L’affiche que le FN a ratée exprès

Lorsque nous partons du principe que nous avons tous un besoin vital d’appartenance, nous pouvons comprendre pourquoi des personnalités comme Elisabeth Badinter et Robert Redeker signent une pétition contre l’affiche du FN. L’opposition à ce parti, qui a souvent osé poser des questions gênantes sans y répondre de façon satisfaisante, permet avant tout de s’en démarquer. Mais dans ce jeu politique, il y a beaucoup de mise en scène.

- Le FN sait très bien que la plaie algérienne n’a jamais été soignée. Nous savons cela et l’avons toujours présent à l’esprit. Mais nous tentons vainement de l’oublier. La gangrène est toujours là, pas l’oubli et cela nous pourrit la vie, aussi bien en France qu’en Algérie.

- Le FN sait, les pétitionnaires savent et nous savons que la France a de tout temps eu des relations conflictuelles avec l’islam. En tant que religion, l’islam est à tout jamais inconciliable avec le judéo-christianisme et avec l’athéisme ambiants. Mais nous feignons d’oublier cette donnée.

- Le FN sait et nous savons les réels problèmes avec la dernière vague d’immigration ; surtout depuis les années Mitterrand qui ont vu le chômage et la précarité endémiques s’installer définitivement dans notre paysage économique et social. De plus l’immigration clandestine n’arrange que les affaires des passeurs et des profiteurs de la misère humaine. Ils l’exploitent au noir et le reste la société en paie les coûts sociaux.

- Le FN sait et nous savons que l’intégration, tout autant que l’assimilation, sont devenus des mots tabous qu’il ne faut surtout pas prononcer pour ne pas courroucer les immigrés et les intellectuels paternalistes en mal de « victimes » et « d’opprimés ». Aujourd’hui, dans les rangs du NPA, la classe dite ouvrière s’est convertie au voile et à la distribution d’opium auprès du peuple. Dans sa tombe, Marx doit s’en arracher la barbe !

Confrontés à ces dures réalités, le FN, les pétitionnaires et tout le monde tente de biaiser. Nous invoquons d’autres problèmes en lieu et place des vrais qui attendent toujours d’être traités avec fermeté et en toute transparence démocratique.

Les diverses facettes de notre mise en scène problématique étant formulées, passons à l’analyse de l’affiche incriminée du FN.

Cette affiche est composée de cinq éléments ; autant que les piliers de l’islam :

1er élément : Minarets-Missiles de fabrication suisse. C’est un évident plagiat de l’affiche qui a eu le succès qu’on connaît. En effet, les Suisses ont voté un coup d’arrêt à toute nouvelle construction de minarets. Or la Suisse n’est pas la France : les immigrés suisses de confession musulmane sont en majorité d’origine balkanique. Les Turcs ont colonisé les Balkans et les Européens en gardent un souvenir traumatisant. Mais c’est la France qui a conquis tout un empire musulman, en partie au détriment de l’Empire turc. Par conséquent, les minarets-missiles sur l’affiche du FN ne peuvent avoir la même signification ni le même effet que chez nos voisins suisses. Ceci d’autant plus que c’est la France qui dispose aujourd’hui d’une base militaire dans le Golfe, en plus de disposer de l’arme nucléaire. La France a réintégré le commandement de l’OTAN dont les territoires s’étendent jusqu’en Turquie, membre plus constant dans sa fidélité à l’OTAN que notre pays. La Turquie est un voisin de l’Iran et son territoire a servi, jusqu’à récemment, de base d’entraînement pour l’aviation israélienne.

2ème élément : « NON À L’ISLAMISME » proclame l’affiche du FN. Ce slogan enfonce des portes ouvertes. Ses auteurs tentent de s’attribuer une fausse honorabilité en s’inscrivant dans le même combat qu’un Sifaoui, par exemple. Qui, de par le monde, ne proclame pas aujourd’hui son opposition à l’islamisme ? Même l’Arabie Saoudite y souscrit tout en continuant d’être un état strictement musulman, donc irrespectueux de la liberté des êtres, de l’égalité entre les êtres et de la fraternité entre tous les êtres humains. Le terme islamisme est une fumisterie aux contours instables : ils dépendent uniquement de l’imagination de ceux qui en font usage(1). Avec mes amis à Riposte Laïque, je préfère mettre fin à cette ambiguïté et postuler que l’islam=coran+Mahomet=islamisme. Certains trouvent la formule simpliste, mais personne n’en a encore démontré la fausseté. Les tricheurs, peu doués en logique linguistique, tentent de remplacer « musulmans » par « islam » et parlent d’islam modéré en lieu et place de musulmans modérés. « L’islam modéré » est un abus de langage.

3ème élément : la musulmane intégralement voilée de l’affiche du FN est l’évidente incarnation d’une pratique archaïque et ancestrale de l’islam. Avec l’immigration, cette pratique s’est trouvée importée en France. Certains font semblant de découvrir cet accoutrement ancré dans mon histoire islamique, y compris familiale au Maroc. Elle n’a pas attendu le soi-disant prosélytisme salafiste ou islamiste exporté, nous dit-on, par l’Arabie ou par l’Iran. Je conseillerais à mes amis soi-disant spécialistes de la lutte contre les « ismes » et les « istes » de lire tout simplement nos vieux dictionnaires. Le mot haïk qui désigne une étoffe qui est l’exacte réplique du tchador iranien, est attesté en français depuis au moins 1654(2). Avant l’indépendance, ma grand-mère Marocaine et toutes les Algériennes portaient le haïk. Mais nos militants à la petite semaine font semblant d’avoir la mémoire courte.

