Certaines réactions contre l’article d’Anne Zelensky ont des relents de communautarisme

Anne Zélensky dénonçait, à juste titre, dans le numéro 103 bis, la décision du maire de Paris de reporter un Conseil Municipal afin que les élus de confession juive puissent rester chez eux pour célébrer leur fête du Grand Pardon. On est en droit de se demander pourquoi cet article a provoqué des réactions aussi virulentes de la part de certains lecteurs.

http://www.ripostelaique.com/Lettre-ouverte-a-Bertrand-Delanoe.html

Ce qui est surprenant c’est de constater que des personnes qui soutiennent notre combat contre l’offensive islamique, qui apprécient notre livre « Les dessous du voile », puissent s’insurger avec autant d’indignation contre l’article d’Anne. En défendant l’idée que des accommodements de calendrier, comme celle décidée par le maire de Paris, en raison de fêtes religieuses, sont justifiées, donc « raisonnables », ils ont, au fond, la même conception de la laïcité que tous les communautaristes.

Parmi les personnes qui ont protesté contre l’article d’Anne, l’une d’elles affirme que « toutes les religions appartiennent à la sphère privée » mais qu’il y a quand même « quelques grandes fêtes religieuses qui doivent être respectées ». Belle pirouette que cette déclaration qui pose un principe et se termine par un bémol ! La laïcité, serait donc à géométrie variable ? Demander que toutes les grandes fêtes religieuses soient respectées au sein des instances décisionnelles de l’Etat, c’est tout simplement prôner pour une laïcité ouverte qui donnerait des prérogatives aux différentes communautés de croyants en bafouant les règles élémentaires édictée par la loi de 1905 ; loi de séparation des Eglises et de l’Etat dont je vous en rappelle l’ article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

De même, évoquer la possibilité donnée aux élèves et enseignants de s’absenter pour fête religieuse, ce n’est pas un argument très judicieux. Je ne pense pas être la seule dans ce pays à m’insurger contre cette mesure anti-laïque et particulièrement injuste pour les athées, agnostiques, déistes ou autres, qui, comme moi, n’ont droit à aucun jour pour fête païenne. Les Bulletins Officiels n’ont rien de sacré et d’immuable surtout lorsqu’il y figure une mesure aussi contestable qui introduit une forme de discrimination dans la fonction publique entre les croyants et les non croyants.

Faire référence au jour de Noël, qui est un jour chômé par tout le monde et qui n’a de sens religieux que pour ceux qui y voient autre chose qu’une belle histoire, c’est comme si vous reprochiez à tous les catholiques de France de l’avoir imposer aux autres religions. C’est oublier que notre calendrier républicain, fait de jours de congés qui s’appliquent à l’ensemble des citoyens de ce pays, s’est construit sur une histoire qui n’est ni celle des juifs, ni celle des musulmans. La France a bel et bien, une identité baignée de catholicisme et nous n’avons pas à la renier. Nous avons nos vieilles églises, nos cathédrales, Noël, Pâques, La Toussaint, comme nous avons notre Carnaval, nos cochonnailles et nos fromages. Nous n’allons pas revenir là dessus de la même manière que n’avons pas à nous repentir en permanence des croisades ou de la colonisation.

Je ne peux m’empêcher de comparer vos réactions, chers lecteurs, avec les propos de ceux qui, parce qu’ils trouvent les paroles de la Marseillaise trop violentes, voudraient qu’on en modifie le texte et, pourquoi pas, la musique. Il faudrait, d’après eux, repenser notre hymne national, le remette au goût du jour, il faudrait « l’accommoder », en quelques sortes.

Décidemment, la frénésie de l’accommodement gagne sur tous les terrains. Gageons qu’elle ira jusqu’à contaminer nos valeurs les plus « franchouillardes » et qu’on trouvera, incessamment sous peu, dans les rayons des supermarchés, des camemberts estampillés cacher ou hallal.

Non, messieurs-dames, ce n’est pas respecter la laïcité que de permettre à quelques membres d’un Conseil Municipal de faire ajourner une réunion de travail à cause d’une fête religieuse, qu’elle se nomme « jour du grand pardon », « Aïd » ou autrement. Il ne s’agit pas de demander aux élus de la République, de renoncer à leur religion. Il s’agit de maintenir le terreau du vivre ensemble qu’est la laïcité en édictant clairement des règles communes qui n’accordent aucune dérogation de circonstance au fait religieux quel qu’il soit.

Je suis, par ailleurs, consternée de constater que certaines personnes de confession juive, qui affirment être laïques, n’acceptent pas ou difficilement que l’on critique leur pratiques religieuses. Je ne vais pas revenir sur la question de la circoncision, sujet qui a déjà fait polémique dans les colonnes de RL, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il existe en France, mais pas seulement, un réel barrage à la critique du judaïsme. Si je dis que je trouve très ridicule et complètement archaïque l’interdiction d’appuyer sur un interrupteur, (il faut attendre que quelqu’un le fasse à votre place si vous voulez prendre l’ascenseur), pendant la période du shabbat, je ne sais pas si je ne vais pas m’attirer une volée de bois vert dans le prochain courrier des lecteurs.

On va sans doute me dire qu’il n’y rien de commun entre une demande d’exception formulée par des élus de confession juive et l’offensive de la religion musulmane qui s’impose partout au détriment de nos valeurs communes garantie par le principe de laïcité. Peut être. Mais, au risque de m’attirer la foudre de Yahvé, je pense aussi qu’il existe, entre ces deux communautés de croyants, une similitude de comportements, propre à tous les communautarismes. La tentation du repli identitaire n’exempte pas les membres de la communauté juive. Les réactions à l’article d’Anne Zélensky, comme celles suscitées par la publication de mon article mettant en cause la pratique systématique de la circoncision, en sont la preuve.

Aujourd’hui, nous sommes en résistance contre la destruction programmée de nos valeurs républicaines et laïques. Nous avons tout intérêt à renforcer les rangs de ce front de résistance, à l’élargir au-delà des clivages gauche-droite, au-delà des sensibilités politiques et surtout sans tenir compte des croyances, ou non croyances, de chacun. Mais cela ne peut fonctionner que si les laïques de confession juive évitent de jouer une partition sur deux tons en défendant la laïcité avec un discours communautariste. Laissons ce double langage à nos adversaires communs.

Brigitte Bré Bayle

This entry was posted in DEBATS LAIQUES. Bookmark the permalink.

Comments are closed.