L’axiome de la bien-pensance est désormais on ne peut plus clair : interdire est intolérable, et qui interdit est intolérant ! En interdisant la construction de nouveaux minarets sur leur sol, les Suisses ont donc versé dans l’intolérable et sont devenus intolérants. De fréquentables qu’ils étaient, les voilà désormais infréquentables : l’extrême droite habite 57 % d’entre eux !
Evidemment, personne, parmi leurs contempteurs, ne paraît remarquer que l’interdiction porte sur les «nouveaux» minarets – ce qui prouve l’acceptation des «anciens» ! – ni même réfléchir aux motifs d’un tel refus. Non ! Les Suisses ont commis une erreur telle qu’ils n’ont d’autre solution que de revenir le plus rapidement possible à la raison. Après tout, si l’on en croit Bernard Kouchner, la construction de minarets «n’est pas grand-chose» : il ne doit donc pas être bien difficile pour les Suisses de corriger leur décision !
Il reste que si les minarets ne sont pas grand-chose, comment leur interdiction peut-elle déclencher le tollé que l’on sait ? Pourquoi la communauté musulmane s’en indigne-t-elle ? Pourquoi les Suisses ont-ils cru bon de les proscrire ? Se sont-ils, à leur tour, sentis offensés par leur multiplication ? Et si «oui», encore une fois : pourquoi ?
Car enfin, «est-ce que c’est une offense dans un pays de montagnes qu’il y ait une construction un peu plus élevée ?» – objecte, sur fond de gêne plus que visible, Bernard Kouchner.
Rassurez-vous, monsieur le ministre, il n’y a aucune offense à édifier un minaret dans un pays de montagnes, pas plus qu’il n’est offensant d’installer des éoliennes dans un pays de plaines : simplement, les Suisses sont majoritairement «populistes» – n’est-ce pas ? – et le populisme (dont le premier défaut est de ne pas saisir toute la complexité des questions qu’il a, de ce fait, tort de poser) a conduit la majorité helvétique à stigmatiser une population musulmane qui ne demande qu’à s’intégrer.
D’ailleurs, si l’on soumettait dans les mêmes termes les Français à la question des minarets, le résultat serait différent parce que nous avons, nous, une tradition d’intégration des populations musulmanes beaucoup plus prégnante que celle des Suisses, et que nous savons, nous, éviter les amalgames faciles entre l’islam et certaines formes peut-être plus radicales que l’islam. Ce que nous combattons, nous, c’est l’intégrisme, d’où qu’il vienne, et pour l’heure, c’est du peuple suisse qu’il vient, quand bien même sa regrettable décision s’expliquerait par la sempiternelle confusion entre l’islam modéré et l’islam radical, ce dernier n’étant – bien entendu – que le sinistre dévoiement du premier !
D’accord ! D’accord ! D’accord ! Mais alors, pourquoi les Suisses ne sont -ils pas d’accord ? Pourquoi ont-ils éprouvé le besoin d’organiser un référendum sur cette question ? Pourquoi la vox populi a-t-elle été si nette dans sa réponse ? Pourquoi cette netteté a-t-elle été jugée comme une «expression d’intolérance» par la quasi-totalité des politiques, des intellectuels et des médias occidentaux ?
On ne pourra jamais répondre objectivement à ces questions tant que l’on s’acharnera à évacuer de sa conscience l’idée qu’aucun peuple ne poserait pareille question s’il ne se sentait pas mis en question, dans son essence même, par le contenu objectif de la question. Les minarets ne sont pas neutres : ils signifient, entre autres, que le sol sur lequel ils s’élèvent – et, par suite, ceux qui y vivent – sont soumis à l’islam, car l’islam exige soumission : c’est le mot qui le dit !
Or, qui aime se soumettre ? Qui voudrait se soumettre à des valeurs venues d’ailleurs et sur lesquelles il n’a point été consulté ? Comment se soumettre à des valeurs religieuses lorsqu’on ne croit pas ?
Les Suisses ressentent en ce domaine ce que les peuples européens ressentent à l’égard de toute soumission, a fortiori quand cette dernière émane d’une religion qui, si elle devenait majoritaire, balaierait les différences et, avec elles, l’ensemble des libertés dont nous jouissons.
Voilà pourquoi les Suisses s’interrogent – et ils s’interrogent sur le fond : pourquoi l’islam n’a-t-il de cesse que d’exiger l’islam sitôt qu’il s’avance en terre non islamique ? Pourquoi ne permet-il pas le non-islam en terre d’Islam ? Pourquoi l’Algérie ferme-t-elle les églises, refuse-t-elle des visas aux prêtres français, traque-t-elle les chrétiens, assimile-t-elle «l’évangélisation au terrorisme» ? Pourquoi les pays musulmans pourchassent-ils les «incroyants» ? Pourquoi cherchent-ils à imposer la charia à la planète entière ?
