Vingt ans après les premières offensives pour imposer le voile islamique et d’autres « accommodements raisonnables » sur notre territoire, le problème n’est toujours pas réglé et donne lieu à des positions officielles contradictoires.
A Toulouse, Sabrina Trojet est une doctorante de 25 ans, titulaire d’une allocation de recherche. Elle travaillait dans un laboratoire du CNRS à l’Université Paul Sabatier. Elle y portait le voile. En mars 2008, la direction de l’Université est saisie du problème, et estime que, selon son avocat : « Les étudiants ont le droit de porter des signes religieux ostentatoires mais à partir du moment où ils deviennent salariés et donc agents de l’Etat, il y a des règles à respecter. Un agent public a un devoir de neutralité. »
En juillet 2008, l’Université demande donc à Sabrina Trojet de retirer son voile à son travail. Celle-ci s’y oppose, et tente de faire diversion en portant un foulard plus sommaire et en prétendant que ce n’est pas un signe religieux contrairement à son ancien hijjab. Aidée de l’avocat Gilles Devers du Mrap, elle fait traîner les discussions jusqu’à février 2009 où la direction de l’Université décide de la licencier.
Mais la militante islamique et ses soutiens décident de contester cette décision auprès du Tribunal Administratif de Toulouse. L’audience a lieu mardi 14 avril. Le lendemain, le Mrap publie une lettre ouverte au président de l’Université (1), en le sommant de réintégrer Sabrina Trojet et en le menaçant de saisir la Halde s’il ne s’exécute pas. Curieusement, cette lettre est signée par un tout nouveau « Collège de la présidence du Mrap » (sic !), collège composé de Mouloud Aounit, Bernadette Hetier et Renée Le Mignot.
Le tribunal rend son verdict le vendredi suivant : il rejette la demande d’annulation du licenciement, formulée par Sabrina Trojet et son avocat du Mrap. Le tribunal estime qu’« aucun des moyens invoqués » par elle « n’est de nature à faire naître un doute quant à la légitimité de la décision attaquée. »
Et effectivement, ces arguments, repris dans la lettre du Mrap et qui rappellent ceux utilisés dans les délibérations alambiquées et pompeuses de la Halde, sont contradictoires. En effet, ils invoquent les fameux articles 225-1 et 2 du Code pénal sur les discriminations, en les appliquant au licenciement de Sabrina Trojet. C’est donc bien considérer celle-ci comme une employée rémunérée d’un service public, et donc à qui la loi interdit les signes religieux. Mais la plaignante et le Mrap évoquent par ailleurs la loi du 15 mars 2004 sur la laïcité à l’école, en utilisant le même artifice que celui de toutes les délibérations de la Halde en faveur des voilées : comme cette loi est limitée aux écoles primaires, aux collèges et aux lycées, le voile serait autorisé partout ailleurs. Ce qui est évidemment fallacieux, puisque justement, les agents du service public sont tenus à n’afficher aucun signe religieux. Mais cet argument permet de faire passer Sabrina Trojet pour une simple étudiante, usager du service public en quelque sorte, et non salariée de celui-ci comme le dit pourtant le premier argument.
Un autre argument est que Sabrina Trojet a troqué, sur son lieu de travail, son « voile islamique » contre un « foulard sicilien », qui, selon l’avocat Gilles Devers, ne serait pas un signe d’appartenance à l’islam. Mais alors, dans ce cas, pourquoi évoquer la discrimination religieuse dans la plainte pour contester le licenciement ? Il faudrait savoir !
Ces tentatives de noyer le poisson ont échoué : le Tribunal Administratif confirme clairement la légitimité du licenciement. L’avocat du Mrap indique à la presse que sa cliente et lui-même décident de porter l’affaire devant… la Halde et le Conseil d’Etat. Il accuse également l’Université et le Tribunal Administratif d’« intégrisme laïque ». Evidemment, le ban et l’arrière-ban de l’islamogauchisme se mobilise pour Sabrina Trojet, depuis oumma.com jusqu’à un collectif gauchiste « La Guerre Tue » de Toulouse, qui crée un site de soutien (2).
Il sera intéressant de voir quelle sera la réaction de la Halde, saisie conjointement par Sabrina Trojet et par le Mrap. Nous avons déjà montré comment cette officine para-policière et para-judiciaire montrait un zèle remarquable à défendre le voile islamique et les autres « accommodements raisonnables » exigés par des musulmans. Cette défense vire à la promotion quand la Halde publie dans un journal pour enfants un dessin en faveur du voilage des petites filles.
La Halde prendra-t-elle la défense de Sabrina Trojet ? Elle a certes systématiquement pris parti en faveur des étudiantes voilées, aux côtés du Mrap et d’officines communautaires islamiques, comme par exemple à Montpellier (3). Mais il s’agissait de simples élèves, et non pas d’employées du service public comme dans le cas de la doctorante toulousaine. Etant donné que le montage d’arguties qu’elle utilise généralement a été rejeté par le Tribunal Administratif quand ces arguties sont reprises par Sabrina Trojet, son avocat et le Mrap, l’équipe de Louis Schweitzer se trouve devant un bel embarras juridique et aura un peu plus de difficulté à jouer son rôle d’idiot utile de l’islam politique.
