Pierre-Yves Rougeyron, président du cercle Aristote

Publié le 5 mars 2010 - par - 3 697 vues
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Riposte Laïque : Peux-tu présenter le cercle Aristote, dont tu es le président ?

Pierre-Yves Rougeyron : Le Cercle Aristote a été créé en octobre 2008 avec pour vocation de vulgariser la culture politique à l’usage des « jeunes ». Nous sommes partis du constat avec quelques amis qu’il fallait non pas évangéliser politiquement – ce qui n’a plus aucun sens – mais tenter de redonner à quelques uns une réflexion sur le bien commun.

Nous avons donc donné des cours d’histoire des idées et des conférences avec des intellectuels. Nous essayons de refaire un peu de lien social et d’unir des gens en dehors des anathèmes, des flics de la pensée et des tenanciers de fiche de police. Je ne sais pas si les Français s’en rendent compte, mais moi qui ait connu d’autres cultures, cela me frappe à quel point les Français sont politiques mais surtout à quel point il y a en France une atmosphère de guerre civile de basse intensité. Il y a des haines farouches sur des mots, des gestes ou des pensées que tel ou tel aurait. Pour ma part, je crois aux bienfaits du débat. Le débat public est mort, donc il doit repartir de la base.

Nous cherchions une ambiance de France Libre face au totalitarisme rampant de la pensée unique. Pour préciser, je vous dirais que la liberté d’exister, de penser et de parler, elle est d’abord pour celui qui ne pense pas comme nous, sinon elle n’a pas de sens. Diviser le peuple comme la gauche post-socialiste le fait au nom de la correction et de la rectitude post-républicaine (la droite d’argent c’est son rôle historique donc elle est fidèle à elle-même) me dégoûte. Nous essayons par la culture de faire se parler les gens à travers ce qui nous divise. Péguy n’écrivait-il pas : « Ce qui élève unit ».

Riposte Laïque : Quel milieu social et professionnel se retrouve au sein du cercle Aristote ?

Pierre-Yves Rougeyron : C’est le plus intéressant, en dehors de nos conférenciers bien sûr. Notre équipe est composée, comme notre public, autant profesionnellement que socialement, d’un panel large et varié tout à fait sgnificatif de la France qui s’engage. Nous sommes composés d’étudiants et d’actifs issus de diverses sensibilités syndicales et politiques mais toujours avec cet attachement au bien commun de la Frace c’est-à-dire la « res-publica ». Le moins que l’on puisse dire c’est que le public est plus qu’ouvert : avocats, chefs d’entreprise, étudiants, artisans, chômeurs, retraités. En un mot du bac pro au normalien et du RMI à l’ISF. Où tous ces gens peuvent-ils se croiser et surtout se parler en France aujourd’hui ?

Riposte Laïque : Avez-vous d’autres activités que les conférences que vous organisez régulièrement ?

Pierre-Yves Rougeyron : Nous organisons en moyenne un conférence et signature d’ouvrage par semaine. Nous en donnons parfois sur invitation. Nous préparons l’édition d’un ouvrage sur l’idée de Nation au XXIe siècle qui sortira cette année avec une quarantaine de contributions. Nous espérons reprendre le cycle de cours prochainement.

Riposte Laïque : Quels ont été vos invités, depuis que vous organisez ces conférences, et sur quels thèmes sont-ils intervenus ?

Pierre-Yves Rougeyron : Les thèmes sont très divers. Cela peut porter sur des auteurs comme Marx, Georges Orwell, Chesterton, Bainville, Arnaud Imatz ou Machiavel. Nous avions reçu Claude Rochet sur Machiavel ou Denis Collin théoricien autogestionnaire absolument brillant et fort sympathique sur Marx. Parfois des thèmes philosophiques comme la société de l’indisctinction par le groupe philosophique l’international, la souveraineté ou le sens de la mesure par Jean François Mattéi.

