Nicolas Dupont-Aignan : j’ai toujours été favorable à l’interdiction du port de la burqa

Riposte Laïque : Nicolas Dupont-Aignan, vous êtes député non-inscrit, Président de Debout La République, parti dont le congrès fondateur a eu lieu en novembre 2008. Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs pourquoi vous avez quitté l’UMP et fondé votre propre parti ?

NDA : J’ai loyalement joué le jeu de la démocratie interne à l-UMP pendant près de 5 ans. Mais, hélas, aucune promesse concernant la diversité interne ou la mise sur pied de « mouvements » n’a été tenue. Force était donc de constater que l’UMP était un parti monolithique de plus, dont la ligne n’était de surcroît pas tranchée officiellement. Or, comme vous le savez, ce parti en pince pour la doctrine euro-libérale la plus affirmée, en contradiction totale avec le gaullisme défendu, au moins en apparence, par le RPR en son temps. Avec le recul, on peut se demander si la création de l’UMP n’avait pas pour objectif, au plan des valeurs et des idées, de faire disparaître ce qu’il restait du gaullisme au sein du RPR.

Prenant acte de cette situation, j’ai décidé de porter les valeurs du gaullisme à l’élection présidentielle en 2007 et en ai logiquement tiré toutes les conséquences. Après avoir claqué la porte de l’UMP, il était inévitable que Debout la République devienne un parti politique à part entière, avec son projet, son discours et ses candidats à toutes les élections. Le Congrès fondateur de DLR en novembre 2008 a consacré cette transformation. Je n’ai d’ailleurs aucun regret lorsque je regarde ce que Nicolas Sarkozy a fait depuis près de 3 ans : une politique qui, à bien des égards, est antigaulliste et antirépublicaine

Riposte Laïque : Le républicain que vous êtes a, forcément, dû être interpellé par le débat qui a eu lieu à propos du port de la burka dans l’espace public. Etes-vous favorable à une loi qui l’interdise et pourquoi ?

NDA : J’ai toujours été favorable à l’interdiction du port de la burqa, qui ne correspond ni à nos usages, ni à nos valeurs, et représente un enfermement barbare des femmes dans une sorte de « prison mobile ». C’est pourquoi j’ai réclamé la mise sur pied de la Commission parlementaire ad hoc à l’Assemblée nationale et ai plaidé pour l’interdiction du port de ce type de « vêtement » partout sur le domaine public, non pas seulement dans les espaces et établissements ouverts au public. Je considère par ailleurs que ceux qui hurlent à la stigmatisation de l’islam dans ce débat ne rendent pas service à cette religion, dont l’exercice n’a rien à voir avec la burqa. Comment ne pas les soupçonner de complaisance à l’égard de tout cela, d’une certaine forme de tentation communautariste antirépublicaine ? Que le Commissaire à la diversité nommé par le président de la République puisse lui-même entonner un tel refrain me paraît à cet égard extrêmement grave et significatif du fait que le pouvoir ne cesse de jouer avec le feu, sous couvert de « briser des tabous » et faire « moderne ».

Riposte Laïque : Il nous semble, à Riposte Laïque, que le débat sur le port de la burka aurait dû entraîner la mise en question du port du voile, pour nous insigne de stigmatisation de la femme, la marquant comme inférieure et dangereuse. Comme nous vous avez dû constater l’augmentation exponentielle du nombre de voilées, partout en France. Qu’en pensez-vous ?

NDA : Dès lors que le voile ne couvre pas l’ensemble du visage, il ne me paraît pas justifié d’en interdire le port dans l’espace public, sauf dans l’enceinte des services publics bien sûr, comme l’a décidé la loi sur le voile votée il y a quelques années. Le port d’un voile ou d’un fichu sur la tête dans la rue me semble relever de la seule liberté individuelle. En revanche, si un père, un mari, un cousin ou un frère, obligent une telle pratique vestimentaire, alors là oui bien sûr, il faut que la puissance publique intervienne avec la dernière fermeté. J’ajoute que la laïcité doit bien entendu s’appliquer de la même façon pour tous : l’interdiction du port ostentatoire d’insignes religieux dans l’enceinte des écoles par exemple vaut autant pour les musulmans que pour les chrétiens ou les juifs.