Un autre exemple de cette collaboration de la Halde avec les troupes de Mahomet se trouve dans une délibération toute récente, hélas occultée dans l’actualité par l’affaire de l’appel de la Halde à supprimer toute préférence nationale ou européenne dans la fonction publique. Il s’agit d’un « avis » sur « l’expression religieuse dans l’entreprise privée » (4). La délibération comporte pas moins de 9 pages où la Halde utilise son verbiage habituel pour déguiser son objectif sous des sophismes juridiques. C’est tellement confus que la Halde a cru bon d’en faire une « synthèse » d’une page diffusée aux médias (5).
La Halde se base sur le principe de « la liberté de religion et de convictions » pour affirmer que, comme « aucune disposition législative ou réglementaire n’encadre spécifiquement l’exercice de la liberté religieuse au sein de l’entreprise privée », alors cette « liberté » donne un large droit aux salariés à « l’expression » de leur religion sur leurs lieux de travail. Et pour la Halde, ne pas respecter cette « expression » serait discriminatoire, avec la classique inversion de la charge de la preuve.
La Halde fixe tout de même des limites à ce « droit d’expression » : « prosélytisme, actes de pression ou d’agression à l’égard d’autres salariés… », « impératifs de sécurité au travail, de santé ou d’hygiène », « nature des tâches à accomplir, notamment lorsque la prestation de travail est en lien avec la clientèle ». Mais c’est à l’employeur de prouver que toutes les mesures de limitation du « droit d’expression » religieuse qu’il prendrait sont « proportionnées » et « fondées sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination ». Et comme à son habitude, la Halde fait croire que tout règlement intérieur condamnant les signes religieux ou politiques serait illégal. Nous avons déjà démonté cette manipulation qui veut surtout désarmer les entrepreneurs ou les administrateurs qui prônent la laïcité sur les lieux de travail (6).
Cette délibération de la Halde est un véritable blanc-seing donné aux islamistes et autres intégristes pour exiger non seulement des « accommodements raisonnables » dans les entreprises, mais également pour y faire leur propagande. En effet, les « limitations » concédées par la Halde sont des plus floues. Où commence et où finit par exemple le « prosélytisme » ou la « pression », quand la Halde dit que « les discussions politiques ou religieuses et, d’une manière générale, toute conversation étrangère au service » ne peuvent être interdites ? Qui, dans une entreprise, est « en lien avec la clientèle » ou pas ? Et même dans le cas de commerciaux, par exemple, quid des hommes qui refuseraient de serrer la main des clientes femmes ?
Eric Denécé nous avait expliqué la stratégie des islamistes qui consiste à multiplier les « accommodements raisonnables » : « Dans l’ombre, discrètement, ils poussent, ils poussent, ils poussent pour essayer de changer la société française de l’intérieur partout où ils se trouvent, même si c’est encore à de petits niveaux. » Et les entrepreneurs qui y résistent sont désignés comme « racistes » par la Halde, le Mrap, et les mouvements musulmans, et sont traînés dans la boue et devant les tribunaux.
De plus, la Halde comme tout le lobby islamogauchiste qui se cache dans un pseudo-antiracisme a toujours évité de donner la parole à ces patrons stigmatisés sur la place publique et d’écouter leurs arguments. Pas une seule fois, malgré des dizaines de milliers de pages de rapports sur les « discriminations » dont on les accuse ! Il est tout de même étrange que ceux-là même qui trouvent mille excuses « sociales » aux délinquants et aux émeutiers de banlieue ne cherchent pas à comprendre pourquoi des chefs d’entreprises évitent parfois d’embaucher des musulmans. Mais tout simplement, comme l’ont dit certains d’entre eux à la commission Bouchard-Taylor au Québec, pour ne pas se voir imposer des « accommodements raisonnables » nuisibles à leurs entreprises !
Que feront ces patrons à qui la Halde met le couteau sous la gorge ? Deux commentaires relevés sur un blog juridique qui parle de cette délibération de la Halde résume parfaitement le côté contre-productif de celle-ci comme de tout ce fatras communautariste (8) :
- « Devant tant de « précautions » à prendre et de problèmes en perspectives que pensez-vous que fera un employeur lors de son choix à l’embauche ? Il évitera soigneusement de se mettre dans une situation inextricable. Cette attitude complaisante de la Halde vis-à-vis des signes religieux est contre-productive pour l’emploi des femmes musulmanes. »
- « Il n’est pas facile pour une entreprise d’embaucher une personne dont on ne peut cerner la personnalité. En règle générale, pas question d’engager quelqu’un qui risquera de poser des problèmes à l’entreprise. Donc, on ratisse large et, obligatoirement, il y a dérapages et dommages collatéraux. On n’engagera pas de femmes voilées ou d’hommes barbus, etc. Que peut-on faire ? L’entreprise engage des collaborateurs pour que ceux-ci se coulent dans le moule qu’on appelle « esprit d’entreprise » et travaillent à la promotion de celle-ci. Pas pour risquer la contestation. Il est clair qu’afficher sa religion dans l’entreprise ne favorisera pas l’emploi de certaines catégories de personnes. »
Donc non seulement cet avis de la Halde ne va en rien diminuer la discrimination abusive contre des musulmans réels ou supposés, mais il va la catalyser et la justifier encore plus. On se demande même si la Halde ne le fait pas exprès pour augmenter son fond de commerce, et surtout celui d’officines marchandes spécialisées ès discriminations que certaines membres de son « comité consultatif » dirigent (9) !
