La mauvaise réputation, d’après Georges Brassens

Le texte suivant, écrit par un professeur de collège, se veut défoulement face aux propos parfois peu judicieux de certains parents d’élèves. Il n’a pas pour but d’établir un état général de l’enseignement, d’exonérer les enseignants de leurs responsabilités spécifiques et réelles, ni de refuser un dialogue constructif. S’il peut contribuer à une réflexion commune, il aura accompli bien plus qu’il n’en a l’ambition.

La mauvaise réputation

D’après Georges Brassens

Au collège, sans prétentions,

J’ai mauvaise réputation.

On dit que je suis exigeant,

Que je n’aime pas les enfants.

Je me trouve pourtant bien bonne pomme

D’essayer de faire, de gamins, des hommes!

Mais les enfants n’aiment pas que

L’on exige quelque chose d’eux,

Non, les enfants n’aiment pas que

L’on exige quelque chose d’eux.

« Surtout ne me dérangez pas,

Rester bébé, moi ça me va. »

Au collège, sans prétentions,

J’ai mauvaise réputation.

On me dit que mes punitions

N’ont pas de justification.

« Il ne faut jamais nous punir le nôtre,

Mais soyez bien ferme avec ceux des autres! »

Car les parents n’aiment pas que

L’on dérange leur enfant à eux,

Non, les parents n’aiment pas que

L’on dérange leur enfant à eux.

« On se demande bien pourquoi

Vos classes ne vous respectent pas ! »

Au collège, sans prétentions,

J’ai mauvaise réputation.

Je ne suis pas intéressant,

La moyenne sans cesse descend.

« Même si dans la classe, y’en a de plus hautes,

Si le mien descend, c’est de votre faute !

Car mon enfant, cette étincelle,

Est l’étalon universel,

Oui, mon enfant, cette étincelle,

Est l’étalon universel.

Et si ça ne lui convient pas,

Vous êtes nul, ça va de soi ! »

Au collège, sans prétentions,

J’ai mauvaise réputation.

Je demande de travailler,

Et je ne fais pas rigoler.

« Peu importe cette culture abstruse,

Je veux de bonnes notes, et que l’on s’amuse !

Car travail, savoir, et effort

Ne sont pas vraiment mes points forts,

Non, travail, savoir et effort

Ne sont pas vraiment mes points forts.

Si je n’aime pas déjà ça,

Ca ne vaut rien, ça va de soi ! »

Au collège, sans prétention,

J’ai mauvaise réputation,

Je ne prête pas attention

A tous les donneurs de leçons,

Tous ceux qui pour sortir de mes débâcles

M’assènent de haut leur formule-miracle,

J’ai l’arrogance de croire que

Je connais mieux mon métier qu’eux

J’ai l’arrogance de croire que

Je connais mieux mon métier qu’eux.

Faut cinq ans pour faire enseignant,

Cinq minutes pour être parent !


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