Les islamistes turcs veulent autoriser le voile à l’université… comme en France !

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé, ce samedi, son intention de lever l’interdiction du voile à l’université « aussi rapidement que possible ». Le Parti pour le Justice et le Développement (AKP), dont est il est membre, dispose, avec le soutien du Parti de l’Action Nationaliste (MHP) de suffisamment de voix pour modifier en ce sens la constitution turque. Rappelons qu’en 2005, une étudiante islamiste en médecine, Leyla Sahin, avait traîné le gouvernement turc devant la Cour européenne des Droits de l’Homme, pour avoir été exclue de son université en 1998, pour cause du port du voile. L’instance européenne avait alors débouté l’étudiante, respectant la constitution turque. (1) La Cour avait estimé que l’interdiction du foulard, dans l’université comme dans la fonction publique, ne portait pas atteinte aux libertés fondamentales. Depuis de longues années, l’AKP s’oppose à l’interdiction du voile à l’université, faisant valoir qu’elle était une atteinte à la liberté de conscience et au droit à l’éducation. Voilà un sujet qu’il n’est pas inintéressant, même si les histoires des deux pays différentes, de transposer à la situation française. On sait que lors des débats de la commission Stasi, le philosophe Henri Pena-Ruiz avait défendu l’idée que la loi du 15 mars 2004 puisse être étendue à l’université. Mais il ne fut guère suivi. Ce débat est aujourd’hui très vif dans le monde des laïques et des féministes. De plus en plus d’universitaires constatent une recrudescence du nombre de voiles dans les amphithéâtres, et sollicitent des mesures. Notre collaborateur Pierre Baracca, et d’autres, demandent que la loi du 15 mars 2004 soit étendue à l’université (2). Une pétition, impulsée par Michèle Vianès, présidente de Regards de Femmes, Anne Zelensky, présidente de la Ligue du Droits des Femmes, Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit international des Femmes, et Pierre Cassen, animateur de Riposte Laïque, a fait sienne cette revendication. (3) On retrouve, sur cette question, les mêmes clivages, chez les laïques, que ceux qu’on a rencontrés lors de l’affaire du Gîtes des Vosges. Les opposants à cette mesure utilisent plusieurs arguments, notamment le fait que l’école construit les citoyens de demain, qu’il convient de protéger contre le prosélytisme religieux, alors que l’université est un lieu d’adultes libres, qui auraient le droit de porter les signes religieux qu’ils veulent. Ce type d’arguments amène des philosophes comme Catherine Kintzler à défendre, outre le voile à l’université, le fait que des candidates voilées puissent passer la baccalauréat, ou tout autre examen de la Fonction publique, au nom du refus de tomber dans une politique liberticide qu’elles apparentent à une chasse aux sorcières et à une « politique du soupçon » digne du mccarthysme. Tout en se disant horrifiées par le symbole du voile, Catherine Kintzler et d’autres philosophes se battent bec et ongles, là où elles interviennent, pour qu’on n’en interdise pas le port à l’université. Nous pensons qu’elles se trompent dramatiquement, et n’ont pas mesuré l’ampleur de l’offensive du voile, dont l’université n’est qu’un des aspects. Le fait que les islamistes turcs mettent toutes leurs forces dans cette bataille, et entendent imposer le voile à l’université, avec des arguments de liberté et de tolérance souvent semblables à ceux de nos candides philosophes, devrait faire réfléchir celles et ceux qui, en France, avec les meilleures intentions du monde, continuent à désarmer les laïques et les féministes qui veulent se battre contre la montée de ce symbole sexiste. Leurs arguments, qui se veulent parfois intimidants contre les « ultra-laïcistes », font le bonheur de nos vrais ennemis, ravis de rencontrer des laïques aussi « tolérants » devant l’offensive du voile qu’ils mènent dans tous les secteurs de la société. Si nos philosophes veulent demeurer cohérents, ils sont condamnés à approuver cette mesure en Turquie. Sinon, il faudra qu’ils nous expliquent pourquoi ils sont contre le voile à l’université en Turquie, et favorables à ce marqueur sexiste en France. Nous considérons que si les islamistes turcs réussissent à imposer le port du voile à l’université, ce sera un nouveau recul, fort symbolique, imposé à l’ensemble des femmes de ce pays, et une nouvelle avancée de l’offensive islamiste contre le droit des femmes et la démocratie.

Jeanne Bourdillon

- (1) http://www.aidh.org/laic/voile-uni-turq.htm

- (2) http://www.ripostelaique.com/Laicite-a-l-Universite-une.html

- (3) http://halteauvoile.fr

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