Chère Riposte Laïque
Mornes temps, nos ennemis doivent rire sous cape. Le militant MRC que je suis a été peiné et déçu de l’entretien accordé par Jean-Pierre Chevènement au Figaro le 4 décembre dernier. Cependant, je ne m’attendais pas à ce que le coup de grâce vienne de Riposte Laïque qui est le secret espoir de beaucoup de gens à gauche ainsi que l’honneur de la gauche comme je l’écrivais en juin dernier.
Empédoclatès et Alain Rubin avaient toute légitimité pour critiquer les dires de Jean-Pierre Chevènement, mais pas de se tromper à ce point.
«Vous avez accepté que le français né dans une famille musulmane ne puisse pas changer de religion ou ne puisse cesser d’en avoir. Vous avez accepté un cadre juridique le privant légalement de sa liberté de conscience !» (A. Rubin) Je crois rêver quand je lis cela parce qu’en vérité, c’est le contraire.
Il a été difficile de faire signer les différentes organisations islamiques qui ne voulaient pas passer sous les fourches caudines de la République. La mosquée parisienne Adda’wa ne signa pas. Maître Leclerc, président de la Ligue des Droits l’Homme, s’est plaint, dans une lettre ouverte adressée au premier ministre Lionel Jospin, d’un Jean-Pierre Chevenèment se prenant pour Napoléon avec le Grand Sanhédrin et mettant en doute la loyauté des musulmans envers la République.
JPC a imposé aux organisations musulmanes entre autres choses, la supériorité de la juridiction de l’Etat sur les cultes, l’égalité homme-femme, le respect de nos lois en ce qui concerne la protection animale, l’adhésion à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, à la loi de 1905 et à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. L’article 9 de cette Convention est relatif à la liberté religieuse et à celle de changer de religion.
JPC s’est souvent demandé pourquoi ses successeurs ne s’appuyaient pas sur ces signatures pour rappeler aux musulmans leurs engagements. Tout le monde ne s’appelle pas Jean-Pierre Chevènement, Sarkozy a transformé le CFCM en instance communautaire, la palme revient à Villepin le transformant en diplomatie bis de la France dans l’affaire des otages d’Irak.
Je vous invite à lire attentivement le texte incriminé : « Principes et fondements juridiques régissant les rapports entre les pouvoirs publics et le culte musulman en France ». Nous «fêterons» le 28 janvier prochain le dixième anniversaire de sa signature.
De la première mouture de ce texte a été retiré par JPC la mention explicite à l’approbation de l’apostasie. Ne subsiste que : « Les groupements et associations de musulmans adhérant à l’ensemble des principes juridiques rassemblés dans le présent texte confirment solennellement leur attachement aux principes fondamentaux de la République française et notamment aux articles 10 et 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen relatifs à la liberté de pensée et à la liberté de religion, à l’article 1er de la Constitution affirmant le caractère laïque de la République et le respect par celle-ci de toutes les croyances, et enfin aux dispositions de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat.
Ils adhèrent également au principe rappelé par le préambule de la Constitution et défini par l’article 1er de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen selon lequel tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. C’est pourquoi, toute discrimination fondée sur le sexe, la religion, l’appartenance ethnique, les mœurs, l’état de santé ou le handicap est contraire à ce principe et pénalement répréhensible.
Ces dispositions relatives à la liberté de pensée, de conscience et de religion ont par ailleurs été confirmées par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950, ratifiée par la France le 31 décembre 1973. Ces dispositions sont également reconnues sans restriction par les groupements et associations adhérant au présent texte.
Ceux-ci se reconnaissent dans les principes et règles ci-après énoncés, qui assurent aux musulmans la jouissance en France des mêmes droits et les soumettent aux mêmes obligations que les fidèles des autres cultes, pourvu que soit respecté l’ordre public et préservée la neutralité religieuse de la République, de ses institutions et de tous les lieux publics.»
