Geert Wilders : Je n’ai rien à voir avec Le Pen, je suis ami avec Ayaan Hirsi Ali, et je ne veux pas que l’islam impose sa loi

Publié le 2 mars 2009 - par - Pas de commentaires - 2 489 vues

Le 19 février dernier, Geert Wilders a fait une conférence à Rome, au Grand Hotel Palatino. Il était invité par des militants anti-fondamentalistes italiens. Fitna, a été projeté, et un débat a eu lieu avec l’auditoire. A l’issue de ce débat, Radu Stoenescu a pu s’entretenir avec Geert Wilders, et obtenir cette interview exclusive pour Riposte Laïque.

Riposte Laïque : Dans votre film, Fitna, vous avez comparé le Coran à Mein Kampf, pourquoi ?

Geert Wilders : Je pense que l’islam ne devrait pas être considéré une religion comme une autre. Bien sûr, c’est une religion dans le sens où il y a un Dieu, des symboles religieux, des lieux de culte, mais c’est avant tout une idéologie totalitaire. Nous pensons que l’islam est incapable de s’adapter ou de s’intégrer dans une société non islamique. C’est une idéologie suprématiste, qui veut régir non seulement la vie de ses fidèles, mais aussi la société même. On devrait la comparer au stalinisme ou au fascisme, non au christianisme ou au bouddhisme. C’est pourquoi je compare le Coran à Mein Kampf, et je n’ai pas été le seul. Winston Churchill l’a fait dans un livre pour lequel il a reçu le prix Nobel en 1953.

L’islam est une menace pour toutes nos valeurs. Croyez-moi, si l’islam réussit à s’imposer, il n’y aura plus de place pour rien d’autre que lui. Il n’y aura pas de place pour les athées, pour les apostats, pour les chrétiens, car c’est une idéologie totalitaire. Cependant, je fais une distinction entre l’idéologie et les personnes : je vois l’islam comme une menace barbare, mais je n’ai rien contre les musulmans. Je ne hais personne. En effet, la majorité des musulmans de mon pays respectent la loi, et s’occupent de leurs vies, mais si l’importance de l’islam croît, notre société changera. Selon la conception musulmane de la « takkya », les musulmans peuvent mentir sur la nature de leurs idées quand ils vivent dans un pays non musulman.

C’est pourquoi mon parti propose de stopper l’immigration venant des pays musulmans. Les Pays-Bas ne sont pas un pays musulman. La plus grande maladie actuelle de l’Europe, c’est le relativisme culturel. Non pas le multiculturalisme, mais cette fausse idée politiquement correcte et gauchiste, qui prétend que toutes les cultures sont égales, ce qui est absurde. Quand on compare la culture chrétienne avec la culture musulmane, on peut constater énormément de différences. Comme Wafa Sultan l’a dit : comparer le christianisme à l’islam, c’est comparer la rationalité à la barbarie.

Riposte Laïque : Que pensez-vous de la nouvelle administration américaine ?

Geert Wilders : C’est un peu tôt pour se prononcer. Je respecte le vote du peuple américain, mais personnellement je n’aurais pas voté pour Obama, même si 90% des Néerlandais auraient voté pour lui. Donnons lui du temps pour voir quelle sera sa politique au Moyen Orient, par rapport à l’Iran, et Israël notamment.

Riposte Laïque : En Europe, nous avons des lois qui interdisent les mouvements politiques totalitaires. Il existe une décision datant de 2001 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, concernant un parti islamiste turc, qui dit explicitement que les associations qui font la promotion de la Charia sortent du cadre démocratique, et sont une menace pour les Etats. Pourquoi ne traduisez-vous pas en justice les groupements musulmans, si vous considérez que l’islam est un mouvement totalitaire ?

Geert Wilders : Tout d’abord parce que les groupes musulmans sont assez malins pour ne pas déclarer ouvertement qu’ils veulent instaurer la Charia. Je suis pour une totale liberté de parole, et je pense que personne ne devrait être inquiété pour ses propos. J’aimerais qu’il y ait une sorte de Premier amendement à l’américaine en Europe. La liberté d’expression devrait être totale, avec ce bémol que l’on n’a pas le droit d’inciter à la violence.

