Territoires perdus de la République : « Casse toi, t’es chez moi » !

Publié le 5 juillet 2010 - par - 466 vues
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Territoires perdus…

Le journaliste de la chaîne parlementaire venu me questionner sur l’apéro- saucisson-pinard trouvait que la Riposte Laïque, et que les enseignants qui depuis des années disent constater que la République a perdu des espaces, et que ces espaces là sont appropriés par un autre « ordre », un ordre délinquant et parfois « religieux », exagèrent quand ils dénoncent la situation « de territoires perdus de la République. »
Exagération ? Faux diagnostic ?

Je laisserai de côté le type d’injure proférée, à Aubervilliers je crois, contre Nicolas Sarkozy : « casse-toi enculé, t’es chez moi ! ».
Les bienheureux inconscients des principaux médias et des partis dits de « gauche », de « gauche extrême » et/ou « révolutionnaires », qui voudront ne voir là qu’une fruste protestation politique et sociale contre un Président particulièrement impopulaire, protestation grossière qui ne serait qu’un produit dérivé de la montée de la grogne contre la régression sociale, gomment l’aspect essentiel de l’argument du protestataire.
T’es chez moi !

L’individu que plus rien n’arrête,- l’individu qui ne redoute ni prison, ni contravention, ni somme à devoir payer à la justice,- cet individu là oppose à la loi, sa loi du plus fort sur son territoire, « loi » personnelle ou d’un groupe qui fonde sa possession territoriale et s’oppose à la loi réglementant les 36000 communes de France, copropriétés de l’ensemble des citoyens encore représentés, même mal, par le résultat du suffrage universel, -qu’il soit Sarkozy ou un(e) autre.

En d’autres termes, il dit à l’hôte actuel de l’Elysée : Ici c’est ailleurs, ici ce n’est plus la France ! Ici c’est chez moi !! Fous le camp avant que ça chauffe !!! Ce « t’es chez moi » veut dire aussi que tous ceux qui ne sont pas de son clan, qui habitent encore le voisinage, sont aussi « chez lui » et ne sont plus chez eux…

Ce matin, je lisais un de ces journaux quotidiens gratuits qui tuent la presse quotidienne payante, mais là n’est pas le sujet.
Il s’agissait de « Direct matin ». On y relatait le procès des jeunes gens de Villiers le Bel, poursuivis pour avoir tiré au fusil sur la police. Le titre résume notre propos : « des témoins n’osent pas parler », « La peur au procès de Villiers le Bel ».

Si l’on suit les arguments de la défense, la peur devrait être du côté des inculpés, -de doux agneaux injustement calomniés par des autorités avides de trouver un bouc émissaire, préoccupées seulement de trouver un coupable, quel qu’il soit, même un innocent. La peur ne devrait pas être du côté des témoins de l’accusation, si les inculpés étaient des innocents et de doux et pacifiques jeunes gens.

Or, qu’apprend-on ? Quatre témoins devant témoigner « sous X » devant la cour d’assise se sont désistés au dernier moment. Reste un dernier témoin.
Le journal nous apprend aussi que « la défense conteste ces auditions », « ils pourraient être des informateurs de la police, parfois rétribués »… La loi interdit-elle de témoigner lorsqu’il s’agit d’un informateur ? La défense porte des accusations sur la moralité des témoins de l’accusation. Mais de ce côté-là, aucune protestation contre les accusations d’organiser l’intimidation et la terreur chez les témoins de l’accusation. Pourtant, des centaines de véhicules de voisins ont bien été brûlés, pas par des visiteurs de l’espace. Pourtant, on a bien tiré de nombreux coups de feu sur la police ?… Protestation sociale, rien de préoccupant, débitera la châtelaine de Charente Poitou sortie de son coma politique.

C’est cela aussi le délitement du tissu politique et social. C’est cela aussi ce que dénoncent de trop nombreux enseignants des établissements scolaires de ces « territoires perdus » et laissés à l’abandon, par les autorités politiques, par la hiérarchie scolaire et par les politiciens inconscients adeptes des « accommodements raisonnables ». C’est cela que dénoncent les enseignants empêchés d’enseigner par des petits caïds qui détestent l’instruction qui est le premier besoin du peuple après le pain, parce que l’instruction, la connaissance positive est ennemi des dogmes et des croyances irrationnelles.

C’est une cour d’assise, jugeant des personnes accusées de tentatives de meurtres, qui est aujourd’hui mise ne situation de devoir déclarer forfait en devenant aussi un territoire perdu de la République. Jusqu’à quand ?

Alain Rubin

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