Obsèques de Philippe Séguin : pourquoi la République rend-elle hommage à ses enfants dans les églises ?

Obsèques de Philippe Séguin : Pourquoi la République rend-elle hommage à ses enfants disparus dans les Eglises ?

Philippe Séguin a été enterré ce lundi, aux Invalides. Tout a été dit sur cet homme, et son attachement à la République. Il a été enterré religieusement aux Invalides, dans une cérémonie présidée par le cardinal André Vingt-Trois. Le président de la République lui a rendu un hommage émouvant, plein d’émotion et d’humanité. Pourtant, il y a quelque chose qui ne va pas.

Que Philippe Séguin soit catholique, et ait souhaité des obsèques religieuses est son choix, ou celui de sa famille. Mais que la République lui rende hommage dans un lieu religieux est une hérésie, dans un pays qui a séparé le religieux du politique, il y a plus d’un siècle.

Je m’étais fait la réflexion lors des obsèques de François Mitterrand, il y a maintenant 14 ans. La presse avait surtout relevé l’image des deux veuves, réunies autour de la dépouille de l’ancien président. Moi, j’avais été indigné que l’ensemble des chefs d’Etat venus du monde entier rendent hommage à l’ancien président chef d’Etat dans une église catholique, avec Lustiger comme maître de cérémonie.

La République n’a-t-elle pas de lieux à elle pour rendre un hommage laïque à ses enfants disparus, quels que soient par ailleurs leurs options religieuses ou philosophiques ? Quand donc va-t-on rompre avec ces pratiques d’un autre âge ? Irait-t-on rendre hommage à Fadela Amara, qui affirme faire ses cinq prières par jour, à la Grande Mosquée de Paris, si par malheur elle devait disparaître précocement ?

Il est vrai qu’on a vu, ces derniers temps, tellement de ministres ou de maires se précipiter dans une mosquée pour rompre le jeûne du ramadan que le terrain aurait été remarquablement préparé !

Irait-on rendre hommage à un ministre se réclamant de la religion juive dans une synagogue ?

Où rendrait-on hommage si nous avions, pour la première fois de notre histoire, un président de la République (qui ne sera pas Sarkozy) qui se réclame d’un athéisme déterminé, et ne souhaite aucune cérémonie religieuse ? Admettons que Jean-Luc Mélenchon, à la suite d’un tsunami politique, soit un jour président de la République, pour le plus grand bonheur de notre collaborateur Hubert Sage. S’il décède, on fait comment ?

Pourquoi la République, qui est une et indivisible, rend-elle des hommages différenciés, en fonction de la religion des disparus ?

Un hommage rendu à Philippe Séguin à Versailles, ou à l’Elysée, dans un symbôle de la République, avec des prises de paroles de l’ensemble de la représentation politique, aurait pourtant davantage ressemblé aux valeurs défendus par cet inlassable défenseur de la France et des ses principes.

Il y a 14 ans, les chefs d’Etat étrangers, venus du monde entier, auraient dû entendre ces mêmes symboles de la réprésentation nationale rendre hommage à François Mitterrand, et absolument pas écouter les bondieuseries de Lustiger !

Qu’ensuite il y ait une cérémonie religieuse ne regarde pas la République. Cest le choix privé des disparus, et de leur famille, et il se respecte. Dans ce contexte, un Nicolas Sarkozy, qui ne cache pas sa foi catholique, ou quiconque détenteur d’un mandat de la République, peut assister à cette cérémonie privée, mais il doit le faire à titre privé.

N’est-ce pas cela la laïcité, et la séparation du religieux et du politique ?

Mais pour cela, il faut avoir le courage de rompre avec des traditions archaïques, qui font ressembler la France, le temps d’une cérémonie religieuse, à une République catholique qu’elle n’est pas.

Pierre Cassen

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