Je suis libraire au Bourget (suite)

Publié le 2 décembre 2008 - par
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Ci-dessous un texte complémentaire au témoignage paru dans notre numéro 64

Derrière ma caisse, derrière ma vitrine, derrière mon rideau de fer, derrière ma porte blindée, derrière ma grille protectrice, derrière l’entrée sécurisée du magasin, derrière mon écran, j’écris ton nom dans la poussière et leurs cris ; je t’observe, je t’écoute, je te nomme, je t’invoque tant et plus, tu as trouvé grâce en mon coeur… mais rien!… que ton silence et leurs chants.

Drapée dans mon mutisme, je range méthodiquement chaque souffrance à sa place ; seuls électrons libres de ma vie, elles vont bâtir une à une ma résilience.

Derrière mon écran d’ordinateur, j’observe, j’écoute la Vie ; je l’évite, je me terre, j’ai honte, j’ai froid, je me tais, je vous lis et je vous écris de ma prison.
J’en possède les clés mais où sont-elles enfouies? Dans quels plis de mes terreurs, dans quels replis de mes larmes désormais invisibles errent-elles ?

L’ombre, la vraie, l’obscure ne fait pas la une de la presse. Celle que je vis et dans laquelle je m’enfonce un peu plus chaque jour est un feu d’artifice de dénis, de doutes, d’abandons. Les vôtres, les leurs, les miens, qui insidieusement tissent cette toile du « on achève bien la victime ». Par maladresse, souvent par effroi, mais toujours par interrogations, vous refusez les faits en bloc.

Pourtant, dans une grosse chemise, chaque PV, chaque expertise, chaque preuve, de la plus infime à la plus accablante, tout est minutieusement rangé ; parce que j’ai appris, en quatre ans et demi qu’une parole de victime cela équivaut à un zéro pointé dans la balance, mais pas que dans celle de la justice, dans celle de vous tous, aussi. Avouez le, en lisant le premier témoignage, qui ne s’est pas dit : « c’est impossible, c’est pas vrai, c’est trop ceci ou cela …. » ? C’est humain cette réserve, je ne peux vous en vouloir, mais pourtant, comme cela est destructeur pour la victime, car dire, évoquer la vérité, les faits, cela équivaut à monter sur l’échafaud ; nul n’éprouve l’envie de se faire lapider sur la place publique une deuxième fois… d’où les silences, les oublis, les suicides puisqu’une victime ne peut plus rien partager avec un ou une non victime sans ressentir ce besoin de prouver encore et encore que tout est vrai, craché juré !

Impossible d’admettre une telle escalade. Mais que fait donc la police, que font donc les élus, que fait donc Monsieur Le Président ?

Ils se lassent, ils détournent les yeux , ils sont déjà sur la défensive car mon profil n’est pas celui d’une victime dite « normale », trop provocatrice, trop folle, trop déstabilisante… Silence radio donc, pour une fois d’une seule et unique voix.

Comme quoi , dans le département 93, nos élus, maire, député, sénateur, savent s’unir quand il s’agit d’éviter de faire des vagues, sur des sujets glissants, comme la sécurité, l’islamisation du département et le déséquilibre qui en découle pour nous « souchiens » Il leur est plus simple, plus facile, plus politiquement correct de penser que j’ai tout inventé, construit… juste pour faire joli, ou pour me faire remarquer, ou je ne sais quoi d’autre plutôt que de s’attaquer au problème à l’heure ou l’on prône la diversité au détriment de notre République et de ses valeurs.

Je ne crois pas que mes grands pères, mon père aient servi la France, défendu son territoire et ses valeurs, pour que je vive cela. Ils l’ont fait pour que je sois libre dans ma tête, libre dans ma vie, libre dans mon coeur. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’aimaient pas le ailleurs, ou l’autre… puisque mon père m’a montré tant de lieux où nos différences devenaient les vraies richesses de nos amitiés dans le plus grand respect de chacun.

Seulement voilà, l’heure n’est plus au partage, mais à la domination !
L’heure n’est plus à convivialité, mais à la violence et aux clans !

Je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’à vécu Fanny Truchelut ; elle, que l’on a condamnée pour un voile, mis ou à retirer, à de la prison et de fortes amendes. La même justice fait un non lieu sur un viol, proposant des indemnités financières en échange « du droit à laisser à mes violeurs une seconde chance » ! Pourquoi condamner Fanny ? Les femmes voilées n’ont subi aucun outrage, aucune humiliation, pourtant, elles seront soutenues par des associations qui se porteront partie civile alors que je suis seule, aidée par la présence infaillible du docteur Emmanuelle Piet , présidente du CFCV (Collectif Féministe Contre le Viol. NDLR).

Nous savons tous que bien souvent les femmes qui portent le voile comme une arme religieuse sont les plus agressives, sachant manipuler la société pour obtenir le larmoiement général et la compassion de chacun ; Fanny a été jugée coupable, moi, je suis une victime, pourtant nous subissons le même traitement social de la part des biens pensants, alors que sur le fond, Fanny a été aussi victime d’une provocation dans son propre établissement.
Des agressions voulues pour ce que nous sommes, des Françaises aux caractères bien trempés, pour qui le verbe « soumettre » résonne comme un détonateur et attachées à nos valeurs, nos traditions républicaines.

Nous sommes les nouvelles résistantes du XXIème siècle, au nom d’une liberté, prénommée France.

Expression Libre: http://m.neige.free.fr et www.mneige.lalibrairie.com

Marie-Neige Sardin

(1) http://www.ripostelaique.com/Je-suis-libraire-au-Bourget-93-et.html

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