La liste « anti-sioniste » de Dieudonné-Soral : une suite française de Durban 2

En écoutant la conférence de presse donnée par Dieudonné-Soral (1) et les vingt premiers co-listiers de la liste dite « anti-sioniste », on reste sur un sentiment étrange.

Les médias ont relevé la disparité de la liste, qui ferait son originalité. On y trouve des personnes revendiquant leur syndicalisme à Sud ou à la CGT, un ancien leader du Front National Jeunesse, un cinéaste qui se dit issu de la LCR, Ginette Skandrani – accusée même par certains pro-palestiniens d’être compagne de route des milieux négationnistes – qui a même réussi à se faire exclure de chez les Verts, Maria Poumier, une universitaire supportrice de Chavez qui dit vouloir réconcilier la culture chrétienne et communiste, mais qui s’est vu reprocher par ses collègues sa connivence avec Garaudy, un gourou mystique, psychosociologue et psychothérapeute d’extrême centre (!), un républicain qui veut virer tous ceux qui n’aiment pas la France, deux catholiques traditionalistes, la voilée de service, et même un européiste !

Mais on voit surtout, outre Dieudonné, les deux personnes qui pèsent vraiment dans cette liste, qui sera uniquement parisienne.

Lors de la présentation, on a vu la place du centre Zahra dans cette liste. Dieudonné et Soral étaient encadrés de Yahia Gouasmi, religieux chiite qui se réclame du Parti de Dieu, sur la gauche, et d’une voilée du même centre Zahra, qui n’a jamais pris la parole, sur la droite. L’image est parlante. Yahia Gouasmi est à la fois le président du Parti anti-sioniste (PAS), et du centre Zahra. Il a participé à la récente manifestation du Parti des Musulmans de France, réclamant l’annulation de la loi contre les signes religieux à l’école. Riposte Laïque s’est intéressé au centre Zahra, situé dans le nord de la France, qui prône ouvertement la disparition d’Israël et ne cache pas ses liens avec l’Iran (2). Jean-Marie Le Pen, lors des trente ans de la Révolution iranienne, y avait même accepté invitation et interview, disant tout le bien qu’il pensait de la révolution des ayatollahs. Nous nous étions également intéressés aux propos sans ambiguïté de Yahia Gouasmi, qui a vraiment beaucoup de mal à masquer sa haine des Juifs derrière un discours anti-sioniste prônant l’éradication de l’Etat d’Israël (3).

Tout au long du déroulement de cette conférence, on a bien vu que si Gouasmi tenait les cordons de la bourse, puisque, sur le financement de la campagne, il a fait sa seule intervention de la conférence de la presse : « Il n’y a pas de problème d’argent », c’était Alain Soral le véritable patron, celui qui écrit la musique, qu’interprète Dieudonné, dans le registre provocateur qui est le sien. Alain Soral, essayiste, polémiste, marxiste, longtemps au Parti communiste français, est devenu, le temps d’une campagne présidentiel, conseiller spécial de Jean-Marie Le Pen, mais vient de quitter avec pertes et fracas le Front national, affichant un conflit ouvert avec Marine Le Pen.

Il a créé son mouvement, « Egalité et Réconciliation », qui se veut un mouvement de réconciliation nationale.

C’est un intellectuel iconoclaste, qui est en guerre contre la pensée unique de ce qu’il appelle l’UMPS. Nous aussi, certes, mais cela ne fait pas de nous des partisans de Soral.

Il combat le communautarisme. Nous aussi, certes, mais cela ne fait pas de nous des partisans de Soral.

Il pense que le NPA fait le jeu du système capitaliste, et qu’en détruisant le Parti communiste et sa culture populaire, l’extrême gauche Besancenot a contribué à l’affaiblissement de la classe ouvrière. Nous aussi, bien que n’ayant aucune nostalgie pour les pratiques passées du PCF, mais cela ne fait pas de nous des partisans de Soral.

