Parmi les énormités que la commission parlementaire sur la burka prône(1), se trouve la reprise d’une des propositions de la Commission Stasi, faire des jours de Kippour et de l’Aïd el Kebir des jours fériés pour tous les élèves, en en supprimant deux autres actuels à la place et en permettant des jours fériés à la carte dans les entreprises.
J’ai déjà écrit, en septembre 2007, un article qui explique pourquoi nos jours fériés ne doivent surtout pas changer parce que, entre autres, nous ne devons pas jeter aux orties « ce qui constitue plus qu’un peuple, une nation. Notre calendrier, nos fêtes, sont, au même titre que Versailles, Notre-Dame de Paris ou les menhirs de Carnac notre patrimoine, notre héritage, les vestiges de notre histoire. Et, paradoxalement, les fêtes dites « chrétiennes », devenues des fêtes républicaines, nous permettent de continuer des rites et des fêtes païens, certes sans en avoir vraiment conscience, mais cela est-il important ? En effet, ce que nous appelons « fêtes chrétiennes » représente, tout simplement, des survivances d’anciens rites universels, des vestiges de rites païens destinés à assurer aux hommes la bienveillance des forces naturelles ; ils servent, encore et toujours, à assurer la cohésion du groupe, à mettre en spectacle les changements de saison et à dire la peur des aléas naturels. ». Je vous renvoie à l’intégralité de l’article.(2).
Néanmoins, il me semble que le paysage français laïque a changé en deux ans et demi, et aujourd‘hui encore plus qu’hier nous nous devons de dénoncer l’ignominie qui se trame avec la bénédiction de nos politiques de gauche et de droite. Oui, c’est un vent de révolte qui me pousse à réagir devant la démagogie et la trahison de la Commission Parlementaire, à moins qu’il ne s’agisse, encore, d’un excès de zèle de son rapporteur, Eric Raoult… Même si c’était le cas, d’ailleurs, comment accepter la lâcheté des membres de la commission, qui, bien qu’ayant la majorité, n’ont pas su s’imposer ?
Trahison et régression sont les seuls mots pouvant qualifier cette proposition.
Trahison, d’abord, parce qu’imaginer imposer à tous les élèves (et donc à tous les adultes qui travaillent dans les écoles, publiques ou privées, de notre pays) de fêter, d’une certaine façon, des rites religieux qui leur sont totalement étrangers ( six millions de musulmans et cinq cents mille juifs sur 64 millions d’habitants ! ) revient à imposer des rites religieux à tous et donc à mettre en question la neutralité républicaine. Que signifierait par exemple de chômer le jour « du Grand Pardon » pour des chrétiens non pratiquants et des athées, majoritaires en France, mais surtout pour des laïques qui ne veulent plus que l’on mélange religion et vie de la Cité ? On ne nous bassine pas suffisamment avec la repentance de l’esclavage et du colonialisme qu’il faudrait, en plus, se complaire dans la mortification liée aux supposées fautes de nos ancêtres préhistoriques ??? Soyons sérieux ! Que quelques pratiquants juifs ou musulmans soient absents à l’occasion, pour raisons personnelles, c’est leur problème, et la République a très bien su gérer cela jusqu’à présent, laissant la religion dans la sphère privée. Il y a d’ailleurs beau temps que la République ne remet plus en question les cours et les examens le samedi, et les pratiquants juifs respectent la loi, c’est-à-dire la République, ne pratiquant pas Shabbat quand ce n’est pas possible.
Régression, ensuite, parce qu’imaginer mettre à l’honneur, au point d’en faire un jour férié, un rite sauvage digne de l’Antiquité la plus profonde c’est nous faire régresser de deux mille ans.
Comment peut-on sérieusement accepter de commémorer (et de l’imposer à tout un peuple !) cet acte ignoble qu’est dans la Bible le sacrifice demandé par Dieu /Allah à Abraham/Ibrahim de son fils Isaac/Ismaël(3) ? Comment accepter que volent en éclats plusieurs siècles de philosophie, de remise en cause de l’arbitraire, que ce soit par les humanistes de la Renaissance, le doute cher à Descartes, un des pères de la pensée française et les Lumières, pour ne pas parler de l’apport de Freud ???
