Ce n’est pas la République qui stigmatise l’islam, c’est l’islam qui stigmatise la République !

Le verbe «stigmatiser» – et son action, appelée «stigmatisation» – sont désormais à la mode. Cette mode fleurit grâce à l’islam. Personne n’y échappe : ni les responsables politiques, ni les intellectuels, ni les journalistes, ni monsieur Tout-le-Monde : analyser le rôle jouée par les mosquées ou le Coran dans la transmission des valeurs, interdire les minarets et leurs inévitables appels à la prière, refuser les oraisons publiques, la burqa ou le voile, dénoncer la nourriture halal, s’insurger contre les mariages forcés, l’inégalité des sexes ou la finance islamique, c’est, d’un commun accord, stigmatiser la communauté musulmane.

Les inconditionnels de l’islam sont donc autorisés à faire ce que bon leur semble, sitôt qu’ils le font au nom de l’islam : dans tous les cas, la raison est avec eux par le stigmate indéfectible qui salit toute critique à leur endroit.

Brigitte Bardot en personne en a fait la douloureuse expérience, suite à sa protestation contre l’égorgement d’animaux non étourdis lors de l’Aïd el-Kebir, alors même qu’elle était unanimement soutenue dans sa défense des bébés phoques – que de prétendus chasseurs massacraient avec la sauvagerie que l’on sait !

Brigitte Bardot ignorait seulement une chose : c’est qu’on ne stigmatise point l’islam impunément !

Mais ce qu’au demeurant chacun semble d’abord ignorer, c’est le sens exact du verbe «stigmatiser». Rappelons donc que «stigmatiser» signifie «noter d’infamie, condamner définitivement et ignominieusement» (Petit Robert).

Or, si le mot a bien l’acception que lui accorde le dictionnaire, qui peut prétendre qu’une critique de l’islam stigmatise l’islam ?

Si je m’indigne de ce que des animaux aient la gorge tranchée pour satisfaire aux exigences d’un rite ancestral, en quoi vouerais-je à l’opprobre toute une communauté ? Si je critique l’obligation faite aux musulmans de ne pas épouser un non-musulman, en quoi suis-je ignominieux à l’égard des musulmans ? Si je récuse le devoir de battre l’épouse désobéissante, en quoi noterais-je d’infamie le couple musulman ? Si je blâme le voile islamique, en quoi blâmerais-je celle qui le porte ? Interdire le voile à l’école, est-ce interdire l’école à l’élève musulmane ? Supprimer le voile, est-ce supprimer la personne ? Proscrire la burqa, est-ce condamner définitivement l’être humain qu’elle enferme ?

Par ailleurs, comment se fait-il que des critiques de même nature adressées aux juifs ou aux chrétiens ne soient jamais interprétées comme des stigmatisations de ces derniers ?

Il semble ici que l’explication soit, d’une part, dans la nature sacré de l’islam ; d’autre part, dans cette idée que seul l’islam est sacré, et que le «sacré» est «inviolable». Donc s’il est une religion qui ne peut, par définition, être critiquée, c’est bien l’islam.

La conséquence est on ne peut plus claire : les problèmes que rencontre l’islam au sein même de la République ne sauraient venir de l’islam mais de la République !

Alors ?

Alors, il va falloir que nos amis musulmans comprennent qu’à supposer que l’islam soit sacré, il ne détient pas pour autant le monopole du sacré. La République peut l’être tout autant, et la patrie, et les Droits de l’Homme, et l’Histoire. Cet élargissement – que la raison ne saurait nier – donne soudain à la notion de stigmatisation son vrai «sens», c’est-à-dire sa vraie «direction» et sa vraie «signification». Et ce n’est se tromper ni de direction ni de signification que de rétablir l’ordre des choses, car, en l’occurrence, ce n’est pas la République qui stigmatise l’islam, mais bien l’islam qui stigmatise la République !

Si je siffle la «Marseillaise», ne flétris-je point la France et son Histoire ? Si je crache sur le visage du chef de l’Etat, ne suis-je point abject à l’égard de l’Etat, de son premier représentant, et de la nation qu’il incarne ? Si j’affirme que je transforme la France en lui imposant progressivement des valeurs anti-françaises, ne marqué-je pas du déshonneur extrême le pays qui m’accueille ?

Qui stigmatise qui ?

Qu’ont fait ces jeunes d’origine algérienne réunis en grand nombre, place du Capitole, à Toulouse, après la victoire de l’Algérie sur l’Egypte, le 18 novembre 2009 ? Ont-ils célébré la performance d’une équipe de football ? Cela eût été agréable – et même admirable – la liesse sportive étant un moment de lumière dans un quotidien qui en manque souvent. Pourtant, nous avons assisté à tout autre chose, et même au pire, puisque parmi ces jeunes gens, plusieurs ont non seulement escaladé la façade de la mairie pour y planter le drapeau algérien – ce qui est une façon patente de mépriser nos institutions – mais ont arraché le drapeau français qui s’y trouvait, pour le brûler ensuite dans la joie générale ! Voilà où se trouve la véritable stigmatisation ! Car il s’agit là d’un outrage public volontaire, touchant au symbole même de la France, et plus encore d’un avertissement – qui ne peut s’expliquer que par l’envie affichée de mettre le feu à ce que nous sommes : la France en feu serait enfin purifiée, car elle est impure aux yeux de ces jeunes, faute d’être musulmane !

Les stigmates sont donc dans nos murs : c’est l’intégration rejetée de fait par ceux-là mêmes qui n’ont cependant d’autre solution, pour vivre avec nous, que d’apprendre à respecter la France, à défaut de l’aimer.

Maurice Vidal

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