M. Eric Besson, laissez la parole au peuple, sans aucun tabou dans le débat sur l’identité nationale

Monsieur le Ministre,

Vous venez d’annoncer l’ouverture d’un grand débat national (qui devrait durer deux mois) autour de la notion « d’identité nationale » en déclarant : « il faut réaffirmer les valeurs de l’identité nationale et la fierté d’être français» et en le centrant sur deux questions à poser à chacun : « Pour vous, qu’est ce qu’être Français aujourd’hui ? » et « Comment mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale auprès des ressortissants étrangers qui entrent et séjournent sur le territoire national ? » tout en souhaitant l’alimenter par le rapport du Haut Conseil à l’Intégration « Faire connaître les valeurs de la République », remis au Ministre le 21 avril 2009, et par le rapport parlementaire sur le « respect des symboles de la République », établi par les députés Jean-Philippe MAURER, Françoise HOSTALIER, Jacqueline IRLES et Philippe MEUNIER, remis au Ministre le 25 mai 2009.

Laissons dans le caniveau de l’ineptie les cris d’orfraies et les gesticulations stériles des tenants de la « bien pensance » médiatico-politique, arrogante et dominatrice, et les protestations des « vierges effarouchées » de la gauche enfermée dans une hypocrisie calculatrice comme celles des associations de toutes sortes dont le fonds de commerce « humanitariste » risque de pâtir du contenu de ce débat démocratique…

Evitons de penser que cette initiative obéirait à une quelconque perspective « électoraliste » à l’approche de scrutins importants, à un moment où l’électorat qu’avait gagné le chef de l’Etat en réaffirmant son attachement aux valeurs, aux principes, au mode de fonctionnement de notre espace républicain (et à la nécessité qu’ont ceux qui viennent en France de s’y conformer…) semble l’abandonner…

Non, oublions tout cela pour simplement demander à ce débat de redonner au mot « démocratie » son sens premier en l’ouvrant au peuple tout entier, en associant tous les citoyens à sa démarche, en suscitant les remarques, analyses, réflexions, propositions de tous au sein même du peuple, de ce « laos » dont l’expression la plus achevée s’affirme dans le mode d’organisation et de fonctionnement laïque de notre société qui constitue le socle de notre République démocratique.

Je ne veux pas croire que vous laisserez ce débat enfermé dans les murs des Préfectures, aux mains et aux mots de représentants d’organismes qui, le plus souvent, ne représentent qu’eux-mêmes, ou de « spécialistes » dont la spécialisation, justement, éteint le sens critique et la largeur de vue … Alors que Mme Royal le qualifie de « débat fondamental » et que M. Copé parle « du débat des années qui viennent », il apparaît nécessaire de donner à cette initiative une dimension populaire totale, et de réfléchir à la mise en œuvre de tous les moyens de communication et d’intervention qui permettront à chaque citoyenne, à chaque citoyen, de faire part de son vécu de « Français » actuel, de ses aspirations pour l’avenir, de ses souhaits pour permettre l’intégration pleine et entière de ceux qui viennent s’installer sur notre territoire national. Notre peuple ne plébiscite-t-il pas, si l’on en croit un premier sondage, la démarche, tout en exprimant différents axes de réflexion qui demandent à être fouillés (1) ? On pourrait dès lors imaginer une initiative politique nationale pour rendre concret par le suffrage universel ce qu’il demanderait à l’issue de cette intense réflexion.

D’ailleurs, il n’est pas étonnant de lire dans les résultats de ce sondage qu’une des valeurs essentielles auxquelles il est attaché est celle de la laïcité (une autre, la première, étant celle du statut de notre langue considérée comme instrument d’unité et d’identité ) dont il faut rappeler ici qu’elle n’est pas seulement la tolérance envers la célébration des différents cultes, mais qu’elle est, surtout, l’affirmation de la liberté de conscience (qui englobe et dépasse la liberté de religion), dont les corollaires sont les libertés de penser, de dire, d’analyser, de critiquer, de se moquer, sans autre contrainte que celle de la loi générale élaborée par tous…

Cette élaboration démocratique de la loi générale constitue l’autre volet de la laïcité, et donne à cette loi toute primauté sur les lois religieuses, coutumières, traditionnelles, qui ne peuvent, en aucun cas, dominer dans l’espace public qui fonde notre identité collective.

Cette primauté se réalise dans le cadre institutionnel de la loi de 1905 et de l’article premier de notre Constitution qui proclament et organisent la séparation stricte des églises (de toutes « les églises ») et de l’Etat, la pratique religieuse étant réservée à l’espace privé de chacun.

Mais ce qui caractérise aussi l’espace commun qui nous organise et dans lequel nous vivons « ensemble » à égalité de droits et de devoirs, c’est son unité et son refus de la « mosaïque communautaire », antichambre du « communautarisme » qui sépare, qui crée des inégalités, qui appelle des primautés particulières, qui suscite des conflits d’intérêts et des aspirations de domination pour celui qui se sent le plus fort, qui génère la violence.

Qu’on ait garde d’oublier ici cette caractéristique historique, fondamentale, originale, qui constitue « l’alpha et l’oméga » du mode d’organisation et de fonctionnement de notre espace sociétal : l’égalité en droits entre tous les individus, entre l’homme et la femme, l’identité « humaine » de celle-ci étant reconnue au même niveau que celle de celui-là !

Ces quelques rappels de valeurs et principes assurant l’assise inaliénable de notre identité particulière et visant à l’universalité car permettant la vie sereine de tous dans la reconnaissance de l’individualité de chacun doivent structurer le débat que vous préconisez car celui-ci ne pourra qu’aborder l’une des raisons majeures qui l’explique et le justifie : la question de l’accueil d’une population étrangère massive (pour des raisons véritables cachées qu’il faudra bien exposer au grand jour…) à laquelle il convient impérativement de proposer, pour le cas où elle souhaiterait s’installer définitivement en France, de s’intégrer au peuple qui l’accueille en se conformant aux lois, principes, valeurs de ce peuple sans vouloir lui imposer des lois, principes et valeurs issus d’une histoire différentes, souvent discriminatoires, toujours séparatrices. Sans omettre la question de la naturalisation que le rapport du Haut Conseil à l’Intégration évoqué ci-dessus aborde en remettant en cause la notion de « droit du sol » dont il faut bien dire qu’elle est porteuse de perversions et de dénaturation de notre réalité.

Soyez donc, Monsieur le Ministre, à l’écoute de notre peuple, des citoyennes et des citoyens de ce pays auxquels il convient de donner largement la parole…

Pour ce qui les concerne, les rédacteurs et contributeurs de notre lettre électronique sauront la prendre et s’inscrire de la manière la plus productrice possible dans ce débat qui est, aujourd’hui, crucial.

Robert Albaredes

1 – http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/10/31/01011-20091031FILWWW00835-identite-les-francais-pour-le-debat.php

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