Université : rapport Attali, loi Pécresse ou les mêmes décisions libérales de l’Europe

Publié le 1 octobre 2008 - par
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Dans ses «300 décisions pour changer la France » (en fait 318), le rapport Attali consacre la « Décision fondamentale n° 2 » à l’Université : « Constituer dix grands pôles d’enseignement supérieur et de recherche autour de dix campus, réels et virtuels, fixant les conditions d’excellence de l’ensemble du système de formation supérieure et de recherche » En somme rien de nouveau dans les choix politiques des élites européennes dirigeantes pro-capitalisme mondial et anti-Service National Public d’Education. C’est le plan européen et les mêmes expressions qui sont resservis, question d’enfoncer médiatiquement le clou dans les têtes des Français demeurés attachés à l’accès démocratique à l’Enseignement supérieur. C’est toujours la même obsession des dix Harvard pour la France, de dix « pôles d’excellence » pouvant être financés jusqu’à 80% par des capitaux privés. C’est la réintroduction du choix politique de l’hyper-sélectivité sociale à l’Université visant à produire des élites européennes pour la compétition capitaliste mondiale, donc pour les besoins des actionnaires des entreprises transnationales. Pour y parvenir, les instances européennes cherchent à mobiliser les moyens publics et privés pour quelques « pôles d’excellence » européens très sélectifs. Ces « pôles » seraient des entreprises mixtes : capitaux privés et publics. Ils pourraient être aussi des entreprises religieuses : cf. le discours du président Sarkozy à Saint Jean de Latran plaidant pour la reconnaissance des diplômes des Universités catholiques en France (cf. P. Baracca, « Université : fin des diplômes nationaux d’Etat et du Service public laïque », Riposte Laïque n°22, 8 janvier 2008) Michel Rocard a participé à la conception de ce programme qui a débouché, le 28 avril 2004, sur la Conférence de Liège où le Commissaire européen pour la recherche et le développement, le socialiste belge Philippe Busquin, présenta «The Europe of knowledge 2020: A vision for university based research and innovation » ( « Universités et société de la connaissance : quelles perspectives après Liège? »), qui précisait les orientations de ce programme (cf. P. Baracca, « Plan européen : des Universités pour le peuple et des Harvard pour une élite mondialiste, Riposte Laïque n°15, 24 novembre 2007). Chacun a compris le sort réservé aux 75 autres universités françaises, ravalées au rang de Supérieur Inférieur. C’est la logique qui a été mise en route par la loi Pécresse du gouvernement Sarkozy sur l’autonomie des Universités, votée sans discussion profonde pendant l’été 2007, qui a généré les mouvements étudiants de l’automne 2007 et qui suscite toujours aujourd’hui réunions et luttes chez les enseignants et chercheurs des Universités autour des syndicats, de « Sauver la recherche », de « Sauver l’Université », mais aussi chez les étudiants autour des collectifs de la Coordination étudiante, l’UNEF s’étant ralliée au plan européen. On constate que cette logique européenne s’inscrit dans les choix libéraux de l’AGCS réclamant la privatisation des Services publics qu’impulse l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) dirigée par le socialiste français Pascal Lamy. Elle conforte les choix du Fonds Monétaire International (FMI) que dirige le socialiste DSK. Voilà matière à réflexion pour l’électorat des gauches, notamment du parti socialiste et de ses diverses composantes, pour les prochaines élections en France.

Pierre Baracca

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