Halde-là ! 14. Discriminer plus pour gagner plus

« 40 % des homosexuels se disent victimes de l’homophobie au travail », titre un article de Libération du 6 mars 2008 (1). C’est un chiffre énorme.

L’article précise : « Selon une étude de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, 40% des homosexuels interrogés ont été au moins une fois visés par des blagues, insultes, violence ou chantage au licenciement. »

On se doute bien que la HALDE n’a pas « interrogé » tous les homosexuels salariés de France. Elle a certainement procédé par sondage. Libération précise d’ailleurs les modalités de l’« étude » de la HALDE : « Selon une enquête menée fin 2006 auprès de 1.413 salariés gays et lesbiennes et des DRH de 14 grandes entreprises, 85 % des personnes interrogées ont au moins une fois ressenti une homophobie implicite (rejet, rumeur, dénigrement) et 40 % en ont été au moins une fois directement victimes (blagues, insultes, violence, chantage au licenciement). »

« 1.413 salariés gays et lesbiennes » : l’échantillon est donc suffisant pour un sondage digne de ce nom. Mais s’agit-il vraiment d’un sondage comme le laisse entendre l’article de Libération ?

Nous retrouvons sur la HALDE le communiqué de presse correspondant, en date lui aussi du 6 mars 2008 (2). La HALDE apporte de nouvelles précisions sur l’« étude » : « Les salarié(e)s dévoilent-ils leur homosexualité dans l’entreprise ? S’y sentent-ils discriminé(e)s ? Comment se manifestent les discriminations homophobes au travail ? Quels sont les effets de cette homophobie sur les salarié(e)s ? Autant de questions qui trouvent une réponse dans l’ouvrage « Homophobie dans l’entreprise », dirigé par Christophe Falcoz, que publie la HALDE aujourd’hui. L’analyse des réponses de plus de 1400 salarié(e)s et de responsables de ressources humaines dans 14 grandes entreprises privées et publiques en fait une étude pionnière dans le domaine des discriminations homophobes en France. La HALDE publie également dans cet ouvrage ses recommandations aux employeurs publics et privés afin de lutter plus efficacement contre les discriminations. »

La HALDE confirme donc qu’il s’agit donc bien de « réponses de plus de 1400 salarié(e)s » homosexuels à une enquête. Elle donne un lien vers la « synthèse » de cette enquête datant de plus d’un an dans son communiqué de presse. Nous nous empressons bien entendu d’aller voir le document correspondant (3) pour avoir davantage de précision sur les modalités de cette « étude » aux résultats inquiétants.

En introduction, cette synthèse éditée par la HALDE nous dit qu’elle « a commandité une étude dont ce document reprend les principaux résultats. L’analyse des réponses des 1 413 salariés lesbiennes et gays à un vaste questionnaire administré fin 2006 a permis de mettre notamment en exergue (…) »

On a donc interrogé un échantillon représentatif de 1413 « salariés lesbiennes et gays », pensez-vous ?

Pas du tout.

Le contexte de l’étude est précisé dans le corps du texte :

« Cette étude à caractère exploratoire repose sur deux dispositifs d’investigation :
– une enquête auprès de salariés gays et lesbiennes autodéclarés comme tels, administrée sous forme papier via des associations LGBT volontaires et via un site Internet créé pour l’occasion avec le soutien de médias spécialisés ;
– une série d’entretiens individuels et collectifs auprès de membres de la fonction Ressources
humaines (RH) de 14 grandes entreprises publiques et privées implantées en France. »

Et quelles sont les « associations LGBT volontaires » ? La note en bas de page précise simplement « Lesbiennes, gays, bi et trans » sans dire de quelles associations il s’agit. On ne trouve pas d’autres précisions sur les conditions de l’« enquête » dans la synthèse de la HALDE. Pour en savoir plus, il faut acheter l’étude complète « « Homophobie dans l’entreprise » au prix de 15 euros. Mais nous n’allons pas gaspiller notre argent, puisque nous en savons assez sur la curieuse méthodologie de la HALDE :

- On crée un site internet destiné uniquement à enquêter sur les discriminations homosexuelles avec un formulaire de réponse, où ne répondent que les internautes qui veulent bien répondre.