Que nous dit le mythe du sacrifice d’Isaac/Ismaël ? Que l’homme doit être soumis, totalement et aveuglément, à Dieu, au point d’être prêt à lui offrir ses enfants (d’où le sens de « islam » : soumission), que l’homme n’a pas de libre-arbitre et que celui-ci doit même être interdit. Ou le retour aux âges obscurs, quand la majorité de la population, ne sachant ni lire ni écrire, devait apprendre par cœur et répéter sans les discuter les textes dits sacrés.
Quid des athées ? Quid des juifs et des chrétiens qui ont depuis longtemps renvoyé ces histoires au rang de mythes, de survivances de temps lointains, quand les hommes pratiquaient les sacrifices humains ?
Plus grave encore, cela revient à nier l’énorme progrès que constitue l’hostie des catholiques. En effet, l’ »hostia » latine, la victime, l’animal offert aux Dieux, s’est transformée dans le rite chrétien en « victime symbolique », l’ »hostie », pain sans levain remplaçant la victime des âges obscurs, ce qui à la fois évite de faire couler le sang et de réveiller en l’homme de vieilles pulsions violentes et permet à l’homme de grandir et de trouver d’autres boucs émissaires.
Quand la religion chrétienne remplace l’animal sacrifié par « l’homme qui se sacrifie pour tous les hommes », Jésus, elle invente un dépassement de l’homme tel qu’elle rend inutile tout autre bouc émissaire, tout autre sacrifice, et que l’hostie, censée représenter LA victime, fait grandir l’humanité, la fait passer au niveau des symboles.
Mais la religion musulmane, elle, n’a pas passé cette étape, elle en est encore au rite du bouc émissaire, ce qui explique qu’elle sacrifie le mouton comme elle sacrifie la femme, parfaite victime expiatoire (je vous renvoie au livre de Véronique Hervouët, l‘Enjeu symbolique(4)). Et que l’on ne vienne pas me raconter que l’Aïd El Kebir célèbre le passage du sacrifice humain au sacrifice animal : les femmes d’Algérie assassinées, le journaliste Daniel Pearl égorgé, les femmes adultères lapidées, Théo Van Gogh exécuté… prouvent s’il en était besoin la sauvagerie qui perdure, non pas malgré la fête du bouc mais peut-être à cause de la fête du bouc ! C’est d’ailleurs pour cela qu’il est vain d’imaginer une quelconque réforme de l’islam ; la société islamique ne pourrait-elle fonctionner que parce qu’une partie de ses membres est sacrifiée, les femmes, et que le djihad sur ceux qui ne font pas partie du groupe appelle au sacrifice humain… ?
Ainsi donc, une fois de plus, nos politiques, pour quelques poignées de bulletins de vote, pour donner des gages au CFCM (qui ne donne rien en échange, lui…), jouent avec le feu et sont prêts à imposer à toute une population de remettre en question ses valeurs, ses croyances, ses traditions, son émancipation et ses habitudes de lecture critique, au lieu de rappeler, simplement et fermement, que la France est un pays laïque et que la religion y est une affaire privée.
Christine Tasin
http://christinetasin.over-blog.fr
(1) [http://www.ripostelaique.com/Preconisations-anti-laiques-et.html->http://www.ripostelaique.com/Preconisations-anti-laiques-et.html
(2) [http://www.ripostelaique.com/Jours-feries-surtout-ne-changeons.html->http://www.ripostelaique.com/Jours-feries-surtout-ne-changeons.html
(3) Dans les traditions juives et chrétiennes, il s’agit d’Isaac et Abraham ; dans la tradition musulmane, c’est Ismaël et Ibrahim.
(4) [http://www.youtube.com/watch?v=EUU_6BihCZ0->http://www.youtube.com/watch?v=EUU_6BihCZ0]