Qui peut penser un seul instant que les Suisses seraient les seuls à ne pas avoir compris l’enjeu de la nouvelle donne géopolitique européenne, suite au réveil de l’islam ? Et qui peut croire qu’ils seraient les seuls à l’avoir compris ? Savons-nous que de récents sondages effectués dans plusieurs pays européens donnent – sur la question des minarets et de l’islam en général – des pourcentages égaux ou supérieurs au pourcentage de la votation suisse ? Ces pourcentages ne vont-ils pas augmenter en France, au rythme de dix nouvelles mosquées par mois ? Comment réussir l’intégration de la population musulmane si la mosquée devient le creuset d’une nouvelle citoyenneté dont le minaret est le phare idéologique ?
Qu’on le veuille ou non, l’islam est une idéologie politico-religieuse qui n’a nulle intention de se fondre dans je ne sais quelle nation européenne : qu’il soit de France, d’Espagne ou d’ailleurs, l’islam demeure égal à lui-même, c’est-à-dire d’essence dominatrice, comme le montrent voiles, burqas, chéchias, babouches et djellabas déambulant toujours plus ostensiblement dans nos rues. Qu’un ministre – et qui plus est des Affaires étrangères ! – refuse de voir pareille évidence est proprement inacceptable, car il ne peut pas ne pas voir ce que voit chaque Européen.
En considérant le verdict suisse comme une «expression d’intolérance», monsieur Kouchner et l’ensemble de ceux qui ont crié haro sur le baudet se sont rangés d’eux-mêmes dans la catégorie des «idiots utiles» de l’islam ! Qu’est-ce, en effet, qu’un «idiot utile», sinon celui qui se livre à la désinformation et à la veulerie au nom d’une idéologie dont il sera immanquablement la première victime ?
La notion d’«islam radical» en est un exemple, car de par le Coran, l’islam est nécessairement radical. Si la modération peut se trouver chez tel ou tel musulman, elle ne se trouve jamais dans le texte fondateur, et le Coran est ce texte ! Il en va de même de la notion d’«islam politique», que l’«idiot utile» s’empresse de séparer de l’«islam religieux», sous prétexte que ce dernier serait la vérité de l’islam dans sa dimension apolitique et modérée. Or, il n’y a pas d’islam apolitique et modéré : il n’y a qu’un seul islam, qui maltraite les femmes, applique les châtiments corporels – sans en excepter même les enfants ! – et promet l’enfer à tous les mécréants.
Mais l’«idiot utile» n’en a cure : l’interrogation sur lui-même et sur le réel lui est étrangère. L’«idiot utile» est un penseur de salon ! Soucieux de sa propre image, prisonnier du qu’en-dira-t-on, il se garde bien de poser les questions qui dérangent : pourquoi l’islam est-il opposé au rationalisme ? Combien de brevets scientifiques sont-ils déposés chaque année dans les pays musulmans ? Pourquoi cette religion se place-t-elle au-dessus des lois civiles ? Pourquoi voile-t-elle les femmes ? Pourquoi fait-elle d’une jupe un vêtement de «pute» ? Pourquoi lapide-t-elle, pend-elle, égorge-t-elle, décapite-t-elle ? Pourquoi tous les musulmans occidentaux ne dénoncent-ils pas ces aberrations et ces cruautés ? Pourquoi bon nombre de musulmans français se sentent-ils plus musulmans que français ?
Pourquoi récusent-ils la laïcité et les valeurs républicaines ?
Pourquoi la plupart de nos responsables s’amputent-ils de ce type de questions ? Pourquoi acceptent-ils que s’éteignent sous leurs yeux les lumières de l’Occident ? Que font-ils de notre passé et de ses nobles certitudes ? Veulent-ils l’islam pour avenir, le Coran pour fondement, la charia pour code civil et pénal ? Ne comprendront-ils jamais que les Suisses viennent de nous donner une magnifique leçon de lucidité en disant «non» à leur propre disparition, comme nous devons dire «non» à la nôtre ?
Ne vous en déplaise, messieurs les censeurs, les Suisses ont eu le courage et la dignité de dire tout haut ce que les Européens pensent tout bas ! La pleine raison est de leur côté : il est de grandes choses qui ne sont pas l’œuvre des gouvernants, mais des peuples !
Maurice Vidal







