Ces pseudo-élites, fascinées par le modèle anglo-saxon, qui veulent gommer la France…

Publié le 26 juillet 2010 - par - 256 vues
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Les confessions d’un anglomane français

La question linguistique et culturelle intéresse, je crois assez peu, Riposte Laïque et Résistance Républicaine. C’est, je le pense, un tort. On ne saurait oublier, en effet, que si l’islamisme est notre ennemi intérieur et extérieur, l’anglomanie actuelle (pour ringarde et rétrograde qu’elle puisse être) ne constitue pas moins aujourd’hui un danger tout aussi important, qui partage avec le premier quelques traits communs.

D’abord, parce qu’il s’agit dans les deux cas d’une offensive extérieure, qui trouve des soutiens et des relais très nombreux et très influents à l’intérieur même de nos frontières, par le biais (mot ici très polysémique) de nos pauvres « élites » françaises, qui n’ont décidément pas la même vision que nous du passé, du présent et de l’avenir. On ne compte plus, en effet, les attaques (répétées) des faiseurs d’opinions anglo-saxons contre la France, sa culture, sa langue. Du Times à Time Magazine, ce sont toujours les mêmes méthodes : notre supposé déclin, notre supposée défaite, sont devenus pour beaucoup de journaux anglo-saxons, de véritables marronniers. Comme s’il s’agissait pour eux, non d’affirmer tranquillement une vérité définitive (sinon, pourquoi la rabâcher ?) mais plutôt pour persuader, et surtout se persuader, du déclin ou de la défaite de la langue et de la culture française. Cela ne s’adresse évidemment qu’aux esprits faibles, ou mal renseignés, qu’il faudrait à tout prix maintenir dans l’erreur. Mais cela participe surtout de l’auto-persuasion.

Ce travail psychologique (Sollers l’a depuis longtemps bien montré) vise à mettre dans la tête des gens non pas ce qui est mais ce que certains voudraient : il faut absolument convaincre (ou plutôt persuader) les français que leur culture et leur langue ne sont plus qu’une chose morte, perdue dans les limbes de l’Histoire, justement parce qu’elles constituent, au contraire, un obstacle solide à l’hégémonie anglo-saxonne et au triomphe planétaire et sans partage du capitalisme et de sa sous-culture d’uniformisation par le bas. Ainsi, la culture française est-elle précisément attaquée en tant que culture aristocratique, et porteuse d’une tradition élitiste particulièrement offensante, parce seule capable, comme telle, de résister à l’idéologie infantilisante et abêtissante des tenants de l’ultra-libéralisme anglo-saxon. Seule des peuples incultes ou acculturés peuvent vraiment, succomber à ses charmes et s’y convertir sans même y penser.

Le parallèle avec l’islam, qui cherche à ringardiser la laïcité pour s’imposer sur notre sol est tout à fait saisissant, et de même que l’islamisme trouve des soutiens et des relais auprès des « élites » françaises pour s’imposer, de même l’anglomanie trouve chez ces mêmes pseudo-élites françaises ses nouveaux condottiere, idiots utiles qui croient sans doute mener la guerre pour leur propre compte; et même si certains savent très bien pour qui et pour quoi ils mènent la guerre (un certain Monsieur K.)

Dans le camp des naïfs, le plus bel exemple récent de « dhimmitude » envers l’Imperium anglo-américain, nous vient d’un certain Frédéric Martel, pseudo-élite à plusieurs casquettes, comme toutes nos pseudo-élites, qui aiment tant les monopoles. Celui-ci est, si on en croit certaines sources, écrivain, journaliste, sociologue, animateur d’une émission sur France Culture, et fut, tout à tour mais aussi parfois simultanément : chef du Bureau du livre à l’Ambassade de France en Roumanie, chargé de mission au Département des affaires internationales du Ministère de la Culture, conseiller de Michel Rocard, conseiller technique au cabinet de la Ministre de l’Emploi et de la Solidarité, Martine Aubry (tiens, tiens…), chercheur à l’EHESS et conseiller du président de cette institution – Jacques Revel -, attaché culturel à l’Ambassade de France aux Etats-Unis, co-fondateur avec Martin Hirsch (tiens, tiens…) de l’Agence nouvelle des Solidarités actives, co-rédacteur du rapport de Bernard Kouchner (tiens, tiens…) sur le service civique, membre du Centre d’analyse et de prévisions du Ministère des Affaires étrangères, et j’en oublie sûrement…

Cet adolescent attardé, au cerveau ramolli par la sous-culture anglo-capitaliste niaise et illusoire, s’est en effet fendu d’un article dans Le Point du 08 juillet 2010, au titre en tout point éloquent : « Français, pour exister, parlez English ! » Autrement dit, si vous parlez français, vous n’existez pas, ou en tout cas, c’est que vous ne souhaitez pas exister. « L’imbécile le plus convaincu de son époque » y assène avec optimisme, et même je crois avec conviction et avec le sentiment d’être un brillant intellectuel, les pires sottises, et les pires contre vérités qui puissent être dites sur la langue et la culture française aujourd’hui. On notera d’abord la tendance chez ce monsieur pas très impartial, à sans cesse minimiser le poids et l’influence réels de notre culture et de notre langue, et à exagérer au contraire, le poids et l’influence de langues et de cultures dont on voit mal en quoi elles brilleraient particulièrement (mais sans doute le critère est-il l’appartenance à un ancien empire colonial autre que français…)

