Je suis décue que Rachida Dati ait prénommé sa fille Zohra

Publié le 5 janvier 2009 - par - 796 vues

La nomination de Rachida Dati comme Garde des Sceaux avait été vue par beaucoup comme un message fort, envoyé aux enfants issus de l’immigration, par le nouveau Président de la République. Fille d’un maçon marocain et d’une mère algérienne analphabète, deuxième d’une fratrie de douze enfants, la porte-parole de l’UMP incarnait l’image de la volonté, du travail et de l’intégration réussie.

Bien qu’issue de la banlieue, elle ne se sentait pas obligée, comme Fadela Amara, de parler ce nouveau patois pour réaffirmer ses racines.
Elle n’a jamais mis en avant ses origines pour réussir, et n’a jamais, contrairement encore à Fadela Amara (qui a osé dire qu’elle priait cinq fois par jour), et n’a jamais revendiqué une croyance religieuse.

Soumise à un mariage arrangé, elle explique fort bien, dans son livre, « Je vous fais juge », le mécanisme qui amène une jeune femme de 26 ans, née en France, à se retrouver mariée à un homme qu’on lui a choisi. Elle a eu la volonté de faire casser ce mariage. C’est une femme libre, qui a courageusement décidé d’avoir un enfant, seule, à 40 ans, montrant par là son émancipation par rapport au schéma de ses parents.

Le fait que, en France, cette femme ait pu accoucher de sa fille sans dévoiler le nom du père, et que la presse la laisse tranquille sur ce sujet, rend fier d’appartenir à un pays qui n’est pas gangréné, à l’instar de la presse anglo-saxonne, par des journaux de caniveau.

Pourtant, n’y a-t-il pas quelque chose de gênant dans le fait que Rachida Dati, symbole de l’intégration réussie, née en France, ait décidé d’appeler sa fille Zohra ?

Faut-il rappeler qu’à une époque, les enfants d’Espagnols, d’Italiens, de Polonais, d’Arméniens, d’Algériens, de Marocains ou de Tunisiens qui naissaient en France appelaient leurs enfants de prénoms français, parce qu’ils avaient dans l’esprit que cela serait ainsi qu’ils favoriseraient leur intégration et leur réussite sociale. Ils envoyaient ainsi un message fort à leur pays d’accueil : nous voulons que nos enfants soient Français, à égalité de droits, et de devoirs, avec les autres enfants de ce pays.

Cela s’appelait l’intégration républicaine, et c’est grâce à ce principe si aujourd’hui un Français sur trois a un grand-parent issu de l’immigration.
Ce sont les nationalistes bretons qui, les premiers, ont attaqué ce principe, en exigeant qu’on les autorise à donner les prénoms les plus bretonnants à leur progéniture. Le message était clair : nous voulons que nos enfants soient Bretons avant d’être Français !

Force est de constater que si, depuis une génération, on a obtenu le droit de choisir le prénom de ses enfants en-dehors de la liste des saints du calendrier, ce qui est une bonne chose, d’aucuns ont cru que cela leur donnait le droit de faire n’importe quoi. Ainsi, Cécile Duflot, (évidemment une Verte !), a-t-elle trouvé le moyen d’appeler son quatrième enfant Térébentine ! Pauvre gosse ! Mais il est une chose bien plus inquiétante. La très grande majorité des enfants issus de l’immigration d’Afrique du Nord ne donnent plus de prénoms français à leurs enfants. On constate même parfois, quand les parents ont donné un prénom français, des démarches de jeunes adultes, qui veulent changer de prénom. (1) Là encore, le message est clair : nous voulons la nationalité française, et ses avantages, mais nous ne voulons pas l’intégration française. C’est un message de repli identitaire, et de communautarisme dont personne ne peut nier l’ampleur ni la gravité.

Il n’est pas question de contester la liberté individuelle de chacun a choisir le prénom de son choix, pour son enfant. Mais la Garde des Sceaux aurait pu profiter de sa notoriété pour envoyer un message fort, affirmer son amour de la France, et montrer sa conception de l’intégration en donnant à sa fille un prénom issu du pays où elle est née. Elle a préféré donner des gages à une vision communautariste de la société. On nous rétorquera que son choix est un geste de piété filiale : rien ne l’empêchait de donner le prénom de sa mère comme deuxième prénom à son enfant tout en jouant jusqu’au bout son rôle de Ministre de l’Etat français. D’ailleurs, si l’habitude de donner le prénom d’un de ses grands-parents à un enfant a(vait) plus ou moins disparu en France, ne faut-il pas y voir le souci, légitime, de préserver, intacte, la liberté de l’enfant, qui a une vie à inventer, à faire, et qui ne doit pas, dès sa naissance, être chargé de pérenniser des histoires, des familles, des pays… Ce n’est pas à lui de prouver à ses grands-prents l’amour de ses parents ni à lui d’incarner les rêves déçus de ses géniteurs !

Qu’aurait-on dit si Nicolas Sarkozy avait donné des prénoms hongrois à ses enfants ? Finalement, le choix de Rachida Dati résume assez bien le mépris de la France qu’ont beaucoup d’élites de ce pays, quelles que soient leurs origines et doit nous rendre encore plus méfiants devant leur propre tendance au communautarisme, qui signe la mort de la laïcité et du vivre ensemble.

Lucette Jeanpierre

http://www.ripostelaique.com/Ils-nous-ont-fait-rire-jaune-du-29.html

Les commentaires sont fermés.