C’est vrai que promouvoir la Charia, c’est inciter à la violence, et il faut trouver les moyens légaux de combattre cela. La plus grande menace en Europe, ce sont ces groupes qui veulent instaurer des lois inspirées de la Charia. Nous avons même vu au Pays-Bas, un ministre de la justice, M. Donner, qui a déclaré au Parlement que si la majorité des Néerlandais était pour la Charia, il l’accepterait. Il n’est même pas musulman, et il a déclaré que si une majorité de Néerlandais décidait démocratiquement d’abandonner la démocratie, il l’accepterait ! C’est ce genre de dhimmi, de couard qui gouvernent nos pays aujourd’hui. Ils céderaient sur tout.

C’est pourquoi il faut certes combattre ces mouvements qui promeuvent la Charia, mais aussi et surtout combattre cette classe politique qui ignore le problème de l’islamisation de notre société, et regarde ailleurs. Il y a quelques années, lors d’un sondage aux Pays-Bas, un tiers des Marocains de moins de 21 ans qui y vivent était pour l’instauration de la Charia au lieu de la démocratie. Cela montre la gravité du problème, car ces jeunes pèseront sur notre avenir. Pour ne pas parler de Gordon Brown et de ce qu’il vient de faire : pour la première fois dans l’histoire de l’Europe, un parlementaire européen est arrêté et détenu alors qu’il est invité par un autre parlementaire. C’est pourquoi la première chose à faire, est de retrouver un sens de la fierté et de l’honneur, et de voter pour les partis qui veulent défendre la liberté.

Riposte Laïque : Est-ce que vous pensez que ces politiciens ne voient pas le problème parce qu’ils sont paresseux ou bien est-ce un aveuglement volontaire ?

Geert Wilders : Ils ignorent le problème pour plusieurs raisons : la première, c’est qu’ils ont peur. Ils ont peur d’être considérés comme politiquement incorrects, d’être qualifiés d’extrémistes, de xénophobes ou de racistes. Il y a énormément de personnes qui essaient de nous mettre, mes collègues et moi, dans cette case, et de nous marginaliser. Mais nous ne sommes pas des marginaux : un électeur néerlandais sur six voterait pour mon parti aujourd’hui.

Ensuite, beaucoup de ces politiciens et de ces partis gauchistes dépendent du vote musulman. A Rotterdam par exemple, aux dernières élections, le Parti socialiste n’a gagné que grâce au vote musulman. La troisième raison, c’est qu’on manque de dirigeants politiques véritables en Europe. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a plus de véritable volonté politique, qui, lorsqu’elle identifie un problème, cherche à le résoudre, même si la solution n’est pas agréable ou populaire.

Cependant, le vent est en train de tourner. Pas seulement au Pays-Bas, avec mon parti, mais à travers toute l’Europe, la voix de personnes qui ne sont pas des xénophobes, mais des démocrates qui veulent arrêter l’islamisation et défendre leurs libertés, se fait de plus en plus entendre. Il est minuit moins cinq, mais c’est un signe positif tout de même. Il y a un fossé énorme entre les politiciens et le peuple. Mais la voix du peuple exprime de plus en plus souvent son souci quant à l’islamisation de la société.

Riposte Laïque : Avez-vous des problèmes judiciaires, à cause de votre film et de votre combat anti-islam ?

Geert Wilders : Oui, j’ai beaucoup de soucis, et on peut voir que ce n’est pas très payant de parler contre l’islamisation, car on devient très vite une cible. Tout d’abord, la Jordanie envisage toujours de me traduire devant ses tribunaux. C’est pourquoi à chaque fois que je vais à l’étranger, mon gouvernement demande au gouvernement du pays qui m’accueille une déclaration écrite qu’il ne me remettra pas au gouvernement jordanien, si jamais celui-ci demandait mon extradition. Pourquoi ? Parce que j’ai insulté Allah, ou Mahomet, et cela est puni selon la loi jordanienne.

