Une huitième mosquée à Avignon, en attendant la gigantesque neuvième…

Publié le 15 mars 2010 - par - 2 552 vues
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Décidément, il semble bien que nos responsables politiques n’aient aucune idée de la force que peut revêtir un symbole, a fortiori pour un esprit conquérant : après avoir salué la mosquée de Poitiers et son minaret (ce qui est une façon d’effacer la lutte de Charles Martel pour la France), ils saluent désormais, par la bouche de Marie-Josée Roig, député-maire d’Avignon, la venue d’une huitième mosquée dans la cité des Papes (qui fut, au Moyen Age, la capitale de la chrétienté), détricotant ainsi toujours un peu plus la «Fille aînée de l’Eglise» au profit de l’islam !

Ce détricotage serait-il enfin suffisant pour l’ensemble des musulmans avignonnais ? Bien sûr que non !

Si l’on en croit le président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, la cité des Papes a aujourd’hui besoin d’«une grande structure dans laquelle puissent se regrouper les musulmans d’Avignon et des environs. D’autant qu’elle pourrait offrir un véritable espace culturel, car c’est ce qui manque dans les lieux de culte existants. Je pense à des salles de conférences, à une salle où puissent être organisées la rupture du jeûne du ramadan ou bien des rencontres avec d’autres croyants… ».

En clair, il faut une neuvième mosquée, cette fois gigantesque, pour asseoir définitivement l’islam en Avignon, la huitième ayant déjà prévu de donner des cours d’arabe aux enfants, après leur avoir montré le «Chemin du Prophète», puisque le nom de cette mosquée («Essouna») signifie exactement cela.

Avouez tout de même que ce double enseignement risque de ne pas être le meilleur atout pour permettre l’intégration de la jeunesse musulmane aux valeurs de la République !

Evidemment, Marie-Josée Roig voit les choses sous un autre angle : pour elle, les mosquées avignonnaises (et notamment la mosquée Essouna qu’elle a inaugurée le 5 février dernier) ne peuvent que contribuer à l’apprentissage du vivre-ensemble dans un esprit non partisan : «Je suis convaincue – assure-t-elle – que pour avancer, une ville doit le faire avec l’ensemble de ses familles spirituelles et communautaires, comme je le suis également de la nécessité d’un dialogue et d’une meilleure compréhension entre tous les Avignonnais, qu’ils soient chrétiens, musulmans ou juifs, ou bien qu’ils se réclament des autres confessions présentes au sein de notre cité».

Mais moi aussi je suis convaincu de cela ! Seulement, ma conviction ne saurait prendre le pas sur l’esprit critique. D’où les questions que je pose : que peut bien être un dialogue entre des confessions dont chacune tient les autres pour de dangereux égarements ? A l’époque de la cour pontificale avignonnaise, soit au début du XIVème siècle, les Avignonnais ne se comprenaient-ils point ? D’où vient donc leur actuelle incompréhension ? Qu’il faille dépasser cette incompréhension, autrement dit qu’il faille «avancer» – comme le précise Marie-Josée Roig – est incontestable, mais vers quoi ? Vers l’unité des trois grands monothéismes ? C’est entendu ! Mais sur quelle base théologique ? Quel livre sacré pour les croyants avignonnais et, par suite, pour tous les croyants ? Le Coran ? Le Talmud ? La Bible ? Comment les musulmans s’entendraient-ils avec les juifs et les chrétiens puisqu’Allah le leur interdit ? Comment bâtir un avenir à visage humain sur des fondements existentiels marqués de dissentiment ?

Outre que les mosquées changent la physionomie de nos villes – encore que cela puisse être architecturalement positif – elles changent notre perception de l’homme par le contenu de leurs prêches.
Pour l’Occident, l’homme est un universel : c’est l’être humain, sans différence aucune ! La femme est cet être-là : elle ne peut donc pas être inférieure à l’homme, séparée de lui, ou voilée. Le chrétien est le juif, qui est le musulman, car, par la laïcité, toutes les confessions ont même dignité, et par la morale, tous les humains représentent la valeur. Les humains sont donc égaux en droits.

Pour l’islam, Dieu est le seul universel. Les êtres humains ne s’égalisent pas : la femme est inférieure à l’homme, ne peut partager le même espace que lui – sauf s’il décide du contraire – et doit être voilée. Le musulman est incommensurablement supérieur au juif et au chrétien. La laïcité est un non-sens. Quant à la communauté d’excellence, ce n’est pas l’humanité, mais l’oumma !

Voilà en quoi les mosquées que nous accueillons avec tant de générosité sur notre sol posent problème ! Ce problème est politique. Or, s’il est un domaine de la condition humaine où la générosité aggrave les problèmes, c’est bien celui-là. La preuve : nous pensons bâtir ainsi «l’islam de France», alors que nous bâtissons «l’islam deux France» ! Quand nos politiques s’en rendront compte, il sera trop tard !

Maurice Vidal

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