Voix célestes, tromperies volontaires ou réels troubles de la santé mentale ?

Publié le 7 juin 2010 - par - 1 354 vues
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A l’origine des croyances, des religions, on a souvent des personnages charismatiques, jugés supérieurs par les contacts qu’ils auraient pu avoir avec une force inconnue, généralement dénommée Dieu. Certains ont eu un succès fou puisqu’ils sont, soit à l’origine de leur création, soit des maillons importants de la chaîne des grandes religions : Abraham, Moïse, Jésus, Mahomet, Bouddah etc.. D’autres, plus petits éléments de la chaîne, continuent ponctuellement, pour montrer que ça marche encore, d’entretenir l’illusion ( l’imposture ?) Ils ont entendu des voix, ils ont vu, qui la vierge, qui une lumière, qui le diable en personne qu’il a fini par terrasser bien sûr ! Parmi nos grands mystiques français citons : Bernadette Soubirou, Jeanne d’Arc, le saint Curé d’Ars. Ces personnages saints, vénérés existent dans les religions les plus diverses. Il se bâtit autour d’eux des rites, des rencontres, type pèlerinages, sur des sites ou l’on peut tout à la fois venir se recueillir, prier, mais aussi faire du business au plus grand bonheur des marchands des lieux.

Alors qui sont ces personnages qui communiquent avec l’au-delà ? Ils sont choisis par Dieu diront les croyants. J’avais dit un jour à une amie en plaisantant: « Dieu et moi, nous nous ignorons, d’ailleurs, il n’a jamais cru bon me parler », elle m’avait répondu : « c’est parce que tu ne sais pas l’entendre ». Alors peut-on vraiment croire que Dieu soit dans la démarche : « Viens là toi j’ai quelque chose à te dire ! Je ne peux le dire qu’à toi, tu le diras aux autres ! », des petits chouchous de Dieu en quelque sorte, chargés d’aller porter la bonne parole? Pourquoi Dieu parlerait-il si peu, dans des temps tellement espacés, pourquoi aurait-il choisi celui là plutôt qu’un autre ? Pour les vrais croyants c’est comme ça, eux ils y croient, et ils en ont parfaitement le droit, c’est sans doute cela la vraie foi.

Les paroles transmises par Dieu, ou par les Dieux, permettent-elles à l’humanité d’avoir un chemin qui la bonifie dans son ensemble ? Dans ce cas on pourrait admettre comme pour un médicament que : « Si ça ne fait pas bien, au moins ça ne fera pas de mal », mais ce n’est pas le cas. Beaucoup de messages délivrés par ces voix célestes ont créée des scissions entre les hommes, ces Dieux claniques ont trop souvent servi des intérêts patrimoniaux et géographiques à une époque donnée, qu’il semble difficile que leurs paroles, relayées par des religions antagonistes et qui plus est, à visées quelquefois politiques, puissent avoir principe d’universalité. Alors qu’il soit permis à ceux qui n’ont pas la foi de douter et d’essayer d’exercer un œil critique, une réflexion plus scientifique et chercher à trouver une autre explication que celle du miracle « de la voix ou de la vision celestes».

Ces personnages, à l’ouie si fine, à la vision si extraordinaire, font leur petit bonhomme de chemin, réussissent souvent, bien plus célèbres encore après leur mort que de leur vivant, car après leur mort, on leur fait dire ce qu’on veut, on déborde, on enjolive, on mystifie, on arrange. Alors trompeurs volontaires, roublards conscients, ou victimes d’hallucinations, ces personnes persuadées entendre ou voir des phénomènes divins ne sont-elles pas avant tout des victimes de quelques troubles de santé mentale ? Que faut-il pour entrer en communication avec Dieu, avec les Dieux ?

