Parti des Musulmans de France (PMF) et Parti Chrétien Démocrate (PCD) : même combat ?

Au sein de la République française, il existe deux partis politiques qui posent question, pour le moins, à propos du respect du principe de laïcité. Il s’agit du parti musulman de France (PMF) et du parti chrétien démocrate (PCD). Le premier est dirigé par M.E. LATRECHE et le second par Christine BOUTIN .

Dans leurs intitulés, ces deux partis semblent déjà nous dire qu’ils positionnent la question religieuse au cœur de leurs programmes. Qu’en est-il vraiment ? Sont-ils compatibles avec notre République ? Y en a-t-il un qui serait plus ou moins compatible et plus ou moins inquiétant que l’autre ?

Intéressons nous, pour commencer, au parti musulman de France.

Dans sa charte, il est clairement énoncé qu’il s’agit « d’un parti d’avenir ouvert à tous les musulmans de France … en puisant, naturellement, dans l’histoire de ces mêmes musulmans de France ». Si nous continuons plus avant, nous constatons que « le PMF lutte pour le respect et la dignité des musulmans en France et dans le monde … Il contribue à l’unité de la communauté musulmane de France en oeuvrant pour son intérêt collectif et en militant pour ses droits ». D’autre part, toujours dans cette charte, il est écrit que « le PMF milite pour la réussite de l’intégration sociale, culturelle, cultuelle, politique et économique des musulmans ». Cela va encore plus loin quand nous apprenons que « le PMF soutient la résistance palestinienne dans toutes ses composantes ».

A ce stade là, nous pouvons dores et déjà constater que ce parti est clairement et ouvertement communautariste dans un versant religieux. En effet, il milite pour la communauté musulmane et pour la réussite de son intégration cultuelle. Mais aussi, nous apprenons qu’il soutient toutes les composantes de la résistance palestinienne dans leur ensemble, en englobant donc, ipso facto, les actions terroristes aveugles dirigées contre des civils.

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin et continuons ce décryptage. « Aujourd’hui le constat est clair ; aucun parti ou homme politique en place ne représente, ni ne mérite de parler au nom des musulmans de France. Tout ceci dure depuis trop longtemps, il est temps que cela change, que la résistance s’organise ». La phraséologie se précise, mais ce n’est pas tout. En effet, pour le PMF « cette carence dans le système républicain et démocratique … fait des musulmans de France des citoyens de seconde catégorie, puisque sans parole dans les lieux de pouvoir … En nous faisant passer d’une laïcité juridique à une laïcité idéologique et agressive, nos élus s’ingèrent cyniquement dans notre identité culturelle et religieuse, portant de ce fait atteinte d’une manière flagrante aux droits que nous confère la constitution ». Nous sommes bien là en présence d’une volonté d’investir religieusement le pouvoir politique, de mélanger le culturel au cultuel et d’une volonté de résistance, donc de militantisme combattant. Qui plus est, ce parti s’appuie sur notre constitution que, visiblement, ses dirigeants et ses membres n’ont pas dû lire.

Dans les écrits de ce parti politique, le principe républicain de laïcité devient « la sainte inquisition laïque ». La laïcité justement, qu’en est-il ? « Au PMF nous soutenons l’idée qu’une juste reconnaissance du droit à pouvoir pratiquer librement sa religion, hors de la seule sphère privée, créera demain les conditions favorables à l’émergence d’une citoyenneté inaltérable, dignement assumée et comprise ». Et voila, nous y sommes, la citoyenneté est clairement assimilée à la pratique religieuse. Ils ne veulent vraiment rien entendre de notre constitution. Cela continue et s’amplifie : « Il s’agit de combattre le fait que les musulmans de France, pour être de bons citoyens, doivent moderniser les croyances et les pratiques religieuses ». Et, comme dans une suite logique, le PMF critique « les élus qui invoquent une prétendue tradition républicaine pour forcer les musulmans à capituler devant leur jacobinisme sans âge ».

Pour finir, le PMF considère que « l’Etat français est laïc, mais que la société française ne l’est pas ». C’est typiquement ce que nous pouvons appeler un raisonnement spécieux. Effectivement, c’est bien l’Etat qui imprime sa marque sur la société, cette même société qui l’a mis en place. Alors, comment un Etat peut-il être quelque chose que la société n’est pas, au moins dans sa majorité. C’est un peu comme si nous disions qu’un Etat est de gauche, ou de droite, alors que la société qui l’a mis en place ne l’est pas. Cela voudrait dire que cet Etat n’aurait plus aucune légitimité puisqu’il ne représenterait plus la société dont il est issu. Généralement, se sont les régimes totalitaires et dictatoriaux qui sont dans cette logique là. Donc, pour le PMF, l’Etat français actuel n’est pas légitime, puisqu’il ne représente pas la société à propos d’un de ses principes fondamentaux, la laïcité.

Alors, que faut-il de plus ? Nous avons là un parti politique qui prône le communautarisme religieux, qui est prêt à soutenir le terrorisme, qui veut faire sortir la pratique religieuse de la sphère privée, qui veut investir les lieux de pouvoir, qui va à l’encontre de la constitution française, qui se refuse catégoriquement à moderniser ses croyances et pratiques religieuses et qui considère que la société française n’est pas laïque.

