Marc Blondel et Catherine Kintzler laissent la laïcité sans défense lors d’un débat feutré avec Tariq Ramadan

Publié le 4 novembre 2008 - par - 431 vues
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Le 23 octobre dernier, l’émission « Ce soir ou jamais », animée par Frédéric Tadéi sur France 3, était consacrée au thème : « A-t-on encore besoin de religion ? » Etaient invités pour répondre à cette interrogation Tariq Ramadan, fer de lance du communautarisme islamique qu’on ne présente plus, Monseigneur Di Falco, Evêque français responsable de la communication auprès de la Conférence des Evêques de France qui vient de commettre un ouvrage avec ce dernier et Elie Barnavi intitulé « Faut-il avoir peur des religions ? », Marc-Alain Ouaknin, Docteur en philosophie mais surtout rabbin arborant la kippa, Catherine Kintzler, philosophe, et Marc Blondel, Président de la Fédération nationale de la libre pensée, ex-secrétaire général du syndicat Force Ouvrière.

Les trois religieux ouvraient les festivités en répondant à la question de l’animateur, interrogeant de savoir si les religions seraient une réponse en cette période de crise, pour nous expliquer de concert, qu’elles seront présentes tant qu’il y aura vie humaine, comme une quête de sens, tel que l’affirme Ramadan… La religion ne serait pas un besoin, mais un questionnement… Ce serait un approfondissement de l’homme sur « qu’est-ce qu’il fait » selon Ouaknin, qui affirme qu’il est un rabbin athée… Subterfuge évidemment, car ce qu’il entend expliquer, c’est que Dieu serait un « peut-être », une hypothèse assurant vis-à-vis de la rationalité et de sa vérité, contre le risque du dogmatisme, et finalement la plus haute des philosophies…

Selon Monseigneur Di Falco qui jouait sur du velours, la religion ne serait pas un prosélytisme, vraiment pas du tout. Un cliché qui n’aurait rien à voir avec la religion qui refuserait de s’engouffrer dans la situation actuelle pour en faire… On attendait des réactions de nos deux invités ne représentant pas une religion sur le plateau mais plutôt la laïcité.
Selon Catherine Kintzler, les religions auraient accepté de ne pas faire la loi : aveuglement ou illusion ?

Catherine Kintzler reprend d’abord l’animateur qui l’avait présentée comme incroyante en disant qu’elle n’était pas là à ce titre, pour se définir ensuite comme théoricienne de la laïcité. « La laïcité ce n’est pas un courant de pensée, ce n’est pas une doctrine dit-elle, elle consiste à dire que la puissance publique n’a rien à dire s’agissant des croyances et des incroyances. La discussion qui vient d’avoir lieu me passionne en tant que philosophe surenchérit-elle, c’est une discussion philosophique, c’est significatif de ce qui peut exister dans un Etat laïque… Nous avons là trois grandes religions poursuit-elle, qui discutent philosophie, et aucune d’entre-elles ne nous dit pour le moment « nous voulons faire la loi » parce que chacune a accepté que la puissance publique l’ampute de ce pouvoir ».

Inconcevable discours qui efface de notre mémoire et de notre conscience les dangers patents de la religion qui font l’actualité, des encouragements d’un Ramadan à un communautarisme assassin qui favorise la burqa, le mariage forcé et la prise du pouvoir par les imams dans les banlieues, qui participe du mouvement de vampirisation de l’espace public par le voile, qui met en danger notre vivre ensemble et fait pression sur ce que les médias désignent comme la communauté musulmane pour les livrer au pouvoir religieux, à un catholicisme qui se sert de cheval de Troie de la dynamique islamique pour justifier de reprendre des parts sur le politique en France et en Europe, particulièrement à travers les dispositions du Traité de Lisbonne qui, entre autres, donne aux religions un rôle de conseil essentiel avant l’adoption de chaque nouvelle directive politique de l’UE, religion catholique en tête…

Un débat feutré qui laisse la laïcité sans défense

Quant à Marc Blondel, il remet lui aussi l’animateur en place en expliquant que ce n’est pas bien de présenter la Fédération de la Libre Pensée comme athée et anticléricale… Deux termes qui ne sont pourtant pas des gros mots, semble-t-il. Tout selon lui viendrait de la façon qu’a « notre » président de vouloir donner à la religion une place prédominante, tel qu’indéniablement il l‘avance dans son discours de Ryad ou de Latran ou tel qu’il le soutient à travers son adhésion au discours du pape qui entend faire sortir la religion de la réserve de la vie privée. Mais l’on sait que le principal est ailleurs, dans une dynamique des revendications communautaires qu’encourage un Tariq Ramadan nullement pourtant mis en cause ici, figure de proue d’un islam intégral qui avait osé proposer un moratoire sur la lapidation, sur la charia, comme si les crimes ignobles commis au nom de la religion contre les femmes étaient négociables.