Riposte Laïque : Un autre débat a fait rage, celui sur l’identité nationale. Nous avons, dans nos colonnes, pris parti pour ce débat qui, à notre sens, pose de bonnes questions et peut préciser ce que l’on attend de tout personne vivant sur le sol français. Nous avons été scandalisés par les tentatives de la gauche pour que ce débat n’ait pas lieu. Quelle est votre position sur l’intérêt du débat et sur le fond du problème, l’identité nationale ?

NDA : J’ai éprouvé un grand sentiment de frustration et de tristesse en voyant combien ce débat sans doute délibérément, à des fins électoralistes, avait été mal posé par le président de la République. Instrumentaliser de la sorte notre plus grand bien commun, ce vouloir-vivre ensemble qui fonde notre identité nationale, était à la fois irresponsable et contraire aux intentions affichés, puisqu’on a ainsi offert sur un plateau à la gauche bobo-mondialo le prétexte qu’elle attendait pour stigmatiser le principe même de cette démarche. Je me suis engagé dans ce débat en publiant des articles, notamment une tribune dans le quotidien Le Monde, que vous pouvez retrouver sur le site de Debout la République (http://www.debout-la-republique.fr/Identite-nationale-un-debat.html). Je précise que de nombreux articles et contributions sont parus sur notre site à ce sujet, signe que ce débat nécessaire nous intéresse beaucoup à DLR. Nous verrons comment il rebondira, si le gouvernement le sort du frigo après les élections régionales. Vous pouvez nous faire confiance pour continuer à y prendre alors toute notre part.

Riposte Laïque : La votation suisse a montré que les électeurs sont de plus en plus inquiets, face à la menace que représente l’offensive islamiste, dans nombre de pays européens. Voyez-vous, à l’instar de l’ensemble des médias français, un vote xénophobe, raciste et populiste dans cette expression ?

NDA : L’immense majorité des musulmans de notre pays respecte ses lois et ses usages, ce que les Français constatent d’ailleurs tous les jours dans leur vie quotidienne. En revanche, les minorités intégristes, quelle que soit leur confession, heurtent souvent nos concitoyens et les inquiètent. La neutralité religieuse de l’Etat doit s’appliquer de la même manière pour tous, les choix religieux qui concernent la sphère privée devant faire preuve de retenue dans l’espace public. Si ce n’est pas le cas, il appartient à la puissance publique de réprimer ces comportements qui constituent bien souvent des troubles à l’ordre public

Riposte Laïque : Votre collègue hollandais Geert Wilders progresse régulièrement à chaque élection, parce que la clarté de son discours sur le péril mortel que représente l’islam pour notre société tranche avec la couardise de l’ensemble de la classe politique hollandaise. Pensez-vous cette inquiétude légitime, et avez-vous l’impression de la traduire dans votre expression, auprès des électeurs ?

NDA : Les situations ne sont guère comparables, les Pays-Bas ont leur propre dialectique nationale, de même que la France. Je ne connais pas suffisamment ce pays pour porter un jugement approprié sur le phénomène Geert Wilders. Ce que j’en vois me semble plutôt relever d’un courant comme le Front National chez nous, dans le discours à tout le moins. Les Néerlandais ont une tradition d’ouverture assortie d’une certaine tendance à l’apartheid, ainsi que leurs descendants afrikaners l’ont longuement démontré en Afrique du Sud jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela. Cette façon de se représenter le monde et le genre humain me paraît totalement incompatible avec notre propre tradition, assimilationniste et universaliste. Reste que cette réaction montre l’existence d’un problème réel, celui d’une immigration de peuplement que favorise l’Union européenne, sans doute pour défaire un peu plus les nations qui la composent et briser en leur sein les solidarités économiques et sociales. Il faut d’une part maîtriser les flux migratoires, notamment par l’aide au développement souvent oubliée, et d’autre part relancer le modèle républicain qui assimile.

Riposte Laïque : Vous présentez une liste aux régionales en Ile de France, où vous serez tête de liste, et une autre en Normandie. Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs les enjeux de ce scrutin et les propositions que Debout La République fait aux électeurs ?

NDA : DLR présente en réalité trois listes pour ces élections régionales : outre l’Ile-de-France et la Haute-Normandie, nous alignons aussi une liste en Lorraine, d’ailleurs soutenue par Christian Poncelet, grand gaulliste, ancien président du Sénat et président du Conseil général des Vosges. Toutes ces listes se battent pour des projets concrets au service des populations, loin des guéguerres entre les grands appareils parisiens, qui ne voient dans ces élections qu’un enjeu : maintenir ou renforcer leur emprise sur la vie politique française, en esquivant des problèmes qu’ils n’ont pas envie de résoudre et en étouffant la concurrence des forces de renouvellement.

