Abattage rituel : Prasquier et Moussaoui défendent des privilèges religieux contre la laïcité

Le pusillanime Nicolas Sarkozy a relancé le débat sur la viande halal en déclarant le 3 mars qu’il était favorable à l’étiquetage de la viande en fonction de la méthode d’abattage ; il s’agirait donc de préciser sur les emballages si la viande vendue dans le circuit classique est issue d’un animal égorgé sans étourdissement préalable, selon la tradition musulmane et juive, ou non.

Cette option aurait la vertu de satisfaire tout le monde ; les juifs et les musulmans pratiquants auraient la garantie de consommer de la viande casher ou halal, et ceux qui ne veulent pas se nourrir d’une viande consacrée religieusement auraient également une certitude que la viande achetée n’est ni casher, ni halal.

Pusillanime en ce domaine, notre président pour encore quelques semaines l’est, puisque Brigitte Bardot dans une lettre, lui rappelle sans égard : « Le 22 décembre 2006, vous m’écriviez : Je veux, maintenant, que les abattoirs halal s’engagent, concrètement et rapidement, dans la voie d’une généralisation de l’étourdissement préalable… Encore une promesse non tenue, encore un mensonge insupportable, comment les Français pourraient-ils encore vous croire et vous faire confiance ? » (1)

Il est effectivement difficile de faire confiance au candidat Nicolas Sarkozy, puisque les annonces au sein de son camp sont régulièrement contradictoires concernant cette question du halal. La semaine dernière encore, la députée UMP, Françoise Hostalier, a dû retirer sa proposition de loi imposant que soit précisé sur les emballages si l’animal avait été tué « après étourdissement » ou « sans étourdissement ».

Ses opposants furent par exemple, le secrétariat d’État au commerce, qui en février 2011, précisait : « Le gouvernement français n’est pas favorable à la mention obligatoire de l’abattage sans étourdissement, (…) qui pourrait stigmatiser des pratiques ayant des fondements relatifs à la liberté religieuse et serait de nature à déstabiliser les marchés de la viande de manière durable. » Et pour mettre fin définitivement à son entreprise, l’UMP a fait comprendre à sa députée qu’il ne fallait pas donner « l’impression d’embrayer sur le discours du FN » (2).

Malgré ces atermoiements, les réactions des hiérarchies religieuses juives et musulmanes sont hostiles à la proclamation du candidat Sarkozy.

Le diktat égocentrique de certains rabbins

Ainsi le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, représentant du culte juif vis-à-vis des autorités de la République et dépositaire d’une autorité morale sur l’ensemble des rabbins français, refuse l’étiquetage des viandes en fonction des méthodes d’abattage (3).

Le grand rabbin de Metz, Bruno Fiszon, vétérinaire et spécialiste des questions d’abattage au Consistoire central, surenchérit, précisant que « cette annonce suscite dans la communauté une totale incompréhension. […] La communauté juive, rejointe par les responsables musulmans, se bat depuis des années contre un tel étiquetage jugé « stigmatisant » et susceptible de susciter « un boycott » et donc un surcoût de la viande. » (4)

les rabbins Bernheim et Fiszon veulent être informés du mode d'abattage ; les autres n'ont pas besoin de savoir

Par cette déclaration, ces obsédés de Dieu nous montrent que leur seule préoccupation est une étroite satisfaction communautaro-égoïste. Ils exigent et ils obtiennent d’avoir la pleine connaissance de l’authenticité de leur viande religieuse casher ou halal, et tant mieux pour eux au nom de la liberté de conscience.

Mais ils se permettent de refuser à autrui le droit de connaître par un  étiquetage approprié si une viande achetée est certifiée ni casher, ni halal. Ainsi celui qui ne veut manger ni casher, ni halal, pour des considérations philosophiques, n’a pas le droit de satisfaire sa liberté de conscience, faute de pouvoir vérifier que la viande dont il va se nourrir n’a réellement pas été consacrée. Bel exemple de démocratie.

On perçoit bien la mentalité de ces pseudo-démocrates, qui s’ils ne rencontraient aucune opposition, ne chercheraient qu’à nous imposer leur conception théocratique du monde. Car ce n’est ni plus ni moins qu’un diktat religieux qu’ils souhaitent imposer à un pays laïque. Un comble !

Le CFCM emboîte le pas

Pour la hiérarchie musulmane, mais d’une façon moins catégorique, Mohammed Moussaoui, président du CFCM, a également exprimé ses réserves sur la proposition de Nicolas Sarkozy de mettre en place un étiquetage sur la méthode d’abattage des viandes : « Certaines associations souhaitent instrumentaliser cet étiquetage pour stigmatiser les musulmans et les juifs de France. Nous craignons qu’un étiquetage mal conçu stigmatise un mode d’abattage. » (5)

Concernant l’étiquetage, Mohammed Moussaoui, semble cependant  prêt à quelques concessions, puisqu’il rappelle que « les cultes ont également exprimé leur respect du droit du consommateur à être bien informé. Mais il est évident que le fait de dire qu’une viande a été obtenue par étourdissement ou sans étourdissement n’a rien à voir avec le fait de dire que l’animal a été assommé avec un pistolet à tige perforante ou asphyxié par gaz carbonique ou encore assommé par électrochoc. »

On lui rétorquera, que concernant ce débat du halal, d’un point de vue laïque, il ne s’agit pas de savoir quel est le mode d’abattage qui fait le moins souffrir les animaux, il ne s’agit pas plus de savoir s’il existe une différence de goût entre les différentes viandes, il ne s’agit pas de savoir si la viande abattue rituellement présente un risque accru de contamination par des germes bactériens, questions dont les réponses, pour autant, sont loin d’être inintéressantes.

