Al Andalus ou l’empreinte maure

Al Andalus est le nom donné par les maures à la péninsule ibérique envahie par eux en 712. Au fil des huit siècles d’occupation, la Reconquista chrétienne a repris les territoires occupés. Elle est partie du nord du pays, dès l’invasion et a progressé vers le sud jusqu’au siège ultime de Grenade, en 1482. Cette dernière province colonisée, celle de Grenade, a hérité du nom qui désignait tout le territoire. Al Andalus s’est réduit à L’Andalousie.
La Reconquista s’est donc achevée là aux abords de Grenade. Il a fallu dix ans de siège pour que les Rois Catholiques, Alfonso d’Aragon et surtout Isabelle de Castille reprennent ce dernier bastion maure. Les chrétiens ibériques ont donc mis presque huit siècles à reconquérir leur péninsule. A partir de 1492, après l’expulsion des Maures et des Juifs, se constitue ce qui sera la nation espagnole. La même année 1492, la reine Isabelle autorisait Christophe Colon à entreprendre pour le compte de la monarchie espagnole son périple vers l’Ouest afin de trouver une autre route vers les Indes. La Méditerranée, devenait impraticable à cause des pirateries barbaresques. Le commerce des épices alors vital pour les Européens, était menacé par les ottomans. On ne sait pas assez que Christophe Colon en cherchant une nouvelle route pour le transport des épices d’Orient et en découvrant par hasard l’Amérique, a sauvé l’Occident et la chrétienté de la menace arabo musulmane, alors incarnée dans le puissant empire ottoman. .
Cette année 1492 est donc cruciale pour la survie de l’Occident. Elle a vu la fin de l’invasion maure en Espagne et les prémisses d’un nouveau souffle pour la civilisation occidentale, sauvée par cette ouverture à l’Ouest. Moins connue que les Croisades, cette période historique illustre l’affrontement millénaire de l’occident chrétien et de l’orient musulman. Rien d’étonnant à ce qu’il se reproduise aujourd’hui sous d’autres formes. Dénier l’existence de cet ancestral conflit de civilisations, comme le font nos beaux esprits , relève d’une ignorance grave de l’Histoire et de ses retours.
Chaque fois que je retourne en Andalousie où je viens de passer un mois, je suis frappée par la forte empreinte laissée par les arabes, cinq siècles après leur expulsion définitive. Il y a bien sûr l’architecture monumentale, l’Alhambra de Grenade, la Mezquita de Cordoue, la Giralda de Seville. Mais c’est tout l’habitat andalou qui évoque l’Arabie : maisons organisées autour d’un patio intérieur égayé d’une fontaine, rejas ( grilles) à toutes les fenêtres, blancheur aveuglante des murs crépis à la chaux, azulejos ( carreaux de faïence ). Rappelons que ce sont les Maures qui ont introduit l’irrigation dans la péninsule, par le moyen des canaux d’irrigation ( acequias ). On leur doit d’avoir initié la circulation de l’eau et transformé en huertas ( surfaces cultivées ) les étendues desséchées de l’est et du sud.
Que dire de la langue espagnole gutturale, traversée par les accents rudes et les vocables d’origine maure ? .Toute une province d’Andalousie, la Axarquia,( le x est l’ancêtre de la jota, si difficile à prononcer pour les gosiers français ) est parsemée de ces magnifiques villages blancs qui tous ont des noms arabes : Almachar, Benagalbon, Benamargosa, Alfarnatejo, Alcaucin, Benalmadena…
Le flamenco lui-même conserve des accents propres au caractère litanique de la musique arabe. Quant au type physique des andalous il rappelle parfois celui des maghrébins. Les Andalous sont petits, sombres de peau, les cheveux et les yeux noirs.
L’Andalousie garde des vestiges d’une civilisation arabo musulmane florissante. Elle a existé. Elle n’est plus. Le désert originel a repris le dessus sur les hommes. Mais le monde arabe nourrit la nostalgie de ce qu’il a été. Tout comme l’Espagne s’est enfermée jusqu’au XXe siècle dans la nostalgie de sa puissance incarnée par le Siècle d’Or., qui s’est achevé au XVIIe siècle. La djellaba des rois du pétrole dissimule une momie exsangue qui tombera en poussière. Le tout est, en attendant, de ne pas la laisser contaminer le monde de ses messages de mort.

Anne Zelensky

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