Aéroport de Nantes, nouvelle civilisation : joyeux Noël, Monsieur le Premier ministre

Monsieur le Premier Ministre,

A travers vous, c’est aux gouvernements successifs de la France depuis près de quarante ans que je souhaiterais m’adresser, et quelque part, de manière générale, au pouvoir exécutif mais aussi législatif de notre pays. Non pas que je pense que la Gauche et la Droite soient équivalentes. L’ouverture inconsidérée de nos frontières aux immigrés, clandestins ou non, le laxisme en matière de sécurité, l’hyper inflation des impôts et taxes, l’incompréhension des ressorts du monde économique, le sectarisme idéologique, le prêt à penser… sont selon moi plutôt l’apanage de la Gauche malheureusement, même si je concède bien volontiers que le manque de courage de la Droite fragilise la claire distinction des positionnements. En voulant gouverner pour des clientèles, on se prive, bien souvent, d’une vision de l’intérêt général de la France, qui fait alors défaut aux hommes politiques de manière générale, nonobstant les positionnements en principe différents. Désolé pour ce constat sévère qui m’affecte autant qu’il peut vous paraître sévère…

Mais laissons cela, nous l’avons déjà évoqué et nous attendons encore le sursaut auquel les français aspirent au fond d’eux-mêmes, qu’ils soient de Droite ou de Gauche, pourvu que le débat d’idées leur permette d’ouvrir les yeux sans les lunettes déformantes que leur tendent trop souvent nos chers médias affublés de leurs œillères idéologiques.

Et je ne veux pas dire ici que tout est noir quand les socialistes sont au pouvoir. La haute fonction publique qui veille au grain, parvient parfois à modérer les ardeurs partisanes de certains des ministres ou représentants parlementaires, quand, cependant, une autre partie de cette fonction publique s’ingénie à mettre en œuvre les projets les plus inconscients. Double face d’une même médaille… D’ailleurs, pour vous prouver ma bonne foi, ou ma sincérité si vous préférez,  j’aurais même aimé que la Droite puisse défendre le projet de nouvel aéroport de Nantes qui s’inscrit parfaitement dans les conclusions du rapport parlementaire GONNOT / FAVENNEC datant de 2003, « Quelle politique aéroportuaire à l’horizon 2020 ? 21 propositions pour un nouvel envol », en faveur notamment d’un renforcement des plateformes aéroportuaires de province pour éviter une hyper centralisation de l’offre aéroportuaire française. Vous voyez, je ne vous veux pas du mal !

En fait, mon propos consiste à reprendre votre reproche adressé à Gérard DEPARDIEU. Non pas tant sur la forme que sur le fond. Laissons de côté le fait que votre courroux s’abatte sans nuance ou en tout cas de manière ciblée, oubliant au passage tous ceux qui, artistes ou sportifs, ont fui de la même manière nos paysages fiscaux pour des cieux plus cléments, mais en ayant l’avantage d’avoir les faveurs de la Gauche compte tenu de leur engagement plus ou moins visible… Passons également sur le fait que, tel un commerçant qui se mettrait à injurier les clients qui ressortent de son magasin sans rien n’acheter, il serait plutôt utile de se demander pourquoi ceux-ci s’en vont (toute comparaison ayant bien entendu ses limites !). Non, je voudrais tenter d’élever le débat même si cela vous paraîtra sans doute un peu prétentieux.

En effet, deux phénomènes attirent plus particulièrement mon attention. J’avais déjà évoqué ce constat dans un article sur le grand écart de la société française dénommé « le syndrome de la girafe », publié sur le site www.alliance-republicaine-de-progres.com le 21 septembre 2011. Voyez-vous, Monsieur le Premier Ministre, en quelques décennies, Vous (au sens de l’institution que vous incarnez aujourd’hui) avez non seulement transformé les fondamentaux de notre pays par un peuplement qui, de complémentaire, prend désormais logiquement la voie d’un peuplement quasiment de substitution à finalement moyen terme de notre pays, mais vous avez aussi modifié la manière de penser sa patrie. Oh non, pas Vous tout seul, c’est un souffle puissant qui nous vient de l’après-guerre, insufflé par notre construction européenne mais aussi par une rhétorique toute onusienne. En effet, le contre point de l’idée de races consisterait à mettre à bas l’idée de Nation « homogène ». Mélangeons tout le monde en quelque sorte dans un grand melting pot et les hostilités entre groupes humains, caractérisés ces derniers siècles par l’émergence des Nations et leurs conflits récurrents, s’évaporeront d’elles-mêmes. Belle idée philosophique qui, sur le papier, se comprend bien. Mais la nature n’aime pas être bousculée. Le temps fait partie de son ADN.

Alors que voyons-nous ? En dehors de l’affirmation évidente des communautarismes qui fragilisent la cohésion de chacun de nos pays, à travers le monde d’ailleurs, nous constatons deux phénomènes à l’œuvre, aussi mortifères l’un que l’autre si l’on n’y prend garde, car synonymes de fragilisation de nos Nations et donc de délitement.