4ème élément : la France couverte du drapeau algérien. C’est là que réside le cœur du message que fait passer le FN. Le territoire national est envahi par l’Algérie. Il est aussi quadrillé de minarets-missiles dont l’ombre accentue la longue portée. Autrement dit, la France est aussi annexée par les musulmans qui ne sont pas tous des Algériens. Ce message-là, non plus, n’a pas été inventé par le FN. Il s’est inspiré d’un t-shirt choquant qui a été mis sur le marché et qu’un certain nombre de personnes ont porté, sans vergogne, dans notre espace public français. Nos bonnes âmes n’ont jamais pétitionné pour s’élever contre cette provocation qui, non seulement blessait le sentiment national de tout Français, mais cherchait aussi à donner un nouveau souffle au Front National afin que, à son tour, le « victimisme » puisse s’en nourrir. Si le FN venait à agoniser, ses « adversaires » se chargeraient certainement de le maintenir sous respiration artificielle. Ils ont besoin de la flamme adoptée comme emblème par le FN pour pouvoir crier « au feu ! » et reformer des cercles pour le circonscrire. C’est à chaque fois un feu de joie, pour le FN et pour ses « adversaires ».

C’est qu’il s’agit là d’un jeu trois fois gagnant : pour la gauche française, pour le FN et, subsidiairement, pour le FLN. Les deux dernières organisations n’ont pas encore décidé d’en finir avec leur guerre d’Algérie. L’Etat-FLN n’a jamais protesté contre l’utilisation de son drapeau sur des t-shirt et le FN ne présente pas tout simplement un porteur de ce t-shirt juste à côté de la musulmane voilée. Ceci aurait pu être inattaquable du point de vue juridique, mais n’aurait, bien évidemment, pas suscité l’ire des adversaires et toute la polémique médiatique. Il s’agissait donc pour le FN et pour ses adversaires de provoquer une nouvelle vague sur laquelle publicitaires, « victimes » et leur maîtres-nageurs (maîtres à penser et/ou idiots utiles) surfent allègrement depuis la génération Mitterrand.

En se saisissant de la perche que les méprisables provocateurs en t-shirt ont tendue au FN, il s’est offert une vague de publicité autrement plus retentissante et moins coûteuse que ce qu’il aurait dû payer s’il s’était décidé à entrer dans les rangs de ce qu’il appelle « l’establishment ».

Il est grand temps que Le Pen, tout autant que la gérontocratie FLN quittent la scène des deux côtés de la Méditerranée. C’est enfin que nous pourrons tourner la page de la génération FLN – Le Pen – Mitterrand et conclure un traité d’amitié avec une Algérie, que nous souhaitons enfin libre, enfin démocratique et enfin populaire. Et en France nous pourrons enfin dépasser nos traumatismes et nos cauchemars d’outre-mer.

5ème élément : La jeunesse avec LE PEN. C’est comme si outre-Méditerranée on écrivait « La jeunesse avec la gérontocratie FLN ». Le nationalisme, de part et d’autre de la Méditerranée, lorsqu’il est offert à la jeunesse sans être accompagné d’un programme économique, social et sans vision républicaine et humaniste des autres, de ses concitoyens et voisins venus de l’autre rive, ce nationalisme reste un réel poison qu’il ne faut surtout pas distribuer à nos jeunesses d’ici et de l’autre côté de la Méditerranée. Or le FN, tout autant que le FLN, ne fait que cela. Ils offrent un plat unique et peu consistant. Il faut tout entreprendre pour que nos jeunesses ne succombent plus à l’attrait de ce plat. Il est fait de haine. Il est anémiant et provoque des carences irrémédiables chez ses consommateurs. J’ose espérer qu’en leur âme et conscience, les juges de Marseille, qui ont interdit l’affiche FN, aient voulu prémunir notre jeunesse de ce poison. Si c’est bien cela leur intention, nous ne pouvons que leur en savoir gré.

Et voici ce que vous propose Riposte Laïque comme alternative :

Non à l’islam :

c’est une religion archaïque, sexiste, séparatiste et ségrégationniste. Il faut le dire, le proclamer et le répéter autant que nécessaire afin de contribuer, un tant soit peu, à l’émancipation de nos concitoyens musulmans et surtout de nos concitoyennes musulmanes.

La seule consolation pour cette religion et pour ses fidèles adeptes est qu’elle n’est pas la seule à être misogyne, séparatiste du bon grain de l’ivraie et contributrice à ériger des murs -symboliques ou réels- entre les êtres. Sa spécificité réside dans le fait que ses enfants, comme moi, ne l’ont jamais ouvertement critiquée et remise en question. Il était temps !

Pascal Hilout

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(1) Pour s’en convaincre, il suffit d’analyser l’évolution des étiquettes que Le Monde colle aux dirigeants turcs de l’AKP. Il est passé d’islamistes, à islamistes modérés et, aujourd’hui, tout Le Monde parle d’islamo-conservateurs.

(2) Lexilogos – Haïk : Étymol. et Hist. : 1654 heque (N. Anroux et P. Héron, La miraculeuse rédemption des captifs faite à Salé, p. 64 cité par R. Arveiller ds R. Ling. rom. t. 38, p. 15 : un heque de fine laine)

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