Monsieur,
Vous avez consacré, dans La Nouvelle République du mardi 8 décembre, votre rubrique « Dialogue » au débat sur le vote des Suisses contre les Minarets. C’est, en effet, un sujet incontournable qui mérite la page que vous lui accordez dans votre journal. Vous publiez quatre contributions de lecteurs. Votre équipe les a sélectionnées, sans doute, pour illustrer différents points de vue et amener un éclairage constructif à de débat.
Je suis profondément attachée à la laïcité et aux valeurs de notre République. Je ne supporte pas le mépris avec lequel certains intellectuels, certains responsables politiques et certains journalistes, jugent l’opinion populaire. Je considère que la liberté de parole est une donnée précieuse dans toutes les démocraties et que la pensée intelligente n’appartient pas qu’aux élites de notre pays. J’apprécie donc de pouvoir lire des courriers de lecteurs dans votre rubrique « Dialogue ». J’attends cependant d’y trouver un juste équilibre dans la confrontation des différentes opinions, ce qui suppose de votre part une sélection qui ne laisse rien au hasard.
C’est pourquoi, j’ai été scandalisée en lisant, dans cette édition du 8 décembre, la contribution signée par Edmond Rosa. Ce monsieur n’hésite pas à insulter les Suisses qui ont voté majoritairement contre les minarets : « C’est le vote de la bêtise, écrit-il, de la peur, de la démagogie et de l’intolérance (…) représentatif d’une manière de penser primaire et irrationnel. C’est le niveau zéro de la pensée…». Rien que cela ! Ce monsieur épanche sa haine contre les Suisses en utilisant des mots injurieux complètement inutile au débat. Je ne comprends pas que vous ayez publié de tels propos.
Force est de constater qu’aucun des trois autres contributeurs n’emploie de tels anathèmes pour expliquer leur refus des minarets ou leur scepticisme. Mme Claudine Hamelin dit simplement que, pour elle, ces édifices sont autant de signes de « la mainmise insidieuse, rampante et régulière d’un islam radical sur notre façon de vivre. » Il n’y a rien d’agressif dans ce genre de déclaration, pas de haine, pas de mépris. Mme Hamelin donne son point de vue à partir d’un constat, elle ne traite pas d’imbéciles ceux qui ne sont pas d’accord avec elle.
A votre avis, quelle est la plus intolérante des ces deux personne. Est ce Edmond qui traite les Suisses de « bêtes et primaires », ou Claudine qui exprime ses craintes face à une réalité qui saute aux yeux ?
Je suis, par ailleurs tout autant scandalisée par la phrase du jour signée François Monnier et imprimée en gros caractères en bas de page. « La présence des minarets : ne semons pas notre souk, ces guerres de clochers n’appartiennent qu’aux islamophobes ! ». On se demande pourquoi votre rédaction a choisi de publier cette phrase plutôt qu’une autre. Est-ce une façon de clore le débat ? Est-ce la position de votre journal ? N’auriez vous pas pu trouver une phrase plus intelligente, une formule plus appropriée à la réflexion ? Vous prenez peut être vos lecteurs pour des demeurés en leur donnant à lire de telles sottises. Permettez-moi de vous dire que ce débat sur les minarets, sur la présence de plus en plus visible de l’islam en France, est un débat qui mérite, de la part d’un bon journaliste, autre chose qu’une conclusion aussi rédhibitoire. Vous voulez nous faire croire que ceux qui osent parler librement d’une vérité qui dérange, ceux qui osent exprimer leur inquiétude ou leur refus de voir un islam conquérant s’installer en France, comme dans tous les pays d’Europe, seraient « islamophobes ».
Faut-il se résigner à porter cette étiquette pour pouvoir dire ouvertement qu’on est contre les minarets ou contre la construction des mosquées, ou encore contre les burqas qui sont de véritables prisons ambulantes ?
Si ce débat est réservé aux islamophobes, je souhaite, monsieur le rédacteur en chef, que des islamophobes comme moi, il y en ait de plus en plus en France. Je souhaite que nous soyons de plus en plus nombreux à défendre la laïcité et les droits des femmes contre l’offensive d’un islam politico-religieux qui détruit nos valeurs. Il en va de l’avenir de notre République laïque.
Merci d’avoir pris le temps de me lire.
En espérant que vous aurez l’audace (ou le courage) de publier ma lettre, recevez, Monsieur, mes plus cordiales salutations.
Brigitte Bré Bayle







