Purification culturelle

Publié le 27 février 2008 - par
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La correspondante de Libération aux Pays-Bas nous conte une anecdote étonnante : « La banque Fortis vient d’annoncer le retrait d’une tirelire en forme de cochon, offerte en cadeau à toute ouverture de compte Eurokids pour mineurs. »

http://www.liberation.fr/actualite/monde/311581.FR.php

La banque explique que le cochon « ne remplit pas les conditions imposées par une société multiculturelle », mais « se défend de céder aux plaintes reçues de clients musulmans ».

On se demande alors à qui elle cède ! Car le cochon n’est considéré comme impur que par les adeptes des dogmes juifs ou musulmans. Or il y a depuis belle lurette de nombreux juifs aux Pays-Bas, et plus généralement dans tout l’Occident où le cochon-tirelire est une tradition, sans que cela n’ait jamais posé de problèmes particuliers.

Alors que la banque invoque « les conditions imposées par une société multiculturelle », à quelle « culture » particulière fait-elle alors référence ? J’ai comme l’impression qu’elle nous prend pour des imbéciles en prétendant ne pas céder aux musulmans.

Et quand elle invoque une « société multiculturelle », la banque Fortis ne manque pas d’humour. Une société multiculturelle, par définition, est composée de la juxtaposition ou du mélange de plusieurs cultures. Or en éliminant ses cochons-tirelires, la banque dénie l’une de ces cultures, celle pour qui les tirelires prennent la forme de petits cochons.

Autrement dit, pour cette banque, le « multiculturel » consiste à discriminer la culture occidentale sur son propre sol. C’est tout simplement de la purification culturelle et de la colonisation culturelle.

Ce déni de soi est d’autant plus inquiétant quand, comme le prétend la banque Fortis, elle opère cette censure d’elle-même, sans céder à des revendications communautaires.

L’article de Libération nous apprend qu’ « un autre cadeau plus «religieusement correct» a été trouvé : une encyclopédie pour enfants. »

Mais alors, il faut que cette banque remplisse intégralement ce qu’elle appelle « les conditions imposées par une société multiculturelle » et qu’elle impose à ses clients. Elle doit effacer de ces encyclopédies toute représentation d’organismes vivants, puisque l’islam est iconoclaste. Elle doit aussi y supprimer toute trace de théorie darwinienne, puisque les trois religions déistes chères à Nicolas Sarkozy disent que leur dieu unique a créé le monde en une semaine, et pas du tout comme l’expliquent les sciences modernes. Evidemment, cette encyclopédie « multiculturelle » doit nier l’égalité en droits entre hommes et femmes, puisque les textes musulmans nous disent que les premiers ont autorité sur les second. Cette encyclopédie doit également réécrire toute l’Histoire dans un sens compatible avec la nouvelle religion « multiculturelle » de la banque, etc.

Tant qu’à faire, la banque Fortis aurait pu offrir un Coran à ses jeunes clients au lieu d’une encyclopédie. Cela aurait réglé définitivement ses soucis de « société multiculturelle ».

Au fait, l’islam interdit le prêt et l’emprunt à intérêt. J’espère que la banque Fortis des Pays-Bas a aussi adapté ses produits d’épargne pour qu’ils remplissent « les conditions imposées par une société multiculturelle ». Certes, elle pourrait avoir une ligne de produits « islamiquement corrects » pour les musulmans et une autre pour les non-musulmans, mais ce serait une mesure communautariste qui irait à l’encontre de la « société multiculturelle ». Donc si la banque Fortis invente un jour des prêts hallal, elle pourra les imposer à tous ses clients, tout comme des élus de la République française imposent des repas hallal à tous les élèves de certaines cantines scolaires.

Toujours aux Pays-Bas, le populiste de droite Geert Wilders doit bientôt sortir son film « Fitna » très critique contre le Coran. Ce film est basé sur un scénario écrit par l’ex-députée libérale Ayaan Hirsi Ali. La sortie de ce film, reportée plusieurs fois, inquiète beaucoup les autorités du pays :

http://www.fairelejour.org/breve.php3?id_breve=1582

En prescrivant au peuple néerlandais des « conditions » qu’on prétend « imposées par une société multiculturelle » qui va jusqu’à le déposséder de sa culture et de ses cochons-tirelires, on comprend aisément comment se développe la révolte populaire en faveur de Geert Wilders. « Les accomodements raisonnables, ça commence à faire là », comme diraient nos cousins du Québec.

Quant aux gauchistes de France qui crachent sur Ayaan Hirsi Ali et à fortiori sur les Geert Wilders, qui dénigrent leurs propos et qui vomissent « la théorie du choc des civilisations », ils devraient s’interroger : quel est le rôle, dans ce « choc des civilisations », de ceux qui veulent gommer une civilisation (et une seule) jusque dans ses symboles les plus banals et les plus populaires, depuis le sapin de Noël jusqu’aux tirelires en forme de cochon ?

Roger Heurtebise

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