Les organisations musulmanes refusèrent en 1999 un texte qui réitérait la liberté d’apostasie sans qu’il y ait reproduction complète de l’article 9 sus mentionné dans le corps du texte. JPC en choisissant de retirer la mention explicite n’a pas eu le sentiment de céder en quoi que ce soit, il accéda à la demande des organisations islamiques qui trouvaient vexatoire que soit rappelé un principe auquel par ailleurs ils souscrivaient en faisant leur la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Voici l’article 9 de la Convention européenne :
Article 9 – Liberté de pensée, de conscience et de religion
1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.
2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.
Pour JPC il n’y a pas d’ambiguïté et la charge contre lui de Xavier Ternisien dans le Monde ou de Michèle Tribalat était injustifiée. C’est clair aussi pour n’importe quel juriste. Cependant pour qui connaît les arcanes musulmans ce n’est pas si clair. A cela JPC pourrait répondre, à raison probablement, comme il l’a déjà fait sur l’insincérité de certains signataires que son rôle n’était pas de « sonder les cœurs et les esprits ».
Cet article 9 plaît beaucoup aux musulmans. La liberté de changer de religion, ils sont pour, puisqu’il faut islamiser la terre entière, mais pas en changer quand on a embrassé la « vraie religion ». Cela rejoint le « il n’y a pas de contrainte en religion » dans le Coran dont on nous rebat les oreilles pour nous faire entendre que l’islam est tolérant. Sauf que cela concerne les non-musulmans qui ne sont pas contraints de rester dans leur religion et sont invités à rejoindre l’islam. Et puis il subsiste une ambiguïté, même si elle ne tient pas la route pour un juriste. Comment respecter les prescriptions religieuses garanties par l’article 9 si elles sont en contradiction par exemple avec ce même article 9 sur l’apostasie ? C’est pourquoi je pense que la première intuition de JPC était la bonne. Il n’était pas inutile de réitérer explicitement la notion de liberté d’apostasie. Mais il n’y a tout de même pas de quoi fouetter un chat.
Par ailleurs cet article 9 pose d’autres problèmes qui ont donné beaucoup d’espoirs aux musulmans et qui en donnent encore, entre autres pour limiter la liberté d’expression. Pour faire interdire les Versets sataniques , sans succès, ils se sont appuyés sur la jurisprudence créé par l’arrêt de la Cour de Strasbourg en 1994 dans l’affaire institut Otto Preminger contre l’Autriche. L’interdiction de la projection d’un film – une adaptation d’une pièce de théâtre interdite en 1894 par le clergé parce que blasphématoire – a été confirmée en application de l’article 9. Voici un extrait de l’arrêt : « Toutefois, la manière dont les croyances et doctrines religieuses font l’objet d’une opposition ou d’une dénégation est une question qui peut engager la responsabilité de l’Etat, notamment celle d’assurer à ceux qui professent ces croyances et doctrines la paisible jouissance du droit garantie par l’article 9″.
Une autre question qui pourrait faire l’objet de réflexions, c’est le glissement insidieux de formulations, qui a force de précisions rajoutées, contribuent à un dévoiement de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. La Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU proclamée à Paris en 1948, par son article 18, met déjà le ver dans le fruit. L’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est ce qui permet d’arriver à Durban 2, à opposer liberté religieuse et liberté tout court lorsqu’il y a contradiction entre les deux.
En 1999 JPC et d’autres pouvaient espérer qu’un islam de France compatible avec la République entraîne par exemplarité le monde musulman vers la modernité. C’est le contraire qui s’est produit, l’avancée de l’islam en France et en Europe conforte et accentue les régressions dans le monde musulman et en Europe. Historiquement comme aujourd’hui c’est par la conquête de la périphérie que l’islam réislamise son centre.
Dix ans se sont écoulés, nous savons tous aujourd’hui que ces signatures ne sont que la manifestation de la taqiya, que les mosquées sont des lieux politiques d’extra territorialité, des casernes ennemies qui quadrillent le territoire. Plutôt que d’en rendre responsable l’un des meilleurs d’entre nous, ne serait-il pas plus utile de tirer le bilan de 20 ans d’offensive islamique et de 10 ans d’organisation du culte musulman en France ? Il est contre-productif de culpabiliser la République, dont la capacité intégratrice n’est pas en cause, ou de s’en prendre à ses meilleurs serviteurs. Quelle peur rétrospective d’imaginer un Sarkozy en 1999-2000 à la place de JPC ! Les coupables sont ceux qui n’honorent pas leurs signatures.
