À mes frères chrétiens de France : vous n’avez pas l’impression de vous faire baiser ?

Mes chers frères,

J’emploie ce mot parce que, n’ayant pas abjuré mon baptême et malgré un parcours de mécréant qui me conduirait sans détour au poteau devant les pelotons d’exécution de vos possibles futurs maîtres, je reste imprégné de quelques valeurs en principe partagées : la compassion, le don de soi, le geste gratuit, la fraternité vraie, le respect de l’autre, telles qu’elles me furent transmises par les Évangiles. Le reste étant affaires privées.

Mes chers frères donc, vous êtes aujourd’hui dans l’oeil du cyclone. Certains, d’entre vous, nombreux, affectent de l’ignorer. Par paresse, lassitude, lâcheté. D’autres, comme ce prêtre alsacien, Vincent Steyert, qui remplace une messe par une visite à la mosquée, un Dimanche, tendent l’autre joue pour mieux sentir le vent de la dhimmitude (1). Éperdus d’hébétude, éblouis par le soleil de la pensée dominante, ils semblent attendre, dans leur sotte espérance oecuménique, que leur temple soit un jour vendu et leurs cendres dispersées, à la chandelle. Ceux-là sont entrés dans une dimension où si la simple intelligence n’y a plus accès, l’idiotie utile, en revanche, s’engouffre toutes soutanes dehors.

Je parlais du respect de l’autre. Comment pouvez-vous, si vous êtes conviés à découvrir le terrien venu d’ailleurs dans son appareil de propagande, accepter d’entrer dans l’un de ces lieux de culte où résonne, lancinante, la souffrance de tant et tant de vos frères? Regardez le monde! Au nom d’un Dieu que vous vous obstinez à croire commun, on tue vos frères et soeurs, partout. Au Nigéria, en Égypte, au Pakistan, au Liban, en Thaïlande, en Indonésie, ailleurs encore dans vingt ou trente pays. Lorsque l’on ne les tue pas, on les humilie par la censure, l’interdiction, la coercition, la terreur, le viol, l’acide lancé au visage, on les force comme des bêtes, le tout couvert chez nous par l’omerta radio-télé-ministèrielle. Vous êtes aveugles, sourds, ou quoi? Allez-vous payer encore longtemps les bouquets de chaînes d’info dont la raison d’être est de vous savoir gentiment endormis dans vos plumards high-tech à trois mille euros, dès leur soupe infâme avalée?

Je fus un enfant à qui l’on parlait, dans les années cinquante, des églises du silence. En Pologne, Hongrie, Allemagne de l’Est. Aujourd’hui, ce n’est plus de cela qu’il s’agit mais de chapelles détruites veillant des fosses communes où git l’espérance que vous avez mis en l’Homme. Où êtes-vous tandis que s’éteint le souffle dont vous prétendez êtes animés? Au cinéma? Devant la télévision qui passe en boucle, rictus de condescendance aux lèvres, la profanation de votre sanctuaire parisien par des pseudo-furies, en fait dûment salariées pour vous réduire encore plus? Aucun d’entre vous, ce jour-là, pour aider le service d’ordre de Notre-Dame à balancer ce commando parfaitement instrumentalisé au caniveau? Et vous affirmez vouloir survivre debout sur vos deux jambes, l’oeil sur la ligne bleue de l’avenir! Aveugles, sourds… seulement?

La République nous a, à tous, offert l’espace de nos libertés, charge à nous de le défendre. Ce ne fut pas sans quelques remous mais cela a fini par s’appeler paix civile. Nos générations épargnées par les guerres ont ainsi grandi en harmonie, veillé par elle, rose et réséda, croyants et athées, tous citoyens dans le jeu de la démocratie. Voyez où vous en êtes, maintenant que tout s’accélère, de votre démission face à ce que la France est en train de devenir : un champ clos où le chaos triomphe, dans les ricanements de reîtres sans conscience ni vertèbres, obsédés d’eux-mêmes, traîtres à la Nation, qui nous vendent, pour tenir la maison, de la paille en disant que c’est du chêne en poutres.

Quand une Caroline Fourest vous traite de fanatiques bons à être agressés dans vos vies pourtant bien ordinaires, justifiant ainsi en amont les violences dont vous serez un jour l’objet, vous restez muets. Quand trois cents de vos édifices sont profanés, souillés, insultés annuellement sous le regard indifférent, narquois ou méprisant des faiseurs d’opinion, vous murmurez « sacrilège » d’une voix mourante en espérant que l’on viendra à votre secours (ou que cela cessera par l’opération du Saint-Esprit?)

Naïfs! Priez donc ardemment, et ne cherchez pas du côté du pouvoir actuel ou de ses porte-voix médiatiques la béquille qui vous permettra de continuer sans boiter votre marche. Ces hommes et femmes que vous pouvez, en bons chrétiens, supposer désireux de vous aider, ont d’ores et déjà réglé votre destin. Ils ne pensent en vérité qu’à vous réduire à l’état de minorité confondue dans le brouet immangeable du vivre-ensemble, cette mangeoire à laquelle ils se sont fait leur place à coups de griffes. Ne les voyez-vous donc pas vous gaver, chaque jour, de l’évidence : votre sort en tant que communauté spirituelle est désormais intimement lié à l’éclosion, dans le jardin public, de ces fleurs du Coran que certains se plaisent à croire non carnivores. À ceci près que ces jardiniers-là, en engraissant le terreau de l’étranger, ont déjà pris leurs dispositions pour ne pas être bouffés. Ils contempleront, repus, votre descente aux abymes, puis, si ça se gâte pour de bon, ils prendront l’avion pour l’Amérique, les Seychelles ou Marrakech. Et vous abandonneront à la guerre.

Mes chers frères, vous êtes, pour parler simplement, en train de vous faire baiser. Vous louvoyez en eaux troubles, vous cherchez l’arrangement, vous pensez stratégies, c’est grand tort. L’alternative est pourtant simple : ou vous espérez secrètement (encore que cela commence à se voir ici et là) que le surgissement de l’Islam en France va vous permettre d’occuper à nouveau, à égalité avec l’intrus, la place politique que la raison républicaine a calibrée à ses justes proportions, auquel cas ce sera sans moi. Ou bien, à condition de vous souvenir de l’Histoire et de ses leçons, assumant alors votre rôle de gardiens d’une partie de cette grande saga nommée France, vous avertissez solennellement et sans délai la Nation qu’elle court le danger le plus grave de son existence (2), auquel cas je suis par avance des vôtres, avec d’autres, au combat pour sa survie.

Vous êtes à l’heure du choix. Le mien est fait depuis longtemps, comme vous pouvez le supposer.

Alain Dubos

1. « Chrétiens et musulmans, nous avons tous des frères qui nous humilient et trahissent notre foi par leurs certitudes méprisantes, meurtrières ou guerrières », glapit l’abbé sur son Bulletin paroissial. Peut-il, dans la mesure où il semble particulièrement bien informé, nous préciser les lieux où, par les temps qui courent, les chrétiens harcèlent, terrorisent, blessent, mutilent, violent, brûlent, détruisent et tuent? Il s’agirait là d’un vrai scoop.

2. Comme le fit à sa façon allusive Benoît XVI, à Ratisbone si mes souvenirs sont bons.


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