Non l’enjeu principal, c’est que celui qui ne veut que consommer une viande dépourvue de toute connotation religieuse puisse le faire en toute connaissance de cause, sans être de plus obligé de verser à un sacrificateur une obole qui permettrait un renforcement du culte musulman.

Si les croyants juifs et musulmans ne sont pas capables de faire entendre ce message à leurs grands manitous, ils risquent de s’exposer à des rancœurs d’une partie de plus en plus importante de la population. Fateh Kimouche, responsable du site militant d’information du consommateur musulman, Al Kanz, l’a bien compris. Pour lui, l’étiquetage est en revanche indispensable : « C’est le manque de transparence qui alimente l’islamophobie. » (4)

Pour clore le débat, rien de mieux que de le transposer sur un autre plan qui permettra alors de parler de toute autre chose. Rien de mieux alors que de ressortir le bon vieux terme chrétien de stigmatisant. On a lu précédemment que Fiszon et Moussaoui ont qualifié l’étiquetage de stigmatisant.

Haro sur le stigmatiseur François Fillon

Aussi depuis la déclaration de François Fillon, les religieux musulmans et juifs sont tout heureux de pouvoir botter en touche. Rappelons que lundi matin, le Premier ministre, s’exprimant à titre personnel, a estimé sur Europe 1 que « les religions devaient réfléchir au maintien de traditions qui n’ont plus grand chose à voir avec l’état aujourd’hui de la science, l’état de la technologie, les problèmes de santé. Il y a des traditions qui sont des traditions ancestrales, qui ne correspondent plus à grand-chose alors qu’elles correspondaient dans le passé à des problèmes d’hygiène »  Ce fut personnellement un bonheur de l’entendre s’exprimer ainsi, ce qui contraste avec les déclarations politiciennes timorées habituelles.

Richard Prasquier moins enjoué dorénavant à l'égard du gouvernement

Aussitôt le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) Richard Prasquier s’est dit « choqué » par la déclaration « stupéfiante » de François Fillon qui a suggéré de revenir sur les « traditions ancestrales » d’abattage rituel des animaux. (6) Ayant bien envoyé sa salve culpabilisatrice dont l’objectif est d’anesthésier l’objectif sarkozien d’étiquetage, Prasquier a rajouté que « cette mesure d’étiquetage de la viande en fonction de la méthode d’abattage aurait des conséquences négatives essentiellement sur la communauté juive ». Les conséquences négatives pour les libre-penseurs de l’absence d’étiquetage ne semblent par contre pas du tout l’intéresser.

Le Conseil français du culte musulman, pour sa part, s’indigne de la proposition de François Fillon de revenir sur «les traditions ancestrales» de l’abattage rituel des animaux, et il «ne comprend pas et n’accepte pas que l’islam et les musulmans servent de boucs émissaires dans cette campagne. » (5)

Pour condamner les réflexions de François Fillon, Prasquier a invoqué la loi de 1905 pour dire qu’ « un Premier ministre, quand il s’exprime publiquement, même à titre personnel, n’a pas à s’immiscer dans des traditions religieuses. Il y a là quelque chose de désagréable, d’humiliant, et de contraire à notre tradition républicaine.» (6)

Richard Prasquier oublie que la tradition républicaine s’est enracinée à travers des luttes anticléricales et que les Combes ou Clemenceau, anciens dirigeants de notre République, étaient autrement plus féroces que le réservé François Fillon. Les moqueries vis-à-vis de l’esprit religieux furent nombreuses durant les débats préparatifs à la loi de 1905. Et il est du devoir d’un homme d’État de ne pas se prêter à la flatterie de rituels irrationnels.

Messieurs de la calotte quelle qu’elle soit, vous êtes libres de pratiquer votre culte dans le domaine privé en vous agenouillant, en vous courbant, en mangeant ce que vous voulez, mais de grâce ne vous attendez pas à ce qu’on recouvre vos sornettes de compliments.

Et si vous souhaitez être libre de pratiquer votre culte, donnez-nous également les moyens d’exercer en pleine connaissance de cause notre liberté de conscience.

Jean Pavée

 

(1)    http://www.fondationbrigittebardot.fr/s-informer/animaux-de-ferme/elevage/actualites/etiquetage-des-viandes

(2)    http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2012/03/03/abattage-rituel-pas-de-debat-a-l-assemblee-sur-la-tracabilite_1651481_3224.html

(3)    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=JhpJN2sJv3U#!

(4)    http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2012/03/05/la-volte-face-de-sarkozy-sur-le-halal-et-le-casher-inquiete-les-autorites-religieuses_1651922_823448.html

(5)    http://www.liberation.fr/politiques/01012394237-les-musulmans-ne-veulent-pas-servir-de-boucs-emissaires-dans-la-campagne

(6)    http://www.lepoint.fr/societe/halal-et-casher-fillon-critique-des-traditions-ancestrales-le-crif-se-dit-choque-par-une-declaration-stupefiante-05-03-2012-1438134_23.php


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