Faut-il avoir honte de l’identité nationale ? de Daniel Lefeuvre et Michel Renard

Publié le 11 novembre 2008 - par
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Quand Nicolas Sarkozy a créé, aussitôt après son élection, un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, on a entendu un tollé de protestations dans les milieux intellectuels. On revenait à Vichy ! Le 31 mai 2007, trente-six organisations, dont le PCF, la LCR, la FSU, le Mrap et la LDH fustigeaient le concept d’identité nationale qui, selon elles, s’inscrirait « dans la tradition d’un nationalisme fondé sur la méfiance et l’hostilité aux étrangers, dans les moments de crise ».

Le 22 juin 2007, 200 universitaires bénéficiaient de la page une de « Libération » et s’élevaient contre « la dénomination et les pouvoirs dévolus » à ce nouveau ministère.

A un moment où il est difficile de protester contre les sifflets de La Marseillaise sans subir les frondes de toute une gauche compassionnelle, le livre de Daniel Lefeuvre et Michel Renard « Faut-il avoir honte de l’identité nationale », est une véritable aubaine pour les Républicains qui en ont plus qu’assez du travail de démolition contre l’idée de nation et du terrorisme idéologique de certains intellectuels médiatisés. Cet ouvrage, dans ce contexte, est donc une oeuvre de salubrité publique qu’il faut lire, et faire lire autour de soi.

C’est un remarquable travail de détricotage du discours simpliste véhiculé depuis plusieurs décennies : Identité nationale = xénophobie = racisme = extrême droite.

Pourtant ailleurs dans le monde on a le droit (voire le devoir ) de se reconnaître une patrie et de l’aimer : 85 % des Canadiens disent éprouver un sentiment d’appartenance très fort, 78 % des Suisses se disent très fiers de leur pays, 72 % des Allemands s’affirment patriotes, et ni les Chinois, ni les Américains, ni les pays africains ne donnent l’impression de cracher sur ce sentiment. Pourquoi donc la France devrait-elle avoir honte de ce qui, ailleurs, est considéré comme une fierté ?

La Marseillaise, qui fut donc sifflée pour la troisième fois en moins de dix ans, est-elle un chant sanguinaire ? Oui, disent de nombreuses élites de gauche, qui excusent, quand ils ne justifient pas, ces sifflets. Non, disent les auteurs, et les républicains, qui, rappelant le contexte historique dans lequel cette chanson fut écrite, prouvent que le « sang impur » n’a aucune connotation raciste mais concerne les ennemis de la démocratie, de la République et de ses valeurs, tout simplement ! N’oublions pas que des Résistants le chantèrent avant d’être fusillés par les nazis !

Cet ouvrage, fort bien écrit, retrace, par passages, une histoire de notre pays, autour de l’identité nationale. Par petits chapitres assez brefs, il répond sans concession à toute l’argumentation véhiculée par des sociologues comme Gérard Noiriel ou Suzanne Citron, toujours pressés de traduire l’identité nationale comme un phénomène de droite forcément nationaliste.

A travers plusieurs époques marquantes de notre histoire, il montre que le sentiment national a été souvent repris par le mouvement progressiste, contre le camp conservateur.

Ce livre se démarque de toute notion raciste de la Nation. Il stigmatise la vision réactionnaire d’un Charles Maurras, pour qui l’élément fédérateur de la nation est la religion, et qui entend en finir avec l’héritage de 1789.

Il ne refuse aucun grand débat, notamment sur l’immigration, l’intégration et l’assimilation. S’il se félicite de ce que les immigrés ont amené à la France, il n’oublie de rappeler également ce que le creuset républicain a amené aux immigrés qui ont voulu s’intégrer. Il ne fuit pas les problèmes posés, aujourd’hui, par une frange de l’immigration qui veut s’appuyer sur le communautarisme, et refuse les valeurs du pays d’accueil, ou de naissance.

Il évoque le danger de la Charte régionale des langues minoritaires, dans l’éclatement de la Nation. Il aborde sans faux fuyants l’islam d’aujourd’hui, et son rôle dans la remise en cause de l’identité nationale. Il montre le rôle dangereux joué par un Tariq Ramadan, et par les discours haineux de certains rappeurs contre notre pays.

Rappelant que la laïcité fait partie de l’identité nationale, et opposant la fermeté laïque à la tolérance compassionnelle, cet ouvrage montre qu’on peut être attaché à l’identité nationale, en étant un adversaire de la xénophobie.

L’historien Maurice Agulhon, souvent cité dans l’ouvrage, cherchait à distinguer le patriotisme et la xénophobie, dans « Histoire vagabonde ».

« Un xénophobe déteste avant tout le voisin qui le gêne – et surtout si le voisin est différent de lui par les coutumes et la couleur de la peau – et même si ce voisin est juridiquement un compatriote. La xénophobie viscérale, à courte, vue, bourrée de contradictions, génératrice de violences ou de révoltes, est de toute évidence nuisible à la cohésion nationale, et donc à l’intérêt national. Loin de traduire un attachement à la patrie, elle révèle l’indifférence à ses plus simples devoirs, et l’oubli de son plus élementaire enseignement. Décidément, le long cycle historique d’autojustification française qui, du temps de Jeanne d’Arc à celui de Charles de Gaulle, avait nourri la Nation d’un orgueil souvent excessif mais tout autant générateur d’une certaine tenue morale, a connu une crise, et a besoin de relance ».

Pour faire aimer la France, et donner envie de l’intégration, il faut d’abord aimer son pays, son histoire, la Nation et la République, et cesser, par haine de soi ou par culpabilité post-coloniale, de continuer à les salir systématiquement (1). S’il faut apporter un reproche à l’ouvrage, certaines périodes, comme la grande boucherie de 1914, auraient peut-être mérité une lecture plus critique, quant à l’utilisation du sentiment national par les possédants.

Quelle plus belle réponse à apporter à ceux qui entretiennent cette confusion que les propos de l’historien britannique Theodore Zeldin, dans « Histoire des passions françaises ».

« Aucune nation, aucune démocratie ne peut écrire sa propre histoire sans reconnaître à la France une dette ou une inflence directe. L’histoire de France aura toujours un sens pour l’histoire universelle ».

Espérons que les auteurs de cet ouvrage salutaire auront droit à quelques plateaux télévisés, et à des interviews dans les grands médias.
Espérons surtout que ce livre facilite, autour de cette question fondamentale, un vrai débat, où les arguments remplacent les jugements sommaires.

Pierre Cassen

http://www.ripostelaique.com/J-ai-decouvert-tardivement-que-j.html

Editions Larousse

9,90 euros

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