En Ile-de-France, nous défendons un projet où les transports sont la première priorité. La liste de Debout la République pour les élections régionales en Ile-de-France défend un projet différent et consultable à l’adresse : http://nda-iledefrance.fr/2010/notre-projet – à la fois plus concret, plus immédiat et moins coûteux que ceux avancés par les autres listes. Je précise que ce projet recueille le soutien de certaines associations de défense des usagers ou de leurs représentants, comme Jean-Claude Delarue, Président de la Fédération de Défense des Usagers des Transports et des Services Publics. Notre première mesure consiste à réparer les lignes de RER A, B, C et D dont l’entretien et le développement ont été notoirement négligés depuis leur lancement. Avec 2 milliards d’euros, soit dix fois moins que le projet délirant de « Grand Paris », beaucoup pourrait être fait rapidement pour améliorer très sensiblement l’offre, la qualité, la régularité et la sécurité des lignes RER concernées.

Par ailleurs, DLR défend une zone unique de tarification pour le passe Navigo (à 50 euros et 25 euros pour le tarif réduit), ce afin d’encourager l’utilisation des transports en commun et mettre un terme à la criante injustice qui frappe les habitants de la grande couronne. De même, nous voulons consacrer les 800 millions d’euros prévus pour la couverture de la RN13 à Neuilly-sur-Seine (dont les riverains ne veulent même pas !) à la résorption des principaux points noirs routiers de la Région, des travaux que les Verts bloquent par idéologie anti-voiture. Au-delà, nous défendons une vision différente de l’IDF, où la croissance démographique doit être maîtrisée, où l’emploi doit être rapproché de l’habitat en moyenne et grande couronne et dont l’aménagement doit être pensé à l’échelle du Bassin parisien.

Riposte Laïque : Debout La République est un petit parti, qui vient de naître ; vous avez néanmoins présenté des listes dans toutes les régions pour les européennes, qui ont obtenu près de 2% des voix ; or, ces résultats ont été occultés par les medias, sans parler des sondages avant le vote qui ont présenté des variations étonnantes. Pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé ?

NDA : Je ne voudrais pas paraître trop soupçonneux, mais il est avéré que nos listes ont pâti en juin 2009 d’enquêtes d’opinions minorant notre score prévisionnel, nous créditant de 1% voire de 0,5%, alors même que nous avons finalement obtenu un résultat de 2,5% et 300 000 suffrages ! Ces enquêtes, qui ont produit des résultats à la baisse dans la dernière ligne droite de la campagne européenne, ont bien entendu découragé beaucoup d’électeurs, comme si on avait voulu empêcher DLR d’émerger sur la scène politique nationale. Etrangement, on revit un peu la même chose aujourd’hui dans le cadre des régionales, où les intentions de vote ont brutalement chuté ces derniers jours, après avoir culminé à 5%, notamment à la faveur d’un sondage commandé et diffusé par France2.

Un sondage qui nous sous-estime manifestement puisqu’une autre enquête publiée le lendemain nous place à 4%, démontrant que notre potentiel électoral va bien au-delà du point culminant qui nous a été un moment attribué. Il est vrai que DLR dérange, notamment à l’UMP, qui n’a pas envie de voir la moindre concurrence à droite. C’est pourquoi j’invite tous les électeurs gaullistes et républicains, de droite comme de gauche, à se mobiliser dimanche dans toutes les régions où nous avons des candidats.

Je les appelle à ne pas s’abstenir, ce qui ferait le jeu des grands appareils éternellement au pouvoir, qui étouffent les campagnes pour masquer le vide de leur projet et tuer la confrontation démocratique au lieu de l’affronter. Je les appelle aussi à se souvenir à l’heure du choix que cette élection est à deux tours, ce qui leur laisse la possibilité au premier de voter en leur âme et conscience, avec leur tête mais aussi avec leur coeur. Enfin, n’oublions pas non plus qu’un conseiller régional de plus ou de moins pour l’UMPS-Verts ne changera rien à la vie politique régionale. Tandis qu’un élu DLR, même un seul, sera la garantie que les aspirations des Franciliens seront relayées et que des comptes leur seront régulièrement rendus.

Propos recueillis par Christine Tasin

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