- Des associations gays et lesbiennes font de la réclame pour cette enquête sur les discriminations dont sont victimes les homosexuels, et recueillent d’autres réponses arbitraires sur papier.

Il ne s’agit donc pas du tout d’une enquête objective, comme le laissent entendre l’article de Libération ou le communiqué de presse de la HALDE. En effet, le biais statistique introduit est évident : une personne victime de discrimination aura bien plus tendance à répondre à un formulaire sur les discriminations qu’une personne non-victime. Le résultat obtenu est par conséquent totalement différent d’un sondage normal où on prend un panel représentatif et où on appelle chaque personne de ce panel. Avec la méthode de la HALDE, ceux qui ont quelque chose à dire parce qu’ils sont discriminés auront davantage envie de répondre que ceux qui n’ont pas eu de problèmes.

Et la HALDE et Libération nous présentent sans aucune gêne des tas de pourcentages très surévalués à cause de ce biais, comme résultant d’un sondage professionnel et objectif.

Est-ce bien sérieux ?

On peut s’interroger sur de telles méthodes de désinformations de la part de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations. En présentant des chiffres totalement faussés, elle perd sa crédibilité dans sa juste lutte contre l’homophobie.

Quant au journaliste de Libération, il se contente de reproduire cette désinformation en copiant-collant une série de chiffres sans enquêter sur le fait qu’ils soient représentatifs ou non de la réalité. Non, les « homosexuels » n’ont pas été « interrogés », ni même un échantillon représentatif de « 1.413 salariés gays et lesbiennes ». Il y a simplement 1413 personnes qui ont répondu à un formulaire internet sur lequel ils sont tombés par hasard grâce à la publicité assurée par des associations LGBT, ou qui ont répondu directement aux associations partisanes qui les ont démarchées.

Remarquons également que les réponses des 1413 homosexuels ne sont que des déclarations, sans que la véracité de celles-ci soient vérifiées. Donc quand Libération dit que « 40 % ont été au moins une fois directement victimes » d’homophobie, c’est prendre la parole de ces 40% pour argent comptant. Tout au plus peut-on affirmer qu’ils « disent avoir été victimes » d’homophobie (ce que précise d’ailleurs le titre de Libération). La nuance est de taille, et là encore, on imagine le biais supplémentaire qui peut être apporté par des personnes qui ont tout intérêt à augmenter leur victimisation.

Bref, c’est à peu près aussi fiable que si l’on faisait un « sondage » sur la perception de l’immigration et de la délinquance sur le site du Front National et dans ses meetings. On peut aussi se demander pourquoi la HALDE ne fait pas une enquête auprès des entreprises syndiquées au SNEG (Syndicat National des Entreprises Gay) pour savoir si les hétérosexuels s’y sentent discriminés…

Copiés-collés médiatiques

Les chiffres annoncés par la HALDE et par Libération sont faux, mais peu importe. On lance une campagne médiatique plus d’un an après la prétendue « enquête » – pourquoi ce délai ? – et toute la grande presse tombe dans le panneau. Non seulement Libération, mais aussi par exemple :

- L’Express : « La Halde lève le tabou de l’homophobie au travail » (4). L’express parle carrément d’« un panel de près de 1500 gays et lesbiennes », comme s’il s’agissait d’un sondage professionnel.

- Le Nouvel Obs : « Non, nous ne sommes pas paranoïaques » (5). Le site interroge « Alain Piriou,
porte-parole de l’Inter-LGBT », qui prévient : « Il faut faire attention avec ce rapport. Des chiffres présentés comme ça risquent d’avoir un effet désastreux. » Va-t-il nous prévenir qu’il ne s’agit pas du tout d’un sondage et que les chiffres sont biaisés ? Pas du tout, il dit : « Là où il faut relativiser ces statistiques, c’est sur le fait que sur un collectif de 30 ou 40 personnes au sein d’une entreprise, s’il y en a ne serait-ce qu’une seule qui pratique des actes homophobes, elle peut vous pourrir la vie. » Mais quand la HALDE pourrit la déontologie qui devrait être la sienne, il n’y voit que du feu.