Nous abordons également des problèmes plus contemporains comme l’éducation (nous avons reçu Véronique Bouzou qui est une courageuse enseignante dont je vous conseille les ouvrages), le communautarisme (Julien Landfried un jeune homme brillant et lui aussi courageux), l’auto-ségrégation sociale vu par Michèle Tribalat, la stratégie (François Bernard-Huyghe), la criminalité par le jeune et très pertinent criminologue mais également philosophe David Mascré, l’Europe pour laquelle nous avions reçu Roland Hureaux (haut fonctionnaire et essayiste de grand talent), la braderie du patrimoine public (Jean Roux, commissaire aux comptes) et Véronique Hervouet sur la crise identitaire.

Nous insistons également sur la situation internationale avec des auteurs comme Pierre Hillard, Antoine Assaf sur le Proche-Orient (il est le philosophe attaché au commandement de la marine nationale), Louis Dalmas directeur de B.I (ex-Balkans Infos), Jean-Paul Gourévitch sur les problèmes de co-développement et Jean-Marie Vianney Ndagijimana ancien ministre des affaires étrangères rwandais sur les tragiques évènements du Rwanda. Nous avons également fait un cycle de 6 conférences à ce jour sur la Russie avec mon camarade Romain et le Père Alexandre Signakov représentant en France de l’Eglise orthodoxe de Moscou.

Nous attachons une grande importance aux problèmes économiques, nous avons donc eu pour invité Herbé Beaudin (brillant haut fonctionnaire) et Jean-Luc Gréau, économiste reconnu pour son acuité. Nous terminons actuellement un cycle sur la langue et l’écriture où nous avons reçu Denis Griesmar (ancien président de la société française des traducteurs), Stéphane Giocanti qui a écrit une savoureuse histoire politique de la littérature et Philippe de Saint Robert sur la figure de l’écrivain.

Riposte Laïque : Vous allez inviter, le jeudi 18 mars, Riposte Laïque, par la voix de Pierre Cassen, qui animera une conférence sur le thème de la défense de la laïcité, en France, en 2010. Pourquoi cette invitation ?

Pierre-Yves Rougeyron : Pour trois raisons. La première par souci d’équité, nous avons eu une conférence d’un jeune historien du droit absolument formidable qui s’appelle Guillaume Bernard sur la laïcité positive et qui était plutôt critique d’un point de vue historique. La seconde par attachement personnel au principe républicain de laïcité. J’ai été élevé par des maîtres issus de la libre pensée. Pour moi l’histoire de France est un bloc. La volonté d’indépendance de la France contre les puissances temporelles et spirituelles nous a value de devoir résister un temps à l’entreprise hégémonique de la papauté (Philippe le Bel, Louis XIV et Napoléon par exemple). La République a terminé ce processus historique. Il est hors de question qu’elle fasse l’objet d’une tractation. Enfin, notre but étant de faire se rencontrer des gens biens, d’honnête homme à honnête homme c’est un honneur de recevoir Riposte Laïque qui est peut être l’une des seules bonnes surprises venues de la gauche ces dernières années avec ATTAC première époque ou le MPEP.

Riposte Laïque : Comment le Républicain que tu es voit-il la situation politique française, à la veille des élections régionales, et qu’attends-tu de nouveau ?

Pierre-Yves Rougeyron : Je vous répondrais par deux termes : vide et bloquée. Une absence d’idées dont la constance dans la lâcheté et la médiocrité force le respect. Un décompte ininterrompu de petites phrases pas « très catholiques ».

Issu d’une tradition jacobine, je me méfie donc des potentats locaux surtout dans le domaine de la laïcité où ils sont prêts à tous les accommodements aussi déraisonnables soient-ils. Nous sommes dans une crise économique majeure, le rapport de force international est en train de changer, les pays de l’Europe occidentale vivent un malaise profond comme l’a dénoté le vote suisse sur les minarets et à cela nous faisons la politique du chien crevé au fil de l’eau marquée par ce lamentable débat sur l’identité nationale (lamentable pas uniquement à cause de Besson qui si il est lamentable au moins n’est pas seul).

Ces élections ne valent même pas par un rapport de force interne qu’elles mesureraient, mais à la rigueur par l’aperçu du rapport de rejet qui existe entre les Français et l’élite dirigeante. J’attends juste les résultats des petites listes. Ce sont dans les petites structures où la pensée politique se maintient. Pour le reste travaillons et témoignons car il faut bien que quelqu’un écrive quand Rome brûle.

Propos recueillis par Brigitte Bré Bayle

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