Qui veut imposer le silence sur le livre de Pierre Péan « le monde selon K »

Il règne un bien étrange silence suite au livre de Pierre Péan consacré à Kouchner dont Riposte Laïque a déjà parlé dans les numéros 74 et 75 (1). Si je reviens sur cet ouvrage, c’est en raison du silence assourdissant de certains médias pourtant promptes à s’emparer des affaires dont ils raffolent. Cette affaire est l’objet d’un bien curieux scénario.

Tout d’abord, une fois n’est pas coutume, saluons le travail de certains médias : Marianne qui non seulement a fait paraître les bonnes pages de l’ouvrage mais ensuite a fort vivement réagi face à la défense ignominieuse de Bernard Kouchner, cherchant à utiliser le mot de cosmopolitisme, assimilé à l’antisémitisme pour jeter l’opprobre sur Pierre Péan et se garder ainsi de toute réponse sur le fonds de l’ouvrage.

Nous avons déjà dénoncé maintes fois ces procès en sorcellerie qui permettent d’éviter tout débat au fond. L’expression « cosmopolite » couramment utilisée encore ces dernières semaines dans de nombreuses émissions de voyage pour vanter la diversité de métropoles, ne signifie aucunement antisémitisme. Il faut faire preuve d’une grande mauvaise foi pour trouver dans l’ouvrage de Péan la moindre trace d’antisémitisme. Mais c’était l’arme fatale choisie par Bernard Kouchner et ses conseillers :

Le Point du 12 février révèle dans une brève que les Directeurs du ministère des affaires étrangères avaient été sollicités pour prendre la défense de leur ministre dans un communiqué titré « ça pue ! » ce qu’ils ont refusé. Après Marianne, signalons l’honnêteté de cet hebdomadaire qui, sous la plume de Frantz Olivier Giesbert, déclare : « nous n’avions prêté qu’une attention distraite au livre à charge de Pierre Péan… maintenant il faut bien dire que l’on éprouve comme un malaise et même plus… Nous sommes là en plein mélange des genres, sur fond d’impunité et de bonne conscience. »

Cette honnêteté n’a pas été la voie suivi par Daniel Schneidermann qui, lui, préfère jouer les redresseurs de tort, et qui invitant Pierre Péan, s’est montré d’une arrogance qu’affectent tant de journalistes, ne l’interrogeant que sur l’utilisation du terme « cosmopolite ». Face à Péan, expliquant que s’il avait prévu l’instrumentalisation de cette expression par Kouchner, qui lui évite de répondre sur le fond, il n’aurait pas utilisé cette expression qui pour lui est totalement dénué de connotation antisémite. Schneidermann, loin de se contenter de cette réponse et de passer à autre chose, s’est acharné à affirmer que malgré tout, cela cachait, peut-être, quand même quelque chose… ce que les téléspectateurs tout comme Pierre Péan ont interprété comme : « en réalité vous êtes un antisémite, avouez le ». Pierre Péan a quitté l’émission laissant Schneidermann à son inquisition.

Il a déclaré à quel point ses attaques infondées et graves l’avaient touché et on le comprend. On espère qu’il sera à nouveau invité par les chaînes comme France 2, qui ont donné la parole au ministre et puis plus rien. Le silence semble avoir été imposé mais par qui ?

D’autres ont continué leurs investigations. Bakchich a continué l’enquête, retrouvant les sites retirés depuis la parution du livre de Péan, récupérant les rapports grassement payés pour quelques dizaines de pages (2). Comme nous, ils s’interrogent sur ce grand silence. On ne peut que conseiller l’aller sur ce site très bien documenté.

Libération, davantage lu que Bakchich, a sorti le 24 février un numéro avec à la Une, et en pleine page « Contre enquête Les réseaux du docteur Kouchner » et en pages 2 et 3 « La toile africaine de Bernard Kouchner avec un magnifique croquis illustrant la galaxie des amis de DANOMEX, IMEDA. Malgré cet effort louable : silence radio. Les informations passent mais d’affaire, il n’y a point.

Vous avez dit : la liberté de la presse ?

L’Élysée a–t-il donné des consignes ? La bien-pensance qui domine les médias publics a–t-elle honte, a-t-elle des remords d’avoir autant soutenu l’homme qui s’est présenté comme l’incarnation de la morale à lui tout seul ?

Cet homme qui affirme avec toute l’assurance qu’on lui connaît et que l’humoriste Nicolas Canteloup imite si bien « Aurais-je à rougir de mon action au Biafra, au Rwanda ? J’ai à rougir de quoi dans la vie ? Six mois sur le terrain, bénévolement. » Ce qui lui a échappé, c’est qu’un bénévole ne touche pas 6000 euros par mois.

