L’appui que Riposte Laïque apporte au combat mené par la Fondation Brigitte Bardot (www.fondationbrigittebardot.fr) contre les méthodes rituelles d’abattage par égorgement sans étourdissement préalable témoigne d’une louable compassion pour les animaux de boucherie auxquels nos sociétés dites civilisées devraient bien évidemment épargner toute souffrance inutile. Mais il est, dans cet ordre d’idées, une autre cause dont Riposte Laïque parle beaucoup moins, à savoir celle des humains en fin de vie qui sont eux aussi dans la souffrance, faute de soins palliatifs suffisants ou parce que ceux-ci ne sont plus efficaces, et qui demandent en vain une aide médicale pour mourir. Pour eux qui veulent choisir librement leur mort, l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (www.admd.net) milite en faveur d’une loi permettant l’euthanasie et le suicide assisté sous certaines conditions – de telles lois existant déjà chez nos voisins du Benelux.
Il apparaît à l’évidence que le souci d’abréger les souffrances des humains à l’approche de la mort et celui d’éviter aux animaux de boucherie une agonie atroce procèdent tous deux d’une même démarche éthique. Et à première vue, cette compassion envers les êtres souffrants semble partagée par une large majorité de nos concitoyens, puisque, selon un sondage (IFOP 2009), 72% d’entre eux désapprouveraient les pratiques rituelles d’abattage sans étourdissement, tandis que, selon un autre sondage (IFOP 2011), ils seraient jusqu’à 94% à être favorables, au moins dans certains cas, à une loi permettant d’accéder aux demandes d’euthanasie motivées par des souffrances incurables. Qu’il s’agisse de la législation sur la fin de vie ou de celle sur les abattoirs, il ne devrait donc y avoir aucun problème – ces questions devraient même être réglées depuis longtemps. Or, ce n’est nullement le cas. Pour nous autres humains, l’hypocrite « laisser mourir » de la loi actuelle est totalement insuffisant, si ce n’est comme prétexte à repousser tout autre projet en faveur de « l’ultime liberté ». Pour les animaux, une loi adéquate régissant l’abattage existe bien, mais est systématiquement tournée au nom d’une dérogation pour raisons religieuses.
Pourquoi l’évolution de la législation est-elle ainsi bloquée ?… En vue des élections de cette année, l’ADMD a enquêté sur l’attitude des partis et des candidats face à la légalisation de l’euthanasie : en gros, les partis de gauche sont favorables à ce projet (Jean-Luc Mélenchon étant même membre de l’ADMD), ou du moins, sous une formulation plus ambiguë, à une « assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité » (proposition n° 21 de François Hollande) ; en revanche, les partis centristes et surtout l’UMP et le Front National s’y opposent farouchement, au nom de « valeurs essentielles » (Marine Le Pen) et parce que la légalisation de l’euthanasie présenterait des « risques de dérives » (Jean-François Copé). En ce qui concerne les dérives possibles, cela se discute, mais on fera néanmoins remarquer que c’est bien la pratique actuelle de l’aide à mourir, dans la clandestinité parce que sans cadre légal, qui est la plus susceptible d’abus… Quant aux valeurs dites essentielles, ce sont celles des lobbys chrétiens fondamentalistes qui, pour le « respect de la vie », ont autrefois combattu le droit à l’interruption volontaire de grossesse, et qui, avec les mêmes arguments fallacieux, s’opposent aujourd’hui au droit des gens à choisir leur mort alors même que celle-ci est proche et inéluctable.
Y aurait-il au moins chez nos politiciens une relative cohérence dans leurs sentiments pour les humains et pour les animaux ?… Même pas !… Il se trouve que la Fondation Brigitte Bardot a effectué la même démarche que l’ADMD auprès des candidats à l’élection présidentielle, en leur demandant de se positionner par rapport à un projet de loi qui rendrait obligatoire, sans dérogation religieuse, l’étourdissement des animaux avant saignée. Les réponses sont aussi contrastées que celles relatives à l’euthanasie, mais… en sens inverse – on dirait un négatif de la même photographie : ce sont ici Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan qui apporteraient à ce projet un ferme soutien ; la réponse de l’UMP n’évoque que la possibilité d’un étiquetage des conditions d’abattage, certes utile pour le consommateur mais n’évitant pas la souffrance animale ; quant aux candidats du centre et de la gauche, ils n’ont même pas jugé utile de répondre, considérant sans doute qu’il ne s’agissait là que d’une « histoire grotesque, […] une invention pure et simple destinée à opposer les gens » (Jean-Luc Mélenchon) – fuite dans le déni qui cache mal la peur de déplaire aux fondamentalistes juifs et surtout musulmans, respectivement demandeurs des méthodes rituelles d’abattage « casher » et « halal », au demeurant fort similaires.