Il aime la joute oratoire, et la provocation ne lui fait pas peur. Nous aussi, certes, mais cela ne fait pas de nous des partisans de Soral.

Il est convaincu que les malheurs du monde viennent du complot sioniste international, et que ce sont ces gens là qui gouvernent la France et le monde. Pas nous. Nous nous inscrivons en faux contre cette pensée.

Toutes ses analyses politique découlent de là. N’oublions pas un machisme provocateur revendiqué contre la « vaginocratie », qui lui occasionne des débats souvent houleux avec les féministes.

Ainsi, sa vision du complot sioniste et son machisme lui ont fait tenir des propos ahurissants sur le mouvement Ni Putes Ni Soumises. Il n’a pas vu pas dans le combat de Samira Bellil, celui de Fadela Amara, ou dans la campagne pour ne pas banaliser l’assassinat de Sohane, la preuve des violences faites aux femmes, mais l’œuvre (sic !) du Parti socialiste, inféodé au sionisme, qui stigmatisait les jeunes immigrés arabes ! Il est même allé jusqu’à reprocher aux jeunes beurettes des cités de préférer sortir avec les jeunes « Français », abandonnant leurs frères à leur misère sexuelle….

Pour justifier sa défense du voile, celui qui se présente comme un grand amateur de femmes ira jusqu’à l’opposer au string. Comme le dit Christine Tasin (4), dans notre livre « Les dessous du voile : « Ainsi, pour Soral, comme pour l’extrême droite islamiste, comme pour l’extrême droite politique (et même quelques hommes ou femmes politiques de gauche comme Ségolène Royal, il faut le reconnaître), tous des adorateurs de la femme, évidemment, le string serait une scandaleuse façon d’afficher « la liberté du désir » de la femme, ce qui la réduirait illico presto à « un objet de désir » quand le voile, au contraire, serait le porte-drapeau du respect du corps (on s’étouffe !), la demande de reconnaissance d’une certaine pudeur, la demande d’exister, d’être reconnue comme un être humain grâce à son seul regard. »

Sur le voile, là encore, son obsession conspirationniste et sa haine du féminisme lui ont fait effectivement défendre, en 2003, sa présence à l’école, bien que des femmes meurent, de l’autre côté de la Méditerranée, pour ne pas le porter.

Enfin, sa haine de l’Etat d’Israël le range aux côté des fascistes religieux du Hezbollah, qu’il a rencontré officiellement avec Dieudonné, en 2006, et du Hamas. Il appelle les fascistes religieux qui terrorisent leur peuple, et rêvent de détruire Israël, des résistants. On est dans l’inversion des valeurs dans laquelle excelle l’extrême droite.

Quant à Dieudonné, rappelons qu’il commença sa carrière politique en luttant contre le Front national, sur Dreux. Il joue aujourd’hui les victimes de la censure juive depuis le scandale suscité par un sketch télévisé montrant un rabbin faire le salut nazi. Il poursuit son combat obsessionnel, et s’est rapproché de Le Pen. Il va multiplier les provocations, pour apparaître de plus en plus comme la victime d’un système tenu par les sionistes, donc par les Juifs. La dernière sera la présence du négationiste Faurisson sur la scène de son dernier spectacle.

Le discours Dieudonné-Soral est fort simple. Les Juifs sont partout, ils sont au centre d’un complot, ils gouvernent le monde, et ont envahi la France. Il faut donc libérer notre pays de cette invasion. Rappelons-nous leurs mots d’ordre, pendant Gaza : « Sioniste, fout le camp, la France n’est pas à toi ! ». Avec cette liste, on est totalement dans la suite de Durban 2, version française.

On ne parlera pas de la proposition stupide de Claude Guéant, secrétaire à l’Elysée, affirmant vouloir examiner comment interdire cette liste. Cela a été une aubaine pour Dieudonné, qui sait, bien sûr, jouer de cette tentative de censure pour mieux se victimiser encore davantage, comme l’explique fort bien l’essayiste Elisabeth Levy (5), qui a accepté par ailleurs un débat avec Dieudonné au lendemain de sa conférence de presse.