Di Falco ne sera pas plus remis en cause, qui s’est commis dans un livre avec Ramadan le cautionnant, évêque pourtant au cœur d’une Eglise qui aujourd’hui entend reprendre du pouvoir religieux sur le politique, à l’image de sa condamnation des caricatures de Mahomet et de sa demande en faveur d’une limitation de la liberté d’expression de la critique des religions. Marc Blondel n’inquiètera pas non plus notre Rabbin, qui fait de la religion une philosophie de la sauvegarde de l’homme et de sa liberté, sans bien sûr évoquer la présence régulière dans les gouvernements israéliens de ministres religieux d’extrême-droite loin de son fameux doute philosophico-religieux, qui empêchent tout règlement pacifique à la création d’un Etat palestinien autonome. Le discours est feutré à l’extrême, on est entre gens de bonne compagnie, pendant ce temps la laïcité est bafouée. Lamentable!

La laïcité mise en accusation de dogmatisme et d’appauvrir le débat sur les questions fondamentales

Un extrait d’un film réalisé sur Sœur Emmanuelle la montre dans cette naïveté qui caractérise le bon croyant, expliquant que « Rien n’a de sens s’il n’y a pas une autre vie. C’est débile, qu’est-ce qu’on fait sur terre franchement… s’il y a une autre vie qu’on s’y prépare en s’aimant les uns les autres, si l’amour est plus fort que la mort alors hop là, ça a du sens, c’est merveilleux ». En fait, une idéologie de la soumission au religieux, promettant un monde meilleur après la mort et dévalorisant ainsi la vie terrestre pour justifier d’accepter ici-bas toutes les inégalités et les injustices comme des épreuves envoyées par Die, pour mieux accéder demain à un paradis illusoire. Malheureusement ce qui ne sera dénoncé par personne.

L’animateur en vient à interroger ses invités sur ce thème de l’existence d’une vie après la mort. Ramadan répond que c’est l’interrogation fondamentale mais qu’il faut mettre du sens dans sa quête. L’existence va produire une essence dit-il, prenant Jean-Paul Sartre à témoin tout en précisant que s’il nie le transcendant, il reconnait néanmoins la capacité de tout homme à produire du sens, sous-entendu aussi par la croyance, opérant ici une manipulation par glissement de sens dont il est coutumier. Mais le plus important pour lui c’est que, malheureusement, le débat sur la laïcité en France comme dans beaucoup d’autres sociétés est en train d’appauvrir le débat sur ces choses fondamentales, d’appauvrir les vraies questions ! Il accuse les laïques de produire de l’idéologie en inversant les rôles, et propose que la laïcité soit un simple cadre… Tous les systèmes de pensée peuvent être des idéologies selon lui, la laïcité peut ainsi être comprise comme contre le religieux. Lorsqu’on dit que la laïcité ne pourrait pas être dogmatique ce n’est pas vrai rajoute-il… Vous êtes anti-dogmatique ? dit Marc Blondel alors à Ramadan : Oui, j’essaie de l’être ! Répond-t-il. Sans réaction de Kintzler ni de Blondel.

