Les nouveaux totalitaires de l’alterislamisme

Publié le 21 décembre 2009 - par
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Cette nouvelle réaction masque bien son jeu : tandis que d’aucuns s’inquiètent à juste titre (comme à Riposte Laïque) de voir surgir une extrême droite religieuse se réclamant à corps et à cris de l’islam, ce qui leur permet d’expliquer avec quelques fondements le vote refuge allant vers certains partis nationalistes -alors que ceux-ci sont plutôt pro-musulmans et arabistes sur le plan international (ainsi le FN a soutenu le parti Baas irakien jusqu’au bout et défend les positions les plus radicales palestiniennes), les soi-disant « antifascistes », eux, voient plutôt cette inquiétude comme la montée en puissance d’un nouveau nazisme dont les musulmans seraient l’enjeu.

Cette vision, totalement contraire aux faits, se justifierait précisément dans le refus d’acquiescer à toutes les demandes de l’extrême droite religieuse islamique. Ainsi le voile voire la burka ne seront pas lus comme symboles d’une remise en cause des valeurs d’égalité et de liberté républicaines, tandis que leur refus sera uniquement perçu comme preuve d’une montée de l’intolérance du racisme etc.

On n’ira pas non plus voir comment les centres musulmans dits cultu(r)els fonctionnent et si les femmes y ont le droit de diriger ne serait-ce que des cours de danse. Aucune enquête en la matière. Un journal comme Libération qui se vantait de faire du journalisme d’investigation à l’anglosaxonne préfère plutôt taxer de « honte » la réticence suisse envers les minarets (et non envers les mosquées). C’est que l’islam est analysé sous le seul prisme du religieux appréhendé seulement sous son acception judéo-chrétienne voire sous celle d’une sagesse : en gros l’islam aurait remplacé le bouddhisme pour celles et ceux qui ne connaissent de l’islam que le thé à la menthe à la mosquée de Paris, le couscous chez le « copain maghrébin » les vacances au Maroc et la nounou sympa qui fait aussi le ménage, bref, l’islam est appréhendé comme fait uniquement culturel et exotique ou le vieil orientalisme qui faisait aimer la Turquie par Théophile Gauthier lorsqu’il en parlait au club des Hachichins. Ce qui fait que la dimension politique de l’islam sera évacuée et que toute critique à son égard sera taxée de racisme, y compris lorsque l’islam recèle les mêmes propositions de vie que dans le christianisme et le judaïsme alors que celles-ci seront vivement critiquées par les mêmes qui devant l’islam font par contre silence, ce silence de cristal qui fascina certains écrivains dans les années 30 lorsqu’ils virent s’ériger le nazisme et le fascisme.

Aujourd’hui les défenseurs purs et durs de l’islam défendent celui-ci parce qu’il représenterait une « résistance » face à l’américanisation du monde, ce qui est largement partagé y compris à l’extrême droite, mais celle-ci ne peut guère le dire ouvertement, aussi profite-t-elle de l’inquiétude pour faire croire qu’elle la comprend alors qu’elle s’en sert pour se refaire une santé, ce qui s’avère être une aubaine pour les partisans gauchistes de l’islam parce qu’ils peuvent mieux ainsi masquer leur stratégie néoléniniste de se servir de l’islam pour asséner les coups les plus durs contre la démocratie républicaine certes imparfaite mais qui semble-t-il s’avère bien plus accueillante que les régimes politiques dans lesquels l’islam et le néoléninisme dominent.

Au niveau intellectuel, la stratégie est assez subtile : il s’agit comme au bon vieux temps du stalinisme triomphant, celui de classe contre classe et de social-démocratie=Hitler, de désigner comme extrême droite tout penseur non convaincu du caractère progressiste de l’islam. Ainsi un Daniel Lindenberg, suivant ici Vincent Geisser, va poursuivre son identification, non fondé, de l’islam à un fait purement religieux pour s’en prendre à Alain Besançon et Pierre Manent dans son dernier ouvrage (Le procès des Lumières, 2009) parce que le premier aurait souligné que les Juifs aussi furent expulsés d’Espagne mais d’abord par les musulmans (sauf que Lindenberg n’a jamais entendu parler des Almohades) tandis que le second aurait souligné le caractère chrétien de l’Europe, ce qui ferait penser à  » Maurras » alors que l’on ne voit pas en quoi le fait d’indiquer ce qui est bien établi en Histoire serait la preuve d’un glissement vers la réaction conservatrice qui par ailleurs lorgnait bien plus vers le passé paganiste que chrétien de l’Europe.

Mais le fait est là. Par un subterfuge bien mené, la spécificité européenne qui fut le creuset des droits humains doit être effacée au profit d’une théologie politique, l’islam, s’y opposant pourtant fermement. Le fait que cette théologie ait lu aussi Aristote n’explique pas pourquoi n’a t-elle pas connu en son sein des schismes tels qu’ils auraient sécrétés des courants de philosophie politique autonomes prônant la distinction entre le politique et le religieux au fondement de l’État de Droit. Mais nos critiques préfèreront se taire sur ce point où à en appeler à une hypothétique réforme que l’on ne voit guère surgir dans les pays bénéficiant d’une telle avancée.

En réalité cet engouement pour l’islam tel quel empêche une quelconque réforme en son sein, et on le voit bien, ce ne sont pas les intellectuels musulmans critiques qui sont invités mais les théoriciens masqués qui présentent l’islam comme nouveau creuset révolutionnaire à même de construire cette nouvelle société frugale que d’aucuns appellent de leurs voeux.

On assiste ainsi à une conjonction de tous les illuminismes s’appuyant sur du religieux et la science (comme au bon vieux temps de Lyssenko qui était soutenu par tous les scientifiques progressistes de l’époque), avec l’aval de politiques avides de solutions rapides face à une crise multiforme qui se dévoile peu à peu sous nos yeux et qu’il aurait fallu depuis vingt ans déjà répondre en ses nouveaux défis, ceux de l’ère techno-urbaine… mais ceci est une autre histoire…

Lucien Samir Oulahbib

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