Les médecins avancent plusieurs hypothèses. Il y a l’utilisation de drogues diverses utilisées depuis très longtemps. Un chercheur israélien affirme que les Hébreux, à l’époque de Moïse, consommaient régulièrement des plantes hallucinogènes lors de leurs rites religieux. Cette théorie provocatrice est émise par Benny Shanon. Il a fait ses propres expériences hallucinatoires en Amazonie : après absorption d’ayahuasca un breuvage à base de liane que boivent les chamanes d’Amérique latine, il dit avoir lui-même éprouvé des visions religieuses et spirituelles. Or dans le désert du Neguev et du Sinaï poussent deux plantes hallucinogènes, le harmal et l’écorce d’acacia qui provoquent des effets psychédéliques. Les tables de la loi de Moïse pourraient donc être le fruit d’une hallucination collective.
Les chamanes bouddhistes et hindouistes utilisent la datura, les amazoniens l’ayahuasca dont nous avons parlé qui est aussi nommée « chair des dieux » . Bien d’autres drogues sont utilisées, elles sont présentées comme des plantes sacrées mystiques permettant d’entrer en communication avec l’au-delà, on qualifie la drogue utilisée « d’enthéogène », substance qui engendre « gen » Dieu ou l’Esprit « théo », à l’intérieur de soi « en ».
http://pagesperso-orange.fr/maurice.champion20/Moise.htm

On a donc là une première hypothèse relativement crédible, car encore aujourd’hui, de nombreux chefs religieux consomment ces drogues dans de nombreuses cultures. Que cherchent-ils, en fait ? La transe dans laquelle les met la drogue est-elle pour eux le moyen d’asseoir un pouvoir ? De délivrer une parole enfouie au plus profond de leur inconscient ? Comment ne pas y voir tout de même une belle arnaque, s’ils ne relatent pas la réalité et les subterfuges utilisés pour recueillir cette parole dite « divine ».

Mais, communiquer avec l’au-delà pourrait être aussi la conséquence d’un cerveau perturbé, de troubles mentaux graves. De nombreux médecins relatent le cas de délires religieux liés à des troubles d’épilepsie ou de schizophrénie.

Swick en 1934 reprend les travaux de Chaslin (1) de 1912, pour ce dernier : On doit toujours rechercher l’épilepsie à partir d’un délire religieux. Un fait distingue les délires religieux des épileptiques, les délirants sont presque tous en proie soit à des images visuelles, leur apparaissent alors : le diable, Dieu , la vierge, soit à des manifestations auditives, dans ce cas, ils entendent la voix de Dieu ou une musique céleste. Là on ne peut s’empêcher de penser au prophète Mahomet. Dieu lui parle par l’intermédiaire de Gabriel, cette parole provoque alors, chez lui, des états de transes terribles, terribles au point que sa femme Khadija, sérieusement effrayée de ce qui arrivait à son homme, s’en inquiète auprès de son cousin Waraqah Ibn Nawfal, ce dernier lui confirme la nature prophétique de son époux. Mahomet était-il lui aussi sous l’influence d’une drogue à ce moment là ? Souffrait-il d’un délire, qui le submergeait totalement ? Comment expliquer les multiples versets du Coran qui affirment sur une page un ordre « divin », ordre contredit quelques pages plus loin par d’autres versets tout à fait à l’opposé du premier, une forme de pensée désordonnée, perturbée, comme déboussolée ?

Des personnes vénérées pour leurs perceptions mystiques, n’ont-elles pas été victimes d’hallucinations schizoïdes ou épileptiques ? C’est ce qu’avancent, en se fondant sur des descriptions données par les Evangiles, le Coran, et les livres d’histoire, des neuropsychiatres qui ont diagnostiqué des cas d’épilepsie du lobe temporal droit, pour nombre d’entre eux(2).

Les délires religieux existent toujours, on les observe chez des patients atteints de schizophrénie. Leur administrer un traitement, devient pour certains difficiles car ces malades se croient vraiment les adjoints de Dieu, et, comme pour eux il n’y a aucun doute quant à son existence, l’assurance qu’ils sont dans une véritable histoire avec Dieu peut les faire refuser tout médicament.

Aussi afin d’aider ces personnes, n’est-il pas temps d’examiner l’idée de Dieu, et ces évènements de communications célestes, sur lesquelles se sont bâties les grandes religions, avec l’œil et les données de la psychiatrie moderne. Sans doute faudrait-il, pour cela, briser des certitudes, des intérêts et des tabous, qui s’y collera ?

Chantal Crabère

(1) Philippe Chaslin (1857 1923) aliéniste à la Salpêtrière a travaillé sur la confusion mentale.

(2) Consulter la liste sur l’ intéressant site de Maurice Champion
http://champion20.monsite.orange.fr

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