« Cerise sur le gâteau », leur logo est un drapeau français sur lequel apparaît nettement une femme voilée. L’utilisation de symboles n’est jamais anodine et nous voyons bien là que la question du voile islamique est, avant toute autre chose, une revendication politique renvoyant à une volonté de prosélytisme.

Disons le tout net, nous affirmons que ce parti politique est incompatible avec la République française. Pire encore, imaginons un instant qu’ils puissent réellement appliquer son programme … En fait, nous n’osons même pas l’imaginer. Il faut dire et redire que l’expression « République islamique » est bel et bien un oxymore contre lequel il convient de se lever avec force et vigueur.

Intéressons nous maintenant au parti chrétien démocrate (PCD) et effectuons la même démarche de décryptage de ses écrits que précédemment.

Dès le départ, le décor est planté : « nous serons solides lorsque nous nous appuierons sur les valeurs issues de la culture bimillénaire chrétienne qui ont construit notre société ». Là aussi, il y a un grand mélange entre culture et religion. D’autre part, quid des valeurs humanistes des Lumières qui ont aussi et surtout construit notre société. Peut-être faudrait-il leur rappeler une certaine année 1789 et une certaine autre année 1905. Non, ce ne sont pas les valeurs chrétiennes, et heureusement, qui ont construit notre société, mais bien plutôt l’Encyclopédie, la commune, le conseil national de la résistance …

Continuons en citant Christine BOUTIN : « A droite, beaucoup ont abandonné les valeurs chrétiennes … Pour intégrer cet électorat au sein de la majorité présidentielle, il faut porter haut et fort ces valeurs chrétiennes ». Nous avons donc bien à faire à un parti politique qui s’adresse à un électorat au travers de sa religion. C’est à la suite de cela qu’apparaissent deux superbes paradoxes : « En proposant aux adhérents le nouveau nom de parti démocrate, Christine BOUTIN avait cette volonté de donner un nouvel élan à son parti. C’est en plus une appellation qui permet de cerner beaucoup mieux la finalité du parti afin de toujours mieux rassembler ceux qui, chrétiens ou non, veulent s’appuyer sur les valeurs sociales chrétiennes qui ont construit notre société et qui se préoccupent de l’avenir de l’homme et de sa primauté ».

Première aporie : si l’Homme est premier, alors dieu est second, donc la religion passe bien au second plan. C’est d’ailleurs la définition de l’Humanisme philosophique en tant qu’il est bien la conception de l’existence selon laquelle l’Homme doit s’affirmer et se construire indépendamment de toute référence ou de tout modèle religieux, plaçant ainsi l’Homme largement avant toute espèce de religion. Comment peut-on se dire humaniste et mettre en avant la religion chrétienne, ou toute autre, qui, elle, place bien dieu avant l’Homme. C’est toute la différence entre celles et ceux qui soutiennent que dieu a créé toute chose, dont l’Homme, et celles et ceux, dont nous faisons partie, qui soutiennent que c’est l’Homme qui a créé dieu.

Seconde aporie : comment peut-on faire croire, sans jeu de mot, que l’on pourrait entrer dans une organisation qui positionne clairement le primat des valeurs chrétiennes sans être chrétien. En clair, les adhérents à ce parti partageraient nécessairement des valeurs chrétiennes auxquelles ils ne seraient pas obligés de croire … Cela doit être quelque peu compliqué dans leurs têtes.

Intéressons nous maintenant à un document très éclairant quant au sujet qui nous préoccupe. Il s’agit du « parti démocrate chrétien en dix questions ».

« Pourquoi ce nouveau nom ? »

« … A droite, beaucoup ont abandonné les valeurs chrétiennes … il faut porter haut et fort ces valeurs … Le paysage religieux s’est métamorphosé, le monde politique doit en tenir compte. Ce nom est le signe de notre prise de conscience de nouveaux rapports qui s’établissent dans notre société ; il nous permet dans ce contexte d’avoir une identité plus forte et plus explicite, grâce à un affichage simple, clair et transparent ». Justement, on ne peut être plus clair, il s’agit bien de mettre en œuvre un prosélytisme religieux évident. Comme nous l’écrivions plus haut, l’utilisation d’un symbole n’est jamais anodine. Quoi de plus symbolique qu’un nom car c’est ce qui signe une identité. C’est d’ailleurs ce qui est explicitement dit ici et l’on voit bien la forte volonté d’affichage et de visibilité d’une religion particulière.

« Pourquoi ce choix aujourd’hui et pas à la création du parti ? »
« Ce qui n’était pas concevable encore hier le devient aujourd’hui. Si des mouvements laïcistes perdurent ça et là, nous connaissons néanmoins une forme de sécularisation pacifiée qui permet davantage l’affirmation de références … Cette situation nouvelle a été accompagnée par Nicolas SARKOZY et sa notion de laïcité positive ou encore la récente visite officielle de Benoît XVI. Dans le même temps, nous ne devons pas négliger la place prise par les musulmans au sein de la société française. Le président de la République a ouvert une voie en demandant à la France de s’engager dans cette laïcité positive ».

