A Hénin-Beaumont, Jean-Luc Mélenchon plombe le « front républicain » anti-FN

Deux sondages très récents étudient deux cas de figure pour le second tour des législatives dans la fameuse 11ème circonscription du Pas-de-Calais :

- Un sondage Ifop du 2 au 4 juin : http://www.ifop.com/media/poll/1899-1-study_file.pdf
- Un sondage OpinionWay du 4 au 5 juin : http://opinionlab.opinion-way.com/dokumenty/Opinionway_Fiducial_pour_LeFigaro_LCI_Legislatives2012_%2011eme_Pas-de-Calais_31.pdf

Dans les deux cas, Marine Le Pen arrive en tête suivie par Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) pour l’Ifop, ou par Philippe Kemel (Parti socialiste) pour OpinionWay. Le quatrième serait Jean Urbaniak, candidat du Modem soutenu par l’UMP, mais avec un score trop faible (15 ou 16%) pour se maintenir au second tour.

Signalons aussi que l’Ifop n’a interrogé que 604 personnes, et OpinionWay 561, ce qui donne d’énormes « intervalles de confiance à 95% » : de l’ordre de plus ou moins 4% autant pour les leaders du premier tour que pour les finalistes du second tour. (Cf. tableau page 5 du dossier de l’Ifop.) Ainsi, quand OpinionWay annonce 25% pour Kemel et 24% pour Mélenchon au premier tour, ou 51%/49% pour un duel Mélenchon/Le Pen au second tour, on voit que rien n’est joué.

Par conséquent nous ne risquerons pas à faire la Madame Irma sur ce scrutin éminemment médiatique et symbolique. Entre Marine Le Pen, Philippe Kemel et Jean-Luc Mélenchon… tout est possible !

Néanmoins, les deux instituts de sondages donnent des chiffres intéressants et davantage différentiés selon différents critères, et là on est largement au-delà des « marges d’erreurs ». On peut par exemple constater que l’électorat de Marine Le Pen est majoritairement jeune et celui de Jean-Luc Mélenchon cinquantenaire et plus, que les ouvriers votent bien plus pour Marine Le Pen que pour les candidats de gauche (60% dans un duel contre Kemel et 65% contre Mélenchon au second tour !), etc.

Donc les légendes d’électeurs Front national (ou plus exactement Rassemblement bleu marine) de vieux mâles bourgeois réactionnaires d’extrême-droite et catholiques intégristes sont définitivement enterrées, n’en déplaise au lider maximo du Front de gauche.

Non seulement Jean-Luc Mélenchon n’a pas détourné les ouvriers du vote pour la « bête immonde », mais il se montre même le meilleur allié objectif de Marine Le Pen sur le terrain, en cassant le classique « front républicain » anti-FN comme nous allons le démontrer en étudiant les deux cas de figure du second tour : Kemel versus Le Pen et Mélenchon versus Le Pen.

Nous donnerons pour chaque cas de figure un tableau des contingences, avec les abréviations suivantes :
- MLP = Marine Le Pen (en bleu marine, évidemment…)
- PK = Philippe Kemel (en rose)
- JLM = Jean-Luc Mélenchon (en rouge)

(Cliquez sur les tableaux pour les agrandir.)

1. Sondage Ifop

L’Ifop a sondé son échantillon selon les votes à de récentes élections.

1-a. Par rapport au vote au 1er tour des législatives de 2007

- PCF = PCF
- PS = PS
- Md = Modem
- UMP = UMP/NC
- FN = FN/MRC

Dans le cas d’un duel Marine Le Pen / Philippe Kemel :

Dans le cas d’un duel Marine Le Pen / Jean-Luc Mélenchon :

1.-b. Par rapport au vote au 1er tour des présidentielles de 2012

- JLM = Jean-Luc Mélenchon
- FH = François Hollande
- NS = Nicolas Sarkozy
- MLP = Marine Le Pen

Dans le cas d’un duel Marine Le Pen / Philippe Kemel :

Dans le cas d’un duel Marine Le Pen / Jean-Luc Mélenchon :

2. Sondage OpinionWay

OpinionWay s’est également intéressé au vote aux présidentielles, avec des résultats analogues à ceux de l’Ifop, donc nous n’allons pas nous répéter. Par contre, ce qui est intéressant chez OpinionWay, ce sont les reports de voix des candidats « éliminés » au premier tour, soit par manque de quota (c’est le cas de Jean Urbaniak, candidat Modem/UMP), soit par « discipline de gauche » (Kemel ou Mélenchon se désistant pour celui des deux qui a le plus de voix).

Dans ces tableaux, nous utiliserons l’abréviation « na » pour désigner ceux qui ont exprimé une abstention ou un vote blanc ou nul au premier tour, ainsi que ceux qui n’ont pas donné leur opinion pour le second tour (peut-être par peur de la « diabolisation » ?). Et « JU » (Jean Urbaniak) pour le candidat Modem/UMP.

Dans le cas d’un duel Marine Le Pen / Philippe Kemel :

Dans le cas d’un duel Marine Le Pen / Jean-Luc Mélenchon :
Conclusion…

En comparant tous les tableaux deux à deux, on constate que l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon dans cette « terre de gauche » (selon son expression) largement acquise à Marine Le Pen ne fait que renforcer celle-ci, en cassant complètement le soi-disant « front républicain » anti-FN, en particulier en envoyant de nombreux électeurs Modem/UMP chez Marine Le Pen et même en envoyant des électeurs de gauche vers l’abstention.

Il faudrait faire une analyse plus qualitative de tout cela, par des enquêtes de terrain. Mais tous les reportages qu’on peut voir démontrent que Marine Le Pen est accueillie comme « chez elle » sur les marchés et dans la rue, alors que Jean-Luc Mélenchon est bien moins entouré (sinon par des vieux militants ou des gens « issus de l’immigration »), et qu’il plombe également la candidature de Philippe Kemel, candidat socialiste réputé vierge de toutes les magouilles mafieuses locales.

Cet auto-parachutage de Jean-Luc Mélenchon obsédé par Marine Le Pen est donc une catastrophe pour la gauche honnête locale. Le lider maximo n’a pas arraché un seul électeur à la « bête immonde », et réussit même l’exploit de faire voter une partie du centre et de la droite pour elle s’il arrive au second tour, et à dégoûter des électeurs de gauche. Marine Le Pen ne pouvait rêver d’un meilleur « allié objectif » !

Djamila GERARD

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