Cher Cyrano,
Ton dernier édito (numéro 159 de Riposte laïque) m’a fait mal aux tripes. Tu brandis les anciens engagements d’un certain nombre de responsables de Riposte laïque comme des étendards, comme des diplômes ou des certificats d’honorabilité de gauche, comme des preuves de leurs bons choix. J’ai ressenti que les mêmes engagements seraient réactualisés si les partis politiques cités redevenaient laïques comme ils n’auraient jamais dû cesser de l’être.
Et bien je vais te dire mon cher Cyrano, moi qui respecte les hommes mais pas forcément leurs idées (comme pour la religion, je respecte les gens mais pas forcément leurs croyances), ces engagements du passé étaient déjà merdiques et ont fait le lit de ce qu’est la gauche aujourd’hui. Ne me dis pas qu’il y a de quoi être fier d’avoir été au PC (version 1939, puis version 1944, puis versions diverses toutes en procès staliniens), fier d’avoir été de toutes les idéologies gauchistes, fier d’avoir été au PS de Guy Mollet puis de Sieur Mitterrand !
Moi je ne me sens pas fier du tout de fréquenter à Riposte laïque des amis qui se sont si longtemps gourés et qui continuent allègrement de se gourer en matière d’économie. Ils ne sont sauvés à mes yeux que par leur engagement laïque, mais sauvés partiellement car ils n’ont pas encore été capables de faire leur aggiornamento politique.
Mais qui suis-je donc pour faire ces critiques, donner ces leçons ?
J’ai été gaulliste dès 1958 quand j’ai été en âge de voter ; j’ai suivi de Gaulle avec ses méandres politiques (comme quoi on peut changer) et rien n’a plus été dès 1969 avec le contre-révolutionnaire Pompidou puis en 1974 avec l’arrivée des usurpateurs Giscard et Chirac. J’ai misérablement voté pour eux. Mais je n’ai jamais voté pour pire qu’eux, c’est-à-dire pour ceux d’en face. Je n’ai évidemment jamais voté pour le menteur Mitterrand et non plus pour son faire-valoir, le FN.
J’ai tout de même le sentiment que mes choix politiques étaient nettement moins erronés que ceux qui se sont, des années durant, fait les complices des crimes soviétiques et, ce faisant, ont nui à la France par l’importance qu’ils avaient dans le corps électoral.
En 1940, devant l’envahisseur, peu importait la famille politique d’origine pour se rejoindre dans une lutte qui était vitale. Il en est de même aujourd’hui car l’islamisation du pays n’est plus une menace, elle est devenue une réalité mortelle pour notre droit, pour notre démocratie, pour nos valeurs de civilisation qui ne sont aujourd’hui défendues que par une minorité en France et une minorité agissante au Québec.
Je suis heureux aujourd’hui, quand je lis la plupart des articles de Riposte laïque, de me sentir un peu moins seul dans mon mépris et ma détestation des églises, dans mon horreur devant l’inconscience et/ou le manque de courage des responsables politiques. Mais une vague de tristesse m’envahit quand je constate que certains se flattent encore d’avoir été à gauche avec des partis qui ne l’étaient déjà plus en leur temps.
La défense de la laïcité et la lutte contre l’islamisation doivent permettre un aggiornamento plus large de leurs idées politiques. Sinon, certains commentateurs constatant leurs errements du passé pourraient en conclure que leur riposte laïque serait un errement nouveau. Alors qu’ils sont enfin dans le vrai, dans la lutte pour notre survie.
Roger Champart