Deuxièmement, un imam intégriste aux Pays-Bas m’a traduit devant les tribunaux pour avoir utilisé son image dans Fitna, et exige des centaines de milliers d’euros de dédommagement, pour l’avoir soi-disant « diffamé ». Si vous connaissiez le gars, vous verriez que c’est vraiment très difficile. Troisièmement, j’ai ce problème maintenant avec la Grande Bretagne. Je dois faire appel, voir un juge britannique, car le gouvernement néerlandais, dans sa couardise, ne veut pas passer par les instances européennes pour contester mon expulsion de Grande Bretagne. Quatrièmement, la Cour d’Appel d’Amsterdam a trouvé recevable la plainte pour incitation à la haine, que la Cour de justice avait initialement rejetée. Donc, j’ai encore un procès sur le dos. Mais je ne me laisse pas abattre, et mon parti devient plus fort chaque jour.

Riposte Laïque : En France, on vous catalogue comme raciste, comme un émule de Le Pen. Comment vous définiriez-vous ?

Geert Wilders : Je ne suis pas un extrémiste, et je n’ai rien à voir avec Le Pen. Je me bat juste pour la défense de ma culture, pour que les Pays-Bas ne deviennent pas un petit Maroc ou une petite Turquie, pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, pour que la Charia n’y soit pas introduite, pour l’égalité des hommes et des femmes, des homosexuels et des hétérosexuels. Je ne fais pas de distinctions basées sur la couleur de la peau ou sur le sexe. Je ne veux par exemple avoir aucun contact avec le British National Party, ce sont véritablement des racistes. Cependant, je ne suis pas un relativiste en ce qui concerne la culture. Je pense que notre culture judéo-chrétienne est meilleure que l’islam.

Riposte Laïque : Les musulmans ne sont pas des relativistes culturels non plus, non ?

Geert Wilders : Oui, en cela on devrait prendre exemple sur eux.

Riposte Laïque : Les chantres du relativisme culturel disent aux immigrants d’être fiers de leurs racines. Ne sommes-nous pas, les autochtones, les seuls « immigrants » à ne pas être autorisés à être fiers de leurs racines ?

Geert Wilders : Vous avez totalement raison.

Riposte Laïque : Comment votre vie a-t-elle changé après être devenu la cible des musulmans ?

Geert Wilders : En fait, j’ai totalement perdu ma liberté : j’ai vécu dans des baraques de l’armée pendant six mois, j’ai même dormi en prison. Depuis un an, depuis la sortie de Fitna, c’est encore pire, car j’ai aussi reçu des menaces d’Al Qaïda. Certains musulmans sont fanatiques. Et certains sont vraiment dérangés. Ils ne veulent pas débattre, mais juste vous tuer. Quelques jours avant l’assassinat de Théo van Gogh, j’ai été placé sous protection policière 24 heures sur 24.

Quelques semaines après la sortie de Fitna, j’ai invité six imams à un débat public, trois modérés et trois intégristes, et aucun n’est venu. Un m’a traduit devant les tribunaux, un autre a dit que je devais m’excuser pour mon film, et les autres n’ont donné aucun signe. Malheureusement, ils ne sont pas capables de supporter la critique. Je suis donc toujours entouré par beaucoup de forces de police. Je dois prévenir les forces de sécurité deux jours à l’avance de tous mes déplacements et de mes rendez-vous. On perd toute vie privée.

Riposte Laïque : Vous vivez donc en fait comme dans un régime totalitaire, puisque vous avez perdu toute vie privée ?

Geert Wilders : Oui, j’ai démarré le Parti de la Liberté, mais j’ai perdu la mienne. Je suis content de vivre dans un pays qui assure ma protection.

Riposte Laïque : Quelles sont vos relations avec Ayaan Hirsi Ali ?

Geert Wilders : Nous étions collègues dans le même parti. Nous avons écrit des articles ensemble, organisé des conférences ensemble, nous avons même vécu dans les mêmes baraques de l’armée. Nous sommes de très bons amis. J’ai un peu perdu le contact avec elle depuis qu’elle est partie aux Etats-Unis, mais elle me soutient, je pense qu’elle est d’accord avec 90% de ce que je dis.

Riposte Laïque : A votre avis, quelles sont les raison pour lesquelles la presse française en a fait une icône, tandis qu’elle vous diabolisait ?