D’une part, une tendance à l’autonomie de groupes humains qui veulent se rassembler sur la base de critères géographiques et culturels, plus forts que ceux qui prévalent dans ces territoires nationaux aujourd’hui éclatés. Cela se passe aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis par exemple. Mais si ce phénomène s’amplifie, nous assisterons au renforcement de « confettis territoriaux », je vous l’accorde plus ou moins grands, et plus ou moins cohérents, mais propices à un isolement qui, un jour, risquera de déboucher sur des affrontements que je qualifierais d’inter-confettis.

D’autre part, en développant encore une fois dans une démarche philosophique compréhensible intellectuellement mais largement précipitée dans les faits, le sentiment que l’homme est finalement citoyen de bien plus qu’un Etat, mais d’un territoire plus vaste, par exemple, l’Europe ou le monde occidental (le corollaire est à rechercher du côté du monde musulman, voire hindou, voire…), chemine alors dans l’esprit humain l’idée selon laquelle, finalement, son territoire d’appartenance est bien plus vaste que le pays étroit dans lequel ses ancêtres se projetaient pour s’identifier à leur patrie. Mais oui, peu ou prou, en devenant citoyen du monde, il ne devient citoyen de nulle part. Et la révolution des technologies a incontestablement encouragé cette évolution. Ainsi, pour être concret, mais illustratif, quand vous dîtes aujourd’hui français ou allemands ou italiens,… il faudrait être aveugle ou particulièrement malhonnête pour ne pas constater que les caractéristiques physiques  visibles traditionnelles des citoyens de ces pays se sont diluées. Il me semble que c’est évident pour tout le monde. Mais quel impact sur la conscience de ceux qui ont gardé en mémoire le temps d’un pays plus homogène. Quel bouleversement ! Et, en parallèle, comme nous l’avons vu, quelle faiblesse dans l’envie d’assimilation qui avait fait la force d’une politique d’immigration intelligente, car progressive et fondée sur cette envie de devenir français, en l’occurrence, à part entière. Ce schéma se confirme dans tous les pays et cela donne le vertige.

Mais alors, c’est peut-être le sens de l’histoire, me répondrez-vous ? Peut-être, sauf que cette marche forcée va selon moi aboutir à des tensions qui se concrétiseront par des affrontements d’un nouveau genre. Guerres civiles, instabilité géopolitique de nombreuses parties du monde,… A moins, diront certains, que cette dispersion – dilution ne soit contrôlée par une organisation mondiale suffisamment puissante pour tenir les rênes de cette créature débridée.

Voilà pourquoi, fidèle à mon credo d’un progrès scientifique, non pas tout puissant (j’ai bien conscience que le progrès recèle toujours ses deux versants, positifs et négatifs, et c’est donc à la responsabilité de l’homme qu’il est fait appel pour choisir en toute liberté le bon versant), mais qui nous éclaire, je préconise de savoir trouver le bon tempo pour cette marche en avant tout à fait révolutionnaire dans l’histoire de notre humanité à cette échelle et dans un tel cadre considéré comme pacifique.

Mais, de grâce, ne refusez pas de voir le résultat de Votre création et ne vous étonnez pas de découvrir des citoyens qui désertent leur pays pour s’installer dans un territoire plus accueillant à leurs yeux dans un monde qui est désormais totalement leur selon eux aujourd’hui.

Me comprenez-vous ? Je n’ai pas de solution miracle. J’appelle juste à une prise de conscience vis-à-vis de ces phénomènes pour nous éviter des incompréhensions et donc des erreurs de conduite pour l’avenir proche et pas seulement lointain.

Voilà Monsieur le Premier Ministre, ce que je souhaitais confier à celui qui définit la politique de la Nation, auprès du Président de la République. Bien entendu, je n’oublie pas que vous êtes selon nos institutions le bouclier censé protéger celui qui incarne au premier chef la politique de la France. Et, comme tout observateur éclairé, personne n’est dupe de la réalité de votre marge de manœuvre même si, aujourd’hui, par rapport à hier, les faux semblants sont plus forts car les personnalités sont effectivement différentes (vous nous direz un jour ce qui est préférable, un dialogue franc et direct ou une valse à mille temps comme aurait dit Jacques BREL en son temps…).

Je ne suis pas sûr en tout cas que ces enjeux précédemment exposés aient bien été intégrés dans votre corpus d’idées. Puis-je me permettre de vous encourager à explorer ces quelques pistes de réflexion que je vous livre avec toute l’honnêteté intellectuelle qui me caractérise même si je concède volontiers avec une modestie non feinte, car acceptée, les faiblesses de ma propre pensée en la matière, notamment pour définir la voie la mieux adaptée à suivre.

A défaut de pouvoir vous demander de changer tous vos repères intellectuels, ouvrez grand le champ de la réflexion à ceux qui en ont les capacités, et ensuite, ma foi, ce sera à vous de prendre vos responsabilités, en principe dans le temps républicain et démocratique qui vous a été imparti par vos compatriotes…

Joyeux Noël Monsieur le Premier Ministre ! Profitez-en bien…

Respectueusement.

Patrick CLEMENT

Print Friendly

Derniers articles du même auteur :



Ce contenu a été publié dans CETTE GÔCHE N'EST PLUS LA GAUCHE. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.