Catherine Kintzler et Marc Blondel, faire-valoir des religions

Ces derniers, médiocres défenseurs de la laïcité, servent de faire valoir à un Ramadan qui parade. La laïcité est oubliée comme ayant eu à s’imposer contre la religion qui est par essence contre les libertés fondamentales, les libertés individuelles, contre la démocratie, dès qu’elle a l’occasion de se trouver en position de faire la loi. Rappelons-nous, comment ce fut le cas sous Franco avec l’Opus Dei officiant dans le gouvernement de ce dictateur des plus odieux et obscènes de l’histoire, institution que ne renie pas Di Falco, ou encore actuellement dans les pays musulmans où elle domine pour imposer les droits de Dieu contre les droits de l’homme, ce que ne renie pas Ramadan, dans des régimes théocratiques et monarchico-religieux dont les membres devraient être, en toute bonne logique, traduits pour les crimes qu’ils justifient au nom de la religion devant le tribunal pénal international ! Partout où les religions écrivent l’histoire elles l’ont figée dans leurs dogme et dans une violence sans limite pour en imposer l’ordre unique, toujours au service des puissants contre les peuples.

Kintzler se défend que la laïcité soit un dogmatisme car elle est pour elle du côté de la pensée critique. On croit avoir alors franchi un tournant dans le débat quand elle explique, pour justifier son propos, que les gens qui veulent débaptiser les villes qui s’appellent « Saint-machin » ne sont pas laïques, que ce n’est pas laïque. On a envie de lui dire, mais alors, est-ce que c’est laïque de baptiser la place du parvis de Notre Dame de Paris de place Jean-Paul II tel que le triste maire actuel de la capitale l’a fait ? Là encore pas un mot.

Tout ce qui serait réellement religieux serait libérateur, tout ce qui ne l’est pas ne peut pas l’être

Pour Ouaknin, le risque dans les moments de crise ce serait que les gens se crispent sur la religion, au sens de ce qu’elle posséderait une certaine vérité, et si on possède une certaine vérité on apparait dans l’exclusion et donc dans la violence. Il faut ici selon lui redéfinir la religion. La religion c’est de son point de vue beaucoup plus que la croyance et que la liturgie, ce sont des questions philosophiques, un ensemble de rituels, une littérature, un folklore, des recettes de cuisines, un rythme du temps, important parce que chaque civilisation a son rythme, sous-entendu, chaque civilisation a sa religion. La religion serait ainsi indissociable de la société, mais rien sur l’histoire des malheurs dus à celle-ci et à son dogmatisme battu en brèche par des peuples entiers qui s’en sont libérés.

Mieux, selon lui et de concert avec Ramadan, qui se frotte les mains de tant d’eau apportée au moulin de son orthodoxie, si la religion existe, c’est pour libérer l’homme, le protéger du danger de la vérité dogmatique. Prenant à témoin les dix commandements qui commencent par expliquer que Dieu a libéré les juifs de l’Egypte et de l’esclavage, il explique dans cette continuité que, s’il y a un dieu qui ne libère pas ce n’est pas un dieu. Donc, que s’il y a du dogmatisme ce n’est plus du religieux, ce n’est plus du divin ! Le divin c’est la réinjection de la liberté dans la vie selon lui, il y a des religions sacrées qui elles sont dangereuses… Puis citant Alain : « les idées mêmes vraies deviennent fausses à partir du moment où l’on s’en contente», il en vient à affirmer que la religion serait un principe de réinterrogation contre la vérité qui serait dogmatisme et violence. Ainsi donc, selon le brave homme, si tout ce qui est réellement religieux est libérateur, tout ce qui n’est pas religieux ne peut pas l’être.

L’islam serait par nature porteur de démocratie, nous dit sans rire Ramadan

Selon Ramadan, profitant de cet espace sans contradiction, le dogmatisme viendrait de la rationalité empêchant la religion, naturellement appelée à intervenir, de pouvoir le faire dans l‘espace public pour poser la question de l’éthique, par exemple en économie… Il avance que le sens des finalités reviendrait aux religions, l’acte de foi pouvant être un acte de libération par rapport à des aliénations matérielles, comme le montrent d’ailleurs très bien ses amis, les Frères musulmans, qui prônent un islam radical sans aucune tolérance ni liberté pour individu. La République dans tout ceci, forte de ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité et de la capacité des hommes à se faire agents de leur histoire grâce à elle, tout simplement néant. Seule la religion serait à même de faire des choix éthiques.

Le plus important, c’est pour lui la distinction de l’autorité, entre l’Etat et la religion, la possibilité pour chaque culte de se gérer. Autrement dit, ce qui est important pour Ramadan c’est que l’Etat respecte l’ordre religieux, la logique de la référence religieuse à laquelle on adhère (le croyant)… C’est-à-dire, qu’on laisse toute liberté aux religieux d’imposer à ceux qu’ils désignent comme leurs brebis leur ordre, leurs lois, celles de Dieu, laissant ainsi se développer le communautarisme dans notre pays.

