Ce léger frémissement est-il le signe qu’une vraie réflexion ? Va-t-on aller plus loin, et poursuivre par un véritable travail en profondeur que les journalistes n’ont pas encore commencé sérieusement ?
Une respiration, un léger souffle, une petite brise, devons-nous y croire ? Le journal Marianne qui était resté, jusqu’à présent, dans le politiquement correct par rapport au sujet dit du voile intégral, avait dans son numéro du 16 janvier ouvert ses colonnes au journaliste Denis Tillinac pour un article intitulé : « Ne culpabilisez pas la crainte de l’Islam ». Allait-il loin Tillinac ? Pas vraiment… Il rappelait la phrase célèbre de De Gaulle qui ne voulait pas que son village de « Colombey-les-Deux-Églises » ne se transformât en « Colombey-les-Deux-Mosquées », c’était avant le MRAP, mais dans ce numéro de Marianne, Tillinac avait des paroles justes : « on nous serine que l’islam s’ancrera en France, et qu’il faut s’y faire. Les Français ne s’y font pas ».
Alors à la question pourquoi « les Français ne s’y font pas », nous attendions une vraie réponse, quelque chose de consistant. Hélas, sont revenus le politiquement correct et les affirmations gratuites: « Les imams réclament des mosquées pour prier, rien d’autre, c’est leur droit, et il serait absurde de le leur contester » quand il ne s’est pas agi de donner l’image rassurante : «des familles musulmanes pratiquantes dans lesquelles on inculque aux jeunes des vertus plus nobles que l’appât du fric, le culte de soi et la vénération des idoles télévisuelles ».
La vertu supposée des uns opposée aux vices affirmés des autres… Reprenant là le cliché même des islamistes plutôt le voile ou le voile intégral que la mini jupe ou le string, plutôt des femmes vierges et emprisonnées que des coquettes dévergondées etc… C’est dommage pour un journaliste de cette envergure. Combien d’imams a-t-il rencontrés, et quelles enquêtes de terrain réalisées pour affirmer ceci ? Mystère. Feeling et vœu pieux plutôt que travail journalistique approfondi.
On aurait aimé que, pour répondre au pourquoi « les Français ne s’y font pas » il y ait quelque chose de plus profond, un vrai questionnement. Par exemple l’islam permet-il aux musulmans la liberté de conscience ? Réponse non, puisque le renoncement à la religion faisant de vous un apostat vous expose à la mort. Une femme musulmane peut-elle épouser un non musulman ? Réponse non. Une femme musulmane a-t-elle les mêmes droits qu’un homme ? Réponse non. Tout cela est-il compatible avec la laïcité et l’égalité? Réponse non. La laïcité c’est le droit de croire ou ne pas croire et cette liberté, fondamentale dans notre République, est toute la spécificité française à laquelle se sont pliées les autres religions et que l’islam refuse violemment, voilà pourquoi, nous, les Français « ne nous y faisons pas ».
Le Marianne du 30 janvier montre une petite avancée, quelques lignes paraphées MS, sans doute faut-il lire Maurice Szafran, reviennent sur le débat du voile intégral, avouant que la question divise aussi la rédaction du journal, certains la jugeant marginale et instrumentalisée, d’autres essentielle et préoccupante.
Dans un très court article, comme une réponse à M Tillinac, qui pensait que les mosquées étaient des havres de paix, Martine Gozlan revient sur l’agression de l’imam Chalghoumi à l’intérieur de la mosquée de Drancy, et rappelle aussi la violence contre Rayhana.
On trouve surtout trois articles plus profonds qui nous réconfortent.
M Elie Barnavi dans :« La condition pour un islam soluble dans la République » analyse les difficultés spécifiques de l’intégration de l’islam en France. Difficultés d’ordre démographique, social, culturel, et politique, qu’aucune autre vague d’immigration n’a subies à cette échelle. Il termine par ces mots : « interdire dans l’espace public burqa et niqab, ces prisons portatives pour femmes esclaves, c’est la moindre des choses en République. Encore faut-il reconnaître que ce ne sont là que des symptômes. La maladie, elle, attend toujours son médecin ».
Marianne ouvre aussi ses colonnes à Aurélie Filippetti, députée PS de Moselle et Jeanine Mossuz-Lavau qui toutes deux approuvent une loi, en refusant « l’excision du visage ». Elles abordent lucidement l’atteinte au droit et à l’image des femmes. Une vraie position féministe qui pourrait nous réconcilier avec le PS si elles arrivaient à convaincre leur secrétaire Martine Aubry de défendre la même au nom du parti.
S’il fallait accorder une palme d’or, sans doute faudrait-il la décerner à Eric Conan et Guy Konopnicki. Ils analysent, remercions les, ils sont si rares, l’atteinte à l’humanité faite à ceux qui sont obligés de supporter la vue du voile intégral, enfin quelques uns qui pensent à nous ! Ils ne sont pas tendres, mais pensent juste, en parlant des élites médiatiques qui ne côtoient ce voile que lors de leur week-end à Marrakech ou Assouan qu’ils fréquentent plus qu’Argenteuil ou Vénissieux. Ils se rapprochent de nous en citant Levi Strauss « il ne faut pas avoir honte de défendre notre culture ». Ils terminent rappelant que les idiots utiles de l’islamisme sont les meilleurs alliés de l’extrême-droite raciste, ainsi que le souligne le journal Rivarol : « Mieux vaut des mahométanes en tchador que des Beurettes en minijupes, cela limite le métissage. »
Ce léger frémissement est-il le signe qu’une vraie réflexion s’amorce dans les médias, au moins dans le journal Marianne ? Va-t-on aller plus loin, et poursuivre par un véritable travail en profondeur que les journalistes n’ont pas encore commencé sérieusement ? Comme on disait autrefois….La suite au prochain numéro.
Chantal Crabère