Nous ne nous en sortirons pas sans déclarer l’islam et son dieu législateur incompatibles avec la République. Profitons-en tant que nous disposons encore d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU et que nous sommes encore maîtres de notre dissuasion nucléaire. Il est nécessaire que la gauche et la droite fassent ensemble cette déclaration afin que la lutte de libération contre une offensive destinée à défaire le tissus social, politique, national et civilisationnel de la France ne se perde pas dans une guerre civile. En Grande Bretagne se sont les réseaux des mosquées qui font le coup de main pour empêcher les manifestations contre l’islamisation et les tribunaux islamiques, tout en se légitimant par l’antifascisme et en se cachant derrière certains mouvements de gauche. La gauche est généreuse et irénique, souvent stupide, mais avec elle tous les espoirs de rédemption sont permis.
La droite plus maligne se contente le plus souvent d’entériner les rapports de force. Pourquoi croyez-vous que Tarik Ramadan et les caciques de L’UOIF n’ont que le mot social à la bouche alors que l’islam n’aime guère les travailleurs et méprise les paysans ? Pourquoi prônent-ils «la collaboration avec le mouvement social» ? Pourquoi sont-ils si violents contre les esprits libres de la gauche ? C’est parce qu’ils savent que s’ils gagnent la bataille de la gauche, ils auront gagné la guerre. C’est donc là que se trouve le front. J’en appelle aux camarades dépités par l’islamophilie morbide de la gauche à ne pas déserter le front et à ne pas se laisser abuser par une droite qui remporte les victoires électorales en se réappropriant, par la rhétorique, les valeurs de la gauche laissées en déshérence : fracture sociale en 1995, sécurité en 2002, nation en 2007 et probablement résistance à l’obscurantisme islamique en 2012.
Parfois le ciel s’éclaircit, en témoigne le vote à l’Assemblée nationale de toute la gauche contre l’adaptation du Code civil à la charia en matière fiduciaire et du recours victorieux de 60 députés socialistes auprès du Conseil constitutionnel. Cet événement a été rapidement évoqué dans Riposte Laïque et j’attends avec intérêt l’article de Pascal Hilout sur la question.
Pour finir je trouve que l’on aborde pas assez la dimension géopolitique de l’islamisation qui s’inscrit dans le cadre de la globalisation, du capitalisme financier et d’une politique d’Empire. La question de l’entrée de la Turquie dans l’UE, avec ses 800 000 hommes sous les drapeaux, deuxième armée de l’OTAN, est corollaire de l’hégémonie américaine. Il s’agit d’empêcher que le protectorat ouest-européen ne se libère en faisant la jonction avec la Russie et que donc l’Europe devienne un acteur stratégique indépendant.
La démocratie qui ne s’exerce que dans le cadre national et qui prend appui sur les classes moyennes éduquées ne peut survivre à la disparition de la nation et à la paupérisation des classes moyennes. Or le capitalisme financier a décidé d’en finir avec la main d’œuvre et les classes moyennes occidentales. Le transfert se fait vers l’Asie, de même que le transfert de souveraineté des nations se fait vers l’UE, chausse-pied de la mondialisation libérale. Nous rentrons donc inéluctablement dans une société post-démocratique. Il se pourrait bien que l’instrument de coercition rêvé en pareil cas soit l’islam.