Cette liste ne se présentera qu’en région parisienne. Rappelons qu’en 2004, sous des thèmes semblables, Euro-Palestine avait fait 1,83 % en région parisienne, mais dépassé les 5 % dans plusieurs communes du 92, atteint 10,75 % à Garges les Gonesse, et frôlé les 15 % dans certains bureaux de vote.

Ne sous-estimons pas Soral-Dieudonné-Gouasmi. Ils ont bien préparé leur affaire. Et ce n’est pas un hasard s’ils ne se présentent qu’en Ile-de France, c’est là que le terreau est le plus fertile. Ils ont d’ailleurs participé aux manifestations de Gaza, se faisant virer par le service d’ordre de la LCR et de la CNT. Ils étaient présents au congrès de l’UOIF, où ils ont longuement discuté avec Tariq Ramadan (5). Soral, dans la foulée, a tenu une tribune commune à Bordeaux avec le recteur de l’UOIF Tarek Oubrou.

Toutes les conditions sont réunies, avec la personnalité de Dieudonné, la volonté d’importer le conflit israélo-palestinien, pour que ces listes fassent des scores, dans certains quartiers, qui démontrent la gravité de la situation française et la montée de la haine du Juif, que les colistiers maquillent en discours militant anti-sioniste, pour échapper aux poursuites judiciaires.

On frémit de la « réconciliation nationale républicaine » que nous promettent, derrière leur discours anti-sioniste, le trio Dieudonné-Soral-Gouasmi.

Cela serait la France du voile islamique, uniforme du Parti de Dieu dont se réclame Gouasmi, qui aurait totale liberté de s’imposer dans tous les espaces de la société.

Ce serait celle des prières publiques, comme celles auxquelles nous avons assisté dans les manifestations parisiennes de janvier 2009.

Un siècle après la loi de 1905, sous la pression de l’islam, le religieux reprendrait le contrôle de l’espace public.

Ce serait la France de la haine publique affichée contre tout ce qui ressemble à l’Etat d’Israël. Drapeaux brûlés, attaques de magasins, comme ceux de Carrefour, même si ce sont les gauchistes de NPA et la sénatrice verte Alima Boumedienne qui font ce travail (6), première étape vers les attaques de synagogues, et l’aggravation des violences physiques contre les Juifs, que leur discours ne peut que provoquer.

Cela sent tout de même très mauvais, et n’est pas sans nous rappeler le coup du complot juif du « Protocole des Sages de Sion », « Je suis partout », le juif apatride et vampire qui suce le sang de ses victimes, ni certains discours des antisémites comme Edouard Drumont, Charles Maurras ou Céline.

On sent, à écouter certains propos, qu’il ne faut vraiment pas grand-chose pour que la haine du Juif sorte, et s’exprime brutalement (7).

Hier, les nazis avaient su construire un discours anti-capitaliste, autour du complot juif, pour défendre une race pure.

Aujourd’hui, c’est un descendant d’esclave qui tient le discours du complot juif, avec un communiste passé au Front national tirant les ficelles, avec les islamistes dans les coulisses, avec des pans importants de l’extrême droite en appui, et des franges de l’extrême gauche qui, sans s’afficher avec eux, tirent dans le même sens, comme on le voit lors des attaques de Carrefour qui se multiplient contre les produits israéliens.

Pourtant, les classes populaires, dont se réclament Soral-Dieudonné, constatent tous les jours la réalité de la France de 2009.

Ce ne sont pas les jeunes Juifs qui multiplient les agressions contres les policiers, contre les pompiers, contre les médecins, dans les cités.

Ce ne sont pas les Juifs qui imposent leurs prières sur la voie publique.

Ce ne sont pas les Juifs qui sont majoritaires dans les prisons françaises.

Ce ne sont pas les Juifs qui agressent les musulmans dans la rue.