Nous pouvons, d’ores et déjà, mesurer une conséquence directe du positionnement présidentiel au sujet de la laïcité (une première conséquence était la création du conseil français du culte musulman). Nous voyons bien aussi le recul du principe de laïcité, car il est clairement dit que certaines choses inimaginables hier, sont devenues imaginables aujourd’hui. Quelle sera la prochaine étape ?

« Comment concevez vous les rapports entre religion et politique ? »
« Nous estimons qu’il est nécessaire de développer aujourd’hui dans la sphère publique un discours politique ancré dans des références chrétiennes. »

C’est de plus en plus clair, pour le PCD, la sphère publique doit être investie par les références chrétiennes. Signalons au passage que, certes avec des mots moins policés, c’est exactement ce que dit le PMF pour les musulmans, à savoir faire sortir le religieux de la stricte sphère privée, pour le faire entrer en politique et dans les politiques publiques. Eh bien non ! Ce n’est pas notre vision de la laïcité et aucune référence religieuse ne doit pénétrer le politique.

« La démocratie chrétienne n’est-elle pas un concept dépassé ? »
« Nous ne voulons pas d’un parti démocrate chrétien mais d’un parti chrétien démocrate … Nous ouvrons une nouvelle page, celle d’un parti à l’ancrage chrétien. »

Là aussi, tout est symbole et l’inversion proposée dans le nom est lourde de sens. Le « chrétien » est bien placé, ici, avant le « démocrate », encore une fois, c’est une question de primauté. Dis moi à qui tu donnes ta priorité et je te dirais qui tu es. Une des raisons fondamentales qui sous tendent la création de ce parti est bien le recul du principe de laïcité, car un des arguments de Christine BOUTIN est de dire que plus personne ne se réclamait de ces valeurs politiques là. Maintenant c’est à nouveau devenu possible dans la mentalité de certaines personnes. Encore une fois, nous pouvons remercier non seulement Nicolas SARKOZY, mais aussi toutes celles et tous ceux qui acceptent tous les « accommodements raisonnables », la « laïcité positive » et toutes les compromissions électoralistes possibles. Il y a encore quelques années, un tel discours n’aurait pas été possible, de même que des prières musulmanes et des voiles intégraux ou non ne l’auraient pas été non plus. Ceci devrait nous obliger à nous interroger sur le chemin que prend notre société et surtout à recadrer de manière forte ce principe de laïcité. Maintenant, tout ceci est non seulement possible, mais cela tend de plus en plus à s’imposer à nous en dehors de tout principe républicain.

« Existe-t-il des liens entre le PCD et les partis européens de la même famille ? »
« Notre pays a une histoire tumultueuse avec la laïcité, mais beaucoup de nos voisins européens vivent ces rapports de manière plus évidente et naturelle. Nous avons tout à gagner à les regarder de près pour nous en inspirer. »

Merci de reconnaître que la France a une histoire particulière vis-à-vis de la laïcité. Nous sommes fiers de cette histoire et de ce qu’elle a produit. Que nos voisins fassent comme ils l’entendent et gardons cette spécificité là qui représente un pacte de bien vivre ensemble. Chaque fois que religion et politique ont été mêlés, cela a produit les mêmes choses, à savoir du sang et des larmes, de l’intolérance, de l’extrémisme et de la barbarie. Ne recommençons pas les mêmes erreurs.

Terminons ce tour d’horizon par une dernière question tout aussi éclairante que les autres.

« Pourquoi changer forum en parti ? »

« Nous affirmons aujourd’hui notre identité et nos ambitions politiques. Nous sommes un parti politique qui a vocation à multiplier rapidement le nombre de ses élus. Il s’agit donc pour notre parti de se situer de manière beaucoup plus nette comme une force politique. »

Voila, c’est encore une fois clairement écrit : politique, élus de la République et religion sont amalgamés. Il est à noter qu’avant de se nommer parti chrétien démocrate, le nom de cette organisation était « forum des républicains sociaux ». Là encore, ce changement de nom est édifiant et ne laisse planer aucune ambiguïté sur le type de transformation à l’œuvre ici. La notion de République a disparu, ainsi que la dimension sociale, pour faire place au primat du chrétien sur le démocrate. Au moins, les choses ont le mérite d’être claires.

Là aussi, disons le tout net, il y a incompatibilité flagrante avec les valeurs républicaines et laïques telles que nous les concevons.

Nous avons esquissé des réponses les plus claires possibles aux questions « qu’en est-il vraiment ? » Et « sont-ils compatibles avec notre République ? » Pour ce qui est de la troisième question et le fait de savoir s’il y a un de ces deux partis qui serait plus ou moins compatible et plus ou moins inquiétant que l’autre, nous laisserons le lecteur se forger ses propres réponses. Il convient simplement de dire que le relativisme du « tout se vaut » peut être très dangereux car il peut avoir l’aveuglement comme conséquence. Mais, ne l’oublions jamais : il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Alors, ne serait-il pas temps que les dormeurs se réveillent ?

Hervé BOYER


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