Fraternelles salutations,
Pascal OLIVIER
REPONSE DE RIPOSTE LAIQUE
Cher lecteur,
Merci pour ce texte qui montre combien notre lettre électronique peut être source de débats et terrain d’analyses et de réflexions pouvant permettre un renforcement de notre combat commun…Il montre aussi que nos positions sont très proches et que, comme moi, vous regrettez que JP Chevènement ait abandonné le combat pour la défense et le confortement du socle laïque de notre République. Car c’est cela, l’essentiel : dans son initiative d’organiser en France le culte musulman (et ça, c’est une première défaite au regard du mode d’organisation et de fonctionnement laïque de notre société, qui laisse « L’Etat, chez lui » et les « églises, chez elles »…),
JPC a eu le tort de croire en la sincérité de ses interlocuteurs musulmans, et de prendre pour argent comptant leur signature au point de céder (vous l’avez relevé) sur la liberté de conscience pour obtenir un texte officiel dont vous percevez qu’il est porteur de contradictions par ses précisions mêmes et ses différents renvois. Mais aujourd’hui, alors que les signes sont manifestes de la trahison de leur signature par les responsables musulmans, que l’offensive islamique prend les formes aigues que vous avez relevées, qu’elle met en danger les fondements mêmes de notre Nation laïque et républicaine, il est extrêmement choquant (le mot reste faible) de voir JPC se ranger aux côtés des « islamophiles morbides de la gauche » et déserter le front laïque, républicain et national dont il devrait être un symbole…
Et, tout en appréciant le dernier paragraphe de votre texte car il recoupe parfaitement mon analyse « géopolitique », analyse que je développe tout au long des articles que je rédige pour RL ( en particulier ceux qui traitent de l’immigration, vecteur de l’islamisation que nous combattons), il m’est pénible de constater que JPC a, aussi, abandonné le front de la lutte contre l’Europe anglo-saxonne, atlantiste, libéralo-capitaliste ( dont il avait pourtant bien ciblé l’historique et analysé la visée dans « La faute de Monsieur Monnet ») quand il a rejoint la très européiste Mme Royal, régionaliste et communautariste rampante…Tout cela, vous en conviendrez, suffit à justifier « la charge » que son interview au « Figaro.fr » a déclenchée.
Cordialement laïque et républicain,
Empédoclatès
Pascal Olivier a lui même donné la réponse
Les constituants du CFCM sont pour le droits des chrétiens, des animistes ou des bouddhistes de devenir musulman, pas l’inverse.
Fidèles au coran et à la sunna ils ne reconnaissent pas ce droit pour les musulmans.
L’islam, de ce point de vue, fonctionne comme la stranhgetta calabraise: on peut y entrer mais si l’on en sort, c’est les pieds devant. Et même mort, on n’en sort pas, même en France.
Le jugement d’un tribunal français, -qui a privilégié la charia et donné tort aux enfants d’un né musulman qui ne voulait pas rester musulman dans la mort et avait demandé à être incinéré-, éclaire le sinistre de la situation.
Je ne doute pas des doutes et des angoisses d’un Chevénement qui aurait aimé être le premier consul du CFCM devenant un consistoire central d’un islam de France Islam français.mais ce ne fut pas le cas. Sa position hostile aux Suisses et à la perspective d’une action légale contre la bourqua dans l’espace public le souligne.
Si je me trompais et si, contrairement aux informations qui étaient les miennes, JPC n’avait pas capitulé devant UOIF, alors je l’en féliciterai publiquement, et je lui demanderai : parlez!
je lui dirai :
regardez les choses en face, venez avec moi dans le 9-3, venez voir s’il n’y a que 367 malheureuses enfermées sous les oripeaux des opprimées afghanes, saoudiennes, somaliennes, iraniennes, parmi lesquelles quelques femmes françaises ayant perdu tout repères, comme ces femmes et ses hommes étant entrées dans l’ordre du temple solaire…
Dîtes avec nous à ces musulmans qui larmoient et se plaignent qu’on leur ferait un procés d’intention, redoutant à tort un projet totalitaire, alors que le CFCM nie le droit de quitter l’islam pour une autre religion ou pour plus de religion du tout : exigez du CFCM qu’il reconnaisse le droit quitter l’islam pour une autre religion ou pas de religion du tout. Exigez du CFCM qui soit islam français et dise la croyance et l’incroyance sont des opinions également soumises à la libre critique.
Si je me trompe sur JPC, tant mieux, qu’il vienne avec nous.
Qu’il clarifie sa position; qu’il sorte de l’ambiguité et de la confusion qui laissent à penser qu’il a bien, comme je l’ai alors appris à l’époque, cédé devant l’arrogance conquérante de l’UOIF et livré certains de nos concitoyens ou voisins immigrés à un islam dont on n’a pas le droit de sortir..
Alain Rubin