Il explique encore, sans rire, que l‘islam aurait en lui la démocratie que devrait respecter la laïcité, celui se mettant devant les musulmans pour devenir leur imam devant être choisi par eux, comme le montrent d’ailleurs de façon si éclatante les pays musulmans modèle de démocratie… Ce serait selon ses vues, la question spirituelle qui donnerait ici l’exemple à la société, au politique et à la laïcité. Personne ne serait mieux à même d’interpréter les textes que les croyants rejetant toute idée que la science puisse dire son mot sur le religieux, et par là-même que l’Etat impose aux croyants des droits et des libertés en dehors du cadre religieux.

La révolution française aurait montré, selon Ramadan, que la raison peut être dogmatique. Catherine Kintzler répondant, pour défendre le minimum, qu’il y avait plusieurs courants et Marc Blondel disant, que ce n’est pas sa tasse de thé. Pourtant, c’est bien, à en croire l’histoire, la Révolution française qui a initié la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, jeté les bases de la laïcité avec le principe d‘égalité et du bien commun au-dessus des différences rejetant que tout corps intermédiaire puisse se mettre en travers des libertés du citoyens, par excellence l’autorité religieuse qui régnait jusque-là. C’est encore elle qui a imposé contre le pouvoir d’un seul le suffrage universel, l’école pour tous gratuite, obligatoire et neutre religieusement, qui a décidé de l’abolition de l’esclavage qui règne encore dans certains pays musulmans…

La laïcité bafouée : elle mérite de bien meilleurs défenseurs

Au bout du compte, on aura assisté à un débat en forme de faire valoir des religions contre la laïcité, que Catherine Kintzler, frétillante de participer à un tel débat télévisuel, qualifiera consensuellement d’espace critique commun… Formidable !

Ramadan en rajoute alors, dénonçant à la fin de cette parodie de débat contradictoire, ce qu’il appelle « l’hypocrisie du discours général », avec des Maires qui se font élire en favorisant la construction de mosquées tout en ne reconnaissant pas les musulmans comme des citoyens à part entière et en rejetant le communautarisme.

Marc Blondel réagit en disant qu’il est d’accord avec lui, sans voir que ce qu’est en train de dire Ramadan c’est que l’on doit reconnaitre l’existence du communautarisme comme un fait de société et l’admettre comme tel. Désolant !

On n’aura jamais vu autant de contre-vérités prosélytes si peu contestées par des laïques, laissant passer sous silence que le libre-arbitre, la pensée critique et la liberté de pensée, d’expression, sont issues d’une tradition qui a tourné le dos au dogmatisme religieux qui les empêchait de naître, que c’est dans la violence qu’il a fallu s’émanciper de son joug. Une vérité bien cachée derrière un discours lissé des religieux qui montre toutes les caractéristiques de ce qui cherche à tromper la mémoire pour mieux se reproduire avec tous les dangers que l’on connait trop bien.

Le danger actuel des religions, pourtant assez patent dans le contexte actuel, n’aura jamais été sérieusement évoqué, ayant pourtant sous la main des représentants des religions près, derrière un discours anti-laïque, à ramener toute pensée raisonnable au religieux.

Je ne viens pas défendre une doctrine, explique dans le débat Catherine Kintzler. Pour faire l’association politique, il n’est pas nécessaire de recourir à une religion en particulier dit-elle, à la forme religieuse du lien pour cela, définissant ainsi la laïcité comme un minimalisme. C’est bien là tout le problème ! La laïcité doit demeurer cette interdiction d’accès du religieux au politique exigent qui garantit l’efficience de nos libertés, au lieu qu’elle fasse profil-bas.

La laïcité mérite d’autres défenseurs qui n’hésitent pas à mettre en accusation ceux qui, au nom de la liberté de religion, entendent prendre le pouvoir sur notre liberté si chèrement conquise contre le pouvoir dominateur des Eglises. Donnez-nous donc la parole !

Guylain Chevrier

Historien

http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/index-fr.php?page=emission&date=2008-10-23

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