Ainsi nous explique-t-il que le nombre de francophones (dits « réels ») dans le monde, ne se situerait « probablement » qu’entre 150 et 200 millions – alors que des statistiques très sérieuses prouvent qu’ils sont au moins 200 millions à parler le français quasi-quotidiennement et à un très bon niveau (c’est cela être un francophone « réel ») -, et pour nous expliquer ensuite que face (entre autres) au hindi, à l’ourdou, au Bengali, comme au Russe et au Mandarin, « le français ne pèse plus ».

Mais qui sont donc ses informateurs et ses maîtres à penser ? Car un tel personnage se doit d’avoir des informateurs et des maîtres à penser, tant il semble incapable de s’informer et de raisonner par lui-même. Les francophones ayant un niveau et une régularité de pratique inférieurs à ceux des francophones dits « réels », sont pourtant, rien que dans l’espace dit « francophone », plusieurs centaines de millions, qui s’ajoutent aux 200 millions qui le parlent presque tous les jours, et fort bien, ce qui fait beaucoup de monde (mettons : pas loin de 500 millions de personnes)

D’autre part, ce Martel veut oublier que des centaines de millions de francophones « réels » ou « occasionnels » (selon la terminologie de l’OIF) vivent, étudient, travaillent, échangent dans notre langue sur les cinq continents, ce qui n’est pas le cas des populations asiatiques ou eurasiatiques qu’il cite benoîtement. Il veut oublier que parmi les nations totalement ou partiellement francophones, on compte des membres du sacro-saint G8 (France, Canada…sans parler du cas particulier des Etats-Unis où le français est somme toute la troisième langue la mieux représentée, après l’anglais et l’espagnol)

Celui-ci nous explique, par ailleurs, que la francophonie décline partout, alors qu’elle connaît, au contraire, un net regain dans les pays du Maghreb, et particulièrement au Maroc, et gagne du terrain à Maurice, ou même en Suisse, sans parler du fait que les tendances démographiques actuelles sont favorables aux francophones un peu partout dans le monde, et par exemple en France, au Canada (le Québec connaît une forte augmentation de sa natalité), mais aussi en Belgique (taux de natalité des Bruxellois et des Wallons supérieur désormais à celui des Flamands) : on notera qu’il s’agit là de pays modernes, riches et développés….

Enfin, comme tout se tient (mon raisonnement finalement comme le sien), on ne s’étonnera pas d’entendre notre ami parler d’un renouvellement et d’une redynamisation de « notre langue » (mais est-ce bien encore la sienne ?) qui, comme par hasard, s’appuieraient « sur le français des quartiers, source permanente d’invention linguistique », notre homme s’émerveillant devant ces « milliers de mots en verlan qui enrichissent notre langue », et qu’il faudrait valoriser « dans les dictionnaires et les écoles. » S’en suit une invite à piocher avantageusement dans le néo-vocabulaire des blogs, des SMS, des « posts », de Twitter, « véritables laboratoires de la langue française. »

Il existe donc encore plus naïf et suicidaire que les idées d’Attali, ce qui est en soi un exploit (si notre homme a également eu l’occasion de rencontrer Mitterrand, qu’est-ce que ce dernier a donc bien pu lui faire croire, à lui aussi…) Je crois que ce monsieur Martel n’a pas compris que c’est justement tout cela : l’anglais « globish », le parler des banlieues, qui est ringard, et condamné à mourir, parce qu’il n’y a là-dedans rien qui soit assez solide pour servir de fonds baptismaux à une civilisation viable, et digne de ce nom…

Etienne Baschy

(1) Bernard Kouchner, l’homme qui aurait préféré ne pas être français, et regrette amèrement de ne pas être anglais, lui qui pourtant ne sait même pas parler correctement la langue de Shakespeare. Tout le monde a encore en mémoire la déclaration hilarante de notre diplomate, prononçant: « we will eat them » au lieu « hit them »…) Mais on pourrait citer aussi M. Alain Minc, auteur de La Mondialisation heureuse ( !) , qui idolâtre l’Amérique et le Royaume-Uni, et s’était plaint un jour, lors d’un débat télévisé (« On n’est pas couché », France 2) que la France n’ait pas colonisé l’Inde comme les Anglais, plutôt que le Tchad (ce qui est, bien entendu, sur le plan historique, une belle ineptie !)

(2) http://www.lepoint.fr/culture/francais-pour-exister-parlez-english-08-07-2010-1212478_3.php

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