La meilleure preuve de cet effet contre-productif, c’est que ni la Halde ni ses alliés « antiracistes » ne sont capables de fournir la moindre statistique selon laquelle tout leur travail financé par les contribuables depuis des années aurait fait diminuer les discriminations qu’ils prétendent combattre. Tout au contraire, la Halde ne cesse de réclamer davantage de moyens financiers et de pouvoirs policiers et judiciaires en disant que son activité est de plus en plus importante.
L’antinomie entre la décision du Tribunal Administratif de Toulouse et le prosélytisme pro-voile de la Halde – officine d’Etat – et des islamogauchistes est également une démonstration de l’inefficacité et des contradictions de leurs campagnes d’islamisation de tous les rouages de notre société civile. Voilà le constat qu’on peut faire, vingt ans après la première affaire d’élèves voilées dans une école publique, à Creil. Vingt ans d’aveuglement de nos dirigeants, qui n’ont pas osé appeler un chat un chat. Vingt ans qui donnent raison à l’ouvrage « Les dessous du voile » publié par Riposte Laïque.
Vingt ans de fanatisme, aussi, y compris dans l’affaire de Toulouse.
Dans une interview à La Dépêche du Midi, Sabrina Trojet dit (10) : « Je suis musulmane comme mes parents. Le port du voile est mon choix. Mais le problème ne se situe pas là. Ce n’est pas une question uniquement religieuse. Je ne comprends pas l’excès de cette décision. Et d’autant moins que, contrairement à ce que laisse entendre l’université, j’ai essayé de m’adapter aux remarques qui m’ont été faites. J’ai abandonné mon voile pour un foulard plus classique. Jamais je ne me suis entêtée, et encore moins opposée. (…) Et je ne suis pas une provocatrice, je ne représente que moi. »
Ce n’est pas être « entêtée » que de risquer de gâcher « huit ans d’études » et tout un « projet professionnel » en refusant de se plier aux règles du service public, et tout cela pour un bout de tissu ? Vouloir porter ce foulard à un tel prix, comme s’il était vissé sur sa tête et que sa vie en dépendrait, ce n’est effectivement plus « une question uniquement religieuse » : cela dépasse largement le cadre de convictions spirituelles. Une « religion » qui pousse des gens à de telles extrémités, et ses prosélytes comme le Docteur Thomas Milcent qui explique à des collégiennes que leurs voiles étaient plus importants que l’école, et ses idiots utiles comme la Halde qui dit que les musulmanes sont « obligées » de porter le voile dans les entreprises, ne « représentent » pas qu’une Sabrina Trojet. Tout cela représente aussi un fanatisme quasiment suicidaire pour soi et pour les autres.
Plusieurs lecteurs me reprochent de vilipender la Halde dans mes articles. Mais comment accepter qu’un organisme d’Etat soutienne en notre nom ce fanatisme, qui cause tant de souffrances dans le monde musulman et également dans nos « territoires perdus de la République », et persécute non pas les prosélytes de ce fanatisme, mais ceux qui s’y opposent ?
Roger Heurtebise
(1) [http://www.mrap.fr/communiques/DiscriminationUniversiteToulouse->http://www.mrap.fr/communiques/DiscriminationUniversiteToulouse]
(2) [http://www.soutien-sabrina.org->http://www.soutien-sabrina.org]
(3) [http://www.halde.fr/IMG/alexandrie/4066.PDF->http://www.halde.fr/IMG/alexandrie/4066.PDF]
(4) [http://www.halde.fr/IMG/pdf/Deliberation_2009-117.pdf->http://www.halde.fr/IMG/pdf/Deliberation_2009-117.pdf]
(5) [http://www.halde.fr/IMG/pdf/Synthese_de_l_avis.pdf->http://www.halde.fr/IMG/pdf/Synthese_de_l_avis.pdf]
(6) [http://www.ripostelaique.com/N-obeissez-jamais-aux-injonctions.html->http://www.ripostelaique.com/N-obeissez-jamais-aux-injonctions.html
(7) http://www.ripostelaique.com/Eric-Denece-les-grandes.html
(8) [http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2009/04/15/foulard-dans-l-entreprise-ce-qu-en-dit-la-halde.html->http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2009/04/15/foulard-dans-l-entreprise-ce-qu-en-dit-la-halde.html
(9) Nous reviendrons sur ces complicités lucratives dans un prochain article.
(10) [http://www.ladepeche.fr/article/2009/04/20/594675-Licenciee-par-l-universite-a-cause-de-son-voile-elle-temoigne.html->http://www.ladepeche.fr/article/2009/04/20/594675-Licenciee-par-l-universite-a-cause-de-son-voile-elle-temoigne.html