Bien entendu, ni Moïse ni le prophète Mahomet ne se sont jamais prononcés sur l’usage du pistolet d’abattage ou de l’électronarcose, pas plus que le Christ n’a jamais eu à commenter les pratiques médicales de sédation terminale et d’aide à mourir – et pour cause, ces techniques n’existaient pas dans les temps anciens, non plus d’ailleurs que le souci éthique correspondant. Si donc certains s’obstinent aujourd’hui à massacrer les animaux et à laisser agoniser les gens comme (ou à peu près comme) on le faisait il y a deux mille ans, ce n’est pas tant au nom de principes fondamentaux que par attachement à des comportements traditionnels, éventuellement sacralisés par la suite, qui trouvent leur origine dans la peur atavique de la mort et dans le défoulement de cette peur au travers de rites sacrificiels – un psychanalyste en parlerait sans doute mieux que moi. Toujours est-il que ces comportements ont la vie dure, parce qu’ils servent de faire-valoir à des groupes religieux très actifs et désireux de s’imposer face à l’ensemble de la société. Et que le paradoxe des prises de position de nos politiciens, vis-à-vis de l’ADMD d’une part et vis-à-vis de la protection animale d’autre part, n’est qu’apparent : Tous, en réalité, se soumettent, dans un même clientélisme, aux lobbys religieux dominants de leurs électorats respectifs, les catholiques pour la droite et les musulmans pour la gauche.
De ce clientélisme peut-être cynique mais sans aucun doute lucide, nous devons tirer une leçon : Il ne suffit pas qu’une opinion soit décrétée majoritaire en vertu de quelques sondages pour que cela lui confère un poids politique déterminant. Ce qui compte en la matière, ce n’est pas le nombre de quidams qui sont vaguement d’accord, mais le nombre d’électeurs qui sont susceptibles de se mobiliser pour cela. Or les 48000 adhérents revendiqués par l’ADMD sont quantité négligeable par rapport aux catholiques pratiquants (qui représentent au moins 10% de l’électorat) ; de même, ce ne sont pas les quelques milliers de signatures sur des pétitions contre l’abattage rituel qui feront le poids face à la communauté musulmane, actuellement porteuse d’environ deux millions de bulletins de vote. Quant au rêve de voir naître un parti républicain, rigoureusement laïque et anticlérical, et qui n’aurait d’autre objectif que de réaliser la volonté du peuple, c’est hélas une parfaite utopie : Le dogmatisme religieux (ou politique) sait formater de bons petits soldats pour un militantisme efficace – l’individualisme mécréant en est incapable.
Quel avenir, dans ces conditions ?… En ce qui concerne la fin de vie des humains, on peut espérer que la gauche, maintenant au pouvoir, tiendra la promesse de son candidat François Hollande ; même si la loi qui devrait en résulter s’avérait être un peu en deçà des souhaits de l’ADMD, ce serait toujours une avancée par rapport à la situation actuelle. En ce qui concerne les animaux de boucherie, en revanche, il n’y a rien à attendre de nos dirigeants, trop dépendants de la partie de leur électorat issue de l’immigration. Mais les citoyens sont aussi des consommateurs, et en tant que tels ils peuvent sinon interdire du moins limiter l’abattage rituel en refusant la viande qui en provient. Ils ont de bonnes raisons pour cela : cruauté envers les animaux, risque de contamination microbienne du produit et taxation dissimulée au profit des mosquées. À partir du moment où une pression suffisante s’exercera sur le commerce de détail, la traçabilité, pour l’instant inexistante, s’imposera d’elle-même dans l’ensemble de la filière – on n’a pas oublié l’épisode de la vache folle… Et en attendant, mangeons du porc !
Jean-Marie Blanc








