas à la diversité. Le voyage récent du pape en terre dite sainte fut l’occasion de rappeler que le christianisme est en voie d’extinction dans la plupart des pays musulmans. L’une des motivations du génocide des Arméniens par les Turcs en 1915 était précisément cette volonté d’homogénéisation (les Arméniens sont majoritairement chrétiens). Aujourd’hui la Turquie peut se vanter d’être à 99% musulmane… elle n’a eu de cesse de débarrasser son sol des non-musulmans. Où voyez-vous la diversité ?
En France ou en Turquie ? La politique de l’Egypte aujourd’hui est la même. Elle tente de pousser les coptes (chrétiens) à l’exil en les persécutant et en les asphyxiant économiquement (d’où l’abattage des porcs au prétexte de la grippe A).

Maintenant, je vous donne le choix Sébastien : préféreriez-vous être musulman dans un pays européen ? Ou chrétien, ou bien athée, dans un pays musulman ?

Oui, j’éprouve une certaine fierté face à ce qu’un pays comme la France a bâti. Elle a construit une démocratie, un pays de liberté, où l’égalité en droit et des sexes est au fondement de ses valeurs, où toutes les opinions sont admises, où l’on dit son désaccord avec l’autre par le verbe et non l’AK-47 ou l’attentat suicide…
Si ce modèle ne vous convient pas, lequel lui préférez-vous, dites-moi ?

Voilà, je crois ne rien avoir oublié d’essentiel.
Je ne pourrai plus, si toutefois vous donniez suite, répondre aussi précisément par la suite. La reprise de mon activité professionnelle approche. Je n’en aurai plus le temps.

Dernière remarque : dans votre dernière réplique, vous reconnaissez (c’est tout à votre honneur, vraiment) que vous avez eu tort de me soupçonner de racisme. Seulement voilà, le texte qui l’insinuait circule sur Internet. Vous comprendrez aisément que je m’en offusque vivement. Je pourrais y voir une diffamation à mon endroit. Je vous serais donc reconnaissant de bien vouloir corriger, sur Internet, cette appréciation à l’emporte-pièce qui me porte, moralement, préjudice.

Cordialement,

Martin Moisan

(1) L’école face à l’obscurantisme religieux. 20 personnalités commentent un rapport choc de l’Education nationale. Paris : Max Milo Débat, 2006, p. 302.

(2) CHARFI Mohamed, « La laïcité selon Bourguiba », In Les Collections de l’Histoire, n°30, janvier-mars 2006, p. 70.

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