- Le Figaro : « 40% des gays victimes de discriminations » (6). Le Figaro précise : « Source : AFP ». Ainsi donc le Figaro recopie ce que dit l’Agence France-Presse qui elle-même a copié-collé les chiffres de la HALDE, et personne dans cette chaîne journalistique n’a vérifié comment on a obtenu ces chiffres totalement biaisés.

Evidemment, la HALDE sort grandie par cette campagne de presse autour d’une pseudo- « enquête » qui fait croire qu’elle travaille sérieusement.

Le commerce de la discrimination

Dans un prochain article, nous verrons que la HALDE peut aller encore beaucoup loin dans l’indélicatesse déontologique : elle a participé à une formidable campagne médiatique d’auto-promotion à partir de pseudo statistiques sur de prétendues discriminations… provoquées de toutes pièces par un sous-traitant financé lui aussi par le contribuable !

Remarquons toutefois qu’il y a un avantage pour la HALDE à surévaluer les discriminations, voire à les faire fabriquer : cela lui permet de prétendre encore plus devoir « lutter contre les discriminations », et donc d’entretenir son fond de commerce et de justifier les revenus de ses membres payés par nos impôts.

Mais il n’y a pas que les fonctionnaires que la HALDE qui bénéficient financièrement de la surévaluation des discriminations. Christophe Falcoz, l’auteur principale de l’ouvrage « Homophobie dans l’entreprise » publié par la HALDE et qui détaille l’ « étude » que nous venons d’étudier, est chercheur au CNRS, mais également directeur et gérant de RCF Management, une SARL lyonnaise. RCF Management se présente comme un « cabinet de recherche, de conseil et de formation au management des hommes et des organisations » (rien que ça !), spécialisé dans « la gestion de la diversité » (7). Or il n’y a intérêt à conseiller les entreprises à « gérer la diversité » que si l’on établit que si celle-ci est difficile à gérer et qu’il y a des discriminations importantes.

Affaires publiques et business privé

Christophe Falcoz organisait en mars 2006 les Assises de la Vente sur le thème : « Manager la diversité : au-delà du discours, un pari gagnant ? » (8). Le pari est plutôt « gagnant » pour sa petite SARL RCF Management qui faisait un chiffre d’affaire de 82.000 euros en 2005, puis de 144.000 euros en 2006, et dont le principal client est… la HALDE.

La performance financière de RCF Management reste somme toute modeste, puisque ce cabinet a tout de même deux salariés : Christophe Falcoz le directeur et Anne Kravz-Tarnavsky l’assistante de direction (9). Tous calculs faits, on comprend aisément que ces deux salariés doivent arrondir ailleurs leurs fins de mois, le premier en pointant au CNRS et en vendant ses ouvrages, la seconde en enseignant le théâtre. On comprend également qu’ils ont tout intérêt, pour gagner plus en travaillant plus à « manager la diversité », à ce que les chiffres sur les discriminations soient les plus importants possible.

Il n’est pas sûr que les personnes réellement victimes de racismes y trouvent aussi leur intérêt. En effet, si les discriminations diminuent – et pour le moment aucune statistique officielle ou bidonnée ne va dans ce sens -, alors les affaires de la HALDE officine publique et le business de ses sous-traitants privés du genre RCF Management risquent d’en souffrir sérieusement.

Roger Heurtebise

(1) http://www.liberation.fr/actualite/societe/314077.FR.php

(2) http://www.halde.fr/IMG/pdf/Vient_de_paraitre_-_Homophobie_dans_l_entreprise.pdf

(3) http://www.halde.fr/IMG/pdf/synthese-homophobie-entreprise.pdf

(4) http://www.lexpress.fr/info/economie/infojour/infos.asp?id=146627

(5) http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/3_questions_a/20080306.OBS3857/non_nous_ne_sommes_pas_paranoiaques.html

(6) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/03/06/01011-20080306FILWWW00551–des-gays-victimes-de-discriminations.php

(7) http://www.rcf-management.com/

(8) http://iae.univ-lyon3.fr/13739182/0/fiche_04__pagelibre/&RH=IAE-ACTUcr

(9) http://www.rcf-management.com/pres_texte.html#menbreRcf

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