Ce n’est pas un Juif qui est jugé pour avoir torturé à mort un musulman pendant trois semaines, pour avoir de la « thune », avant de brûler son corps.

Ce n’est pas la religion juive qui multiplie les demandes d’accommodements raisonnables avec la laïcité.

Ce n’est pas un religieux juif qui a dit : « Grâce à votre démocratie, nous vous envahirons, grâce à notre fécondité, nous vous vaincrons ».

Ce ne sont pas des Juives qui nous agressent avec leur voile intégral les transformant en Belphégor.

Ce ne sont pas des Juifs qui posent des bombes partout où ils le peuvent dans le monde, et encensent les martyrs des attentats-suicides.

Cela ne veut pas dire que le communautarisme n’existe pas chez certains Juifs, que le consistoire ne demande pas des dérogations particulières inacceptables dans un pays laïque, que les repas annuels du Crif, où le gouvernement donne l’impression d’être sommé de s’expliquer sur sa politique étrangère, soient exemplaires et envoient un bon message à l’ensemble de la société française.

Cela ne veut pas dire que la Juive qui veut épouser un « goy » n’aura pas quelques problèmes avec sa famille. Nous voulons avoir le droit de critiquer la politique d’Israël, de critiquer la circoncision imposée aux gamins, sans nous faire traiter de racistes ou d’antisémites.

Nous sommes laïques. Mais nous ne confondons pas la paille juive ou chrétienne avec la poutre musulmane.

Nous voyons clair. A dénoncer, de manière obsessionnelle, le complot juif dans notre société, Dieudonné et Soral affichent ouvertement leur connivence avec le fascisme du XXIe siècle, le totalitarisme islamique, au nom de la même théorie que celle des islamogauchistes : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ».

Cela veut dire qu’ils préfèrent la charia aux lois de la République.

Cela veut dire qu’ils préfèrent un pays comme l’Iran, où la police religieuse oblige chaque habitante à porter le voile, où on pratique la lapidation des femmes, l’exécution publique d’homosexuels, où les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes droits, où il y a des châtiments corporels publics, à un pays comme Israël, qui est une démocratie, certes imparfaite, mais où les Arabes peuvent voter, être élus, et même organiser des manifestations contre la politique israélienne, en plein bombardement de Gaza.

Cela veut dire qu’ils préfèrent la dictature religieuse et le fascisme à la démocratie et à la liberté de conscience.

Cela veut dire qu’il n’y a rien de républicain et de laïque dans leur projet, seulement la haine du Juif, et la fascination des théocraties islamiques.

Nous ne voulons pas de la France qu’ils nous proposent.

Nous ne voulons pas revivre les heures noires de notre Histoire, et ce que nous avons vu lors des manifestations contre Gaza renforce nos craintes.

Mais il ne faut surtout pas les interdire, pas davantage qu’il ne fallait interdire hier le Front national.

Il faut les combattre sans concession, au nom de la laïcité et du progrès, contre la haine et l’obscurantisme… et surtout gagner la bataille.

Cyrano

Les deux illustrations sont issues de la bande dessinée : Le Complot, L’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion, chez Grasset 131 pages, 19€

(1) Europeennes2009NonNouvelOrdreMondialCottenDieudonne110509.htm

(2) Le-Pen-Soral-Dieudonne-et-Jack.html

(3) part-anti-sioniste-de-yahia-gouasmi.html

rponse-monsieur-yahia-gouasmi.html

(4) http://christinetasin.over-blog.fr/article-31279097.html

quand-il-y-a-7-2-9-sur-le-paquet-n-achetez-pas-ca-vient-d-israel

(5) Débat Elisabeth Levy-Dieudonné : http://www.fluctuat.net/6810-Dieudonne-vs-Elisabeth-Levy

liberte-pour-les-ennemis-de-la-liberte,2351

(6) Apres-Obama-Tariq-Ramadan-essaie.html

(7) il-ne-faut-pas-desesperer-montfermeil,1495?cp=24#comments

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