Geert Wilders : C’est plus facile de faire une icône d’une immigrée somalienne, qui défend les droits des femmes, ce pourquoi je la soutiens intégralement, que d’un politicien blond, qui parle d’une manière directe et sans fioritures, mais cependant honnête. L’élite politique est effrayée par cela car ils savent que cela peut leur coûter des voix, et qu’il se pourrait aussi que j’aie raison sur nombre de points qu’ils ne veulent pas changer. Donc leur tactique, c’est de dire que vous êtes un xénophobe, et si cela ne marche pas auprès du public, de vous copier. Mais les gens, au moins au Pays-Bas, ne sont pas dupes. En France, on ne me connaît pas.

Riposte Laïque : Est-ce que vous serez candidat aux élections européennes ?

Geert Wilders : Mon parti se présente à ces élections, oui. Mon parti est nouveau, il y a quelques années, nous avons participé pour la première fois aux élections néerlandaises, et nous avons eu 6% des voix, c’est-à-dire neuf sièges sur les cent cinquante de la chambre basse de notre parlement. Aujourd’hui, si on regarde les sondages aux Pays-Bas, on nous crédite de 15% d’intentions de vote, ce qui fait de nous la seconde force politique du pays. Donc oui, nous participerons aux élections européennes, et je pense que nous ferons un très bon résultat.

Riposte Laïque : Quelle sera votre politique au niveau européen ?

Geert Wilders : Notre parti n’est pas très favorable à la manière dont l’UE fonctionne aujourd’hui. D’abord, nous pensons qu’il doit y avoir moins d’Europe, moins de décisions supranationales, et plus de souveraineté nationale. Nous sommes contre le traité de Lisbonne, car il nous ferait perdrait encore plus de souveraineté, par exemple en ce qui concerne les décisions à propos de l’immigration. Nous voulons que ce soit le gouvernement néerlandais qui décide qui peut entrer sur le territoire national, et non Bruxelles. Ensuite, nous voulons une UE plus petite. Nous voulons laisser de pays comme la Roumanie ou la Bulgarie quitter l’UE. Je pense que ce sont des pays corrompus, et qu’ils n’auraient jamais dû entrer dans l’Union. Les Pays-Bas sont un des plus grands contributeurs nets au budget de l’UE : nous y versons environ 4,5 milliards d’euros par an. Et spécialement en ces temps de crise, je pense que cet argent devrait être dépensé dans notre pays. Au niveau européen donc, nous voulons maintenir un coopération économique, mais nous ne voulons pas d’une Europe politique.

Riposte Laïque : Au niveau européen, avec quelles forces politiques travailleriez-vous ?

Geert Wilders : Peut-être que nous serons indépendants. En tout cas, nous ne serons pas dans le groupe de Le Pen, de Mussolini, ou de Vadim Tudor. Il y a des possibilités d’alliance, avec le Parti du peuple danois par exemple, qui nous ressemble. On verra notre force après les élections.

Riposte Laïque : Quelles sont les mesures que vous prendriez pour arrêter l’islamisation de la société ?

Geert Wilders : La première, c’est d’arrêter l’immigration. Il y a déjà eu deux invasions islamiques : la première a été arrêtée à Poitiers, l’autre à Vienne en 1683. Aujourd’hui, on assiste à la troisième invasion, et ce n’est pas par une guerre, mais par l’immigration. Parfois, j’aimerais que ce soit une guerre ouverte, car alors, on verrait l’ennemi en face, alors qu’aujourd’hui l’invasion se fait légalement, par l’immigration et la natalité. Deuxièmement, mettre l’accent sur une politique de retour des immigrés dans leurs pays d’origine. Rendre plus attractive cette option volontaire, car je ne veux mettre personne dehors par la force. Troisièmement, on voit que les personnes de culture musulmane sont surreprésentées dans les statistiques criminelles, et je suis favorable au renvoi dans le pays d’origine des immigrés délinquants. Même si elles ont la double nationalité, on étudiera des moyens de les déchoir de leur nationalité néerlandaise. Bien sûr, par pour n’importe quel délits, mais pour les crimes. Sarkozy n’aurait pas dû abolir la « double peine ». Quatrièmement, il faut restreindre la présence des symboles musulmans dans la sphère publique.

Riposte Laïque : Etes-vous optimiste pour l’avenir ?

Geert Wilders : Je suis un réaliste, mais quand je vois les gouvernements européens actuels je suis assez pessimiste. Cependant, lorsque je regarde les personnes, les électeurs, je vois un changement. Les gens en ont marre.

Propos recueillis par Radu Stoenescu