Elles sont hyper réactives nos amies des ni Putes ni Soumises et, heureusement qu’elles sont là. Toujours sur le pont, la voix de Sihem Habchi résonne avec force, à chaque agression contre les femmes ; on se demande où elle puise cette énergie. Avec d’autres associations féministes, parmi lesquelles la Ligue du droit international des femmes, l’association Regard de Femmes, elles ont eu raison d’appeler immédiatement à une manifestation de soutien à l’actrice Rayhana. Face à cette agression, la solidarité des associations de femmes n’a pas fait défaut, mais où sont les hommes et en particulier les hommes musulmans ? Pourquoi si peu de monde ? On aurait pu espérer une mobilisation plus large pour un évènement aussi grave. On peut avancer quelques explications : le changement d’horaire de la manifestation, la pluie, mais tout de même par rapport à l’évènement, si peu de monde, si peu d’hommes…un samedi à Paris…
Peut-on parler d’indifférence ? Pour une fois, les médias ont fait correctement leur travail. Les gens ont-ils craint de se rendre dans ce quartier réputé intégriste ? Mais, en dehors des NPNS, où est la solidarité des autres femmes de la communauté musulmane ? Peut-on penser que le thème de la pièce de Rayhana les interpelle en profondeur, bouscule leur sensibilité ? Peut-on penser qu’elles n’osent pas manifester de peur de contrarier leurs maris, pères ou frères ? Ou alors peut-on penser que Rayhana a pris trop de risques, a nui à la communauté et que ma foi…. ?
Nous partageons les idées de nos amies, qui veulent la laïcité, l’égalité, la mixité, la liberté, qui revendiquent le droit aux valeurs républicaines pour toutes les femmes et on doit leur poser la question : qui refuse aux femmes musulmanes et aux migrantes ces valeurs républicaines et surtout par rapport à quoi? Est-ce la communauté française qui les brime ? Non ! Sont-ce nos institutions qui feraient une différence d’égalité entre les citoyennes ? Non. En allant à la mission Gérin, Sihem a demandé que la République défende les droits à la liberté pour les femmes des cités et qu’elle ne les laisse pas seules face aux intégristes qui souhaitent les voir voilées ou sous le voile intégral (la préoccupation de la mission.) Elle a donc désigné elle-même la source du problème : l’islam, sans vraiment en parler, sans oser le nommer ; elle a effleuré rapidement, comme dans un murmure : « les intégristes, les islamistes », et là est le véritable enfermement dans lequel sont les NPNS et qui empêche la progression de leurs idées.
Que peut faire la République pour soutenir les idées progressistes des NPNS ? Amenée à se prononcer contre les prières dans la rue, Sihem a rappelé que la rue était un espace public et que son organisation n’avait pas à mobiliser contre les prières dans la rue, sans doute pense-t-elle, et elle a raison, que c’est d’abord de la responsabilité de l’Etat et de la force publique que de faire respecter cet espace. Mais le citoyen lambda et les NPNS ne peuvent-ils pas agir contre cela aussi ? Sihem approuve la construction des mosquées pour qu’on en finisse avec l’islam des caves. Sans doute pense-t-elle que des idées plus ouvertes vont pouvoir enfin s’exprimer, sans doute met-elle son espoir d’une évolution des mentalités grâce à des lieux de culte plus dignes. A-t-elle raison ?
Il est visible que, depuis la création du CFCM, on a vu augmenter les voiles, les tchadors, les niqabs, tenues que condamnent les NPNS. Il s’agit là de personnes se revendiquant musulmanes mais dont les idées sont à l’opposé des leurs. On peut observer autour des lieux de culte la multiplication des commerces où l’on vend les accessoires pour « bonnes musulmanes ». Quand on voit la place réservée aux hommes dans les mosquées, leur droit à entrer par la grande porte, alors que les femmes ne seront accueillies (si elles sont accueillies) que dans de petits espaces, mises de côté, pourra-t-on parler d’égalité, de mixité ? Et surtout quelle parole va-t-on transmettre aux jeunes garçons dans les mosquées ? Des paroles hiérarchisant les hommes bien au dessus du lot par rapport aux femmes soumises et obéissantes ? Gommera-t-on du Coran les versets permettant à un homme de battre sa femme si elle n’est pas assez obéissante ou s’il la soupçonne de turpitude, renforçant ainsi la violence des garçons à l’égard des filles, violence en augmentation, à l’école, dans les cités, dans les familles, violence à laquelle s’attaque avec détermination le mouvement des NPNS ?
Quelle place fera-t-on dans les moquées à Sihem Habchi pour qu’elle diffuse ses idées républicaines, idées qu’elle porte avec enthousiasme et espoir, pour que ces idées là progressent et que le sort des femmes musulmanes s’améliore ? Y aura-t-il seulement une mosquée qui lui ouvrira ses portes, afin qu’elle ait le droit à la parole à l’intérieur de l’islam et non à l’extérieur ? Les imams et responsables de l’islam de France parleront-ils aux hommes, dans l’intérêt des femmes musulmanes, dans un esprit ouvert au progrès, à la modernité, aux idées républicaines d’égalité, de mixité ? La construction de mosquées en grand nombre sur l’hexagone favorisera-t-elle l’intégration et permettra-t-elle l’émancipation souhaitée par beaucoup de musulmanes et par le mouvement des NPNS ?
Chantal Crabère
adhérente des NPNS