Dans une interview accordée au Figaro du 5 février dernier, Bernard Kouchner se livre à un plaidoyer déclarant avec toute la mâle assurance. Toute cette interview est fantastique car jamais il ne répond aux accusations portées par Péan, mais bien au contraire continue d’asséner des phrases à l’emporte pièce comme si cela suffisait à lever d’un revers de main toutes ses perfides insinuations.

Et Christine Ockrent ? N’y a t-il pas quelques question à lui poser ? Déjà, au moment de la parution du livre sur le Rwanda, « Noires fureurs, blancs menteurs » de fortes pressions avaient été exercées sur Richard Labévière journaliste à RFI pour qu’il n’interviewe pas Pierre Péan. Richard Labévière a depuis été vidé par la femme de Monsieur K en septembre 2008.

Répondant aux journalistes du Figaro qui évoquent le rôle de sa femme à la direction de RFI, Bernard Kouchner répond qu’il s’agit là de jalousies encore et d’un mélange nauséabond. Le french doctor n’a en effet pas mots assez durs pour qualifier ceux qui osent révéler ses activités et celles de sa femme et aime se poser en victime d’un acharnement médiatique somme toute bien limité.

Il n’a pas toujours été aussi sévère avec l’archarnement médiatique. Je me souviens d’une attaque beaucoup plus violente déclenchée contre Régis Debray suite à un article paru dans le Monde, en pleine intervention guerrière au Kosovo. Il avait osé parler du calme qui régnait à Pristina, ce qui avait mis en fureur les tenants de l’ingérence. Rompant avec toute tradition, Bernard Kouchner alors secrétaire d’État à la Santé, avait fait alors au ministère, devant un auditoire médusé de responsables de l’accueil des déplacés du Kosovo, un numéro de claquette désignant Régis Debray à la vindicte sinon populaire au moins fonctionnaire.

En réalité, le seul reproche que l’on pourrait faire à la rigueur au livre de Pierre Péan c’est de l’avait écrit assez vite et de ne pas avoir poussé assez loin son enquête. Car, tous ceux qui l’ont côtoyé auraient sans doute bien des choses à dire pour compléter le portrait qu’il a dressé de l’actuel ministre des Affaires étrangères. Car Péan, en révélant nombre d’affaires pas bien claires, a surtout cherché à démontrer comment tout au long de ses actions humanitaires, il avait cherché à se faire valoir et à poursuivre des buts qui n’étaient sans doute pas aussi humanitaires qu’il le prétendait.

Ce n’est d’ailleurs pas tant l’enrichissement personnel éventuel que dénonce Péan mais des positions étranges dans les politiques prônées par celui qui défendait le droit d’ingérence humanitaire. Il met à nu le décalage entre la posture de l’humanitaire et la réalité de l’homme qui illustre tellement bien cette caste qui a joué de cette étiquette pour se draper dans la vertu des beaux principes et pour cacher des objectifs à des fins moins avouables et ambigus. C’est ce qu’illustre l’introduction du livre de Péan qui raconte comment Bernard Kouchner se lève pour l’hymne anglais et non pour la Marseillaise. Etrange ?.

« Le Monde selon K » soulève bien des questions et puisque que les médias semblent réduits au silence, on attend avec impatience qu’une commission d’enquête parlementaire comme cela se fait aux États Unis, fasse la lumière sur ces troublantes assertions.

Victor Charles

(1) http://www.ripostelaique.com/Pierre-Pean-a-son-tour-suspecte-d.html

http://www.ripostelaique.com/Le-monde-selon-K-de-Pierre-Pean.html

(2) http://www.bakchich.info/Bernard-Kouchner-ministre-hors-la.html

A lire :

Le Monde 13 mai 1999 témoignage de régis Debray

Le Monde, selon K ? Fayard 323p.

Marianne n°615

Marianne n°616 du 7 au 13 février 2009 -Kouchner n’avait pas le droit par Maurice Szafran

Affaire Kouchner Une contre attaque honteuse, Philippe Cohen et Éric Decouty

Le Point n°1900 12 février 2009

Libération 24 février2009 contre enquête Les réseaux du docteur Kouchner, la toile africaine de Bernard Kouchner

Le Figaro 5 février 2009 « Kouchner, je suis l’objet d’une déstabilisation » propos recueillis par Alain Barluet et Pierre Rousselin


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