Alain Duhamel : le Tartuffe dans toute sa splendeur

Publié le 6 juin 2011 - par - 1 198 vues
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Toujours puant de suffisance et dégoulinant de bien-pensance, M. Duhamel nous a gratifié récemment, dans « On refait le monde » sur RTL, d’une tirade aussi scandaleuse sur le fond que minable sur la forme.

« Moi, ce qui me frappe dans la démarche de Marine Le Pen, mais j’avais déjà observé ça justement à propos de la guerre de Libye, c’est à quel point l’extrême droite se présente comme ultra-nationaliste, comme le symbole des nationalistes français. Ils ont maintenant un rapport avec le patriotisme complètement biaisé. C’est-à-dire que, d’une part, quant à l’intervention en Libye pour aider une révolution démocratique, en gros, l’ensemble des partis politiques français, en tout cas représentés au parlement, qu’ils soient de gauche ou de droite, trouvent que c’est assez légitime et que, si ça peut effectivement nous débarrasser de Kadhafi, et puis ensuite avoir un effet de contagion autour, ce serait une très bonne chose. Non ! il y a un parti qui s’y oppose qui est l’extrême droite de Marine Le Pen. Elle dit : “Non, non, non, on est contre. D’abord ça ne nous regarde pas. Et puis tout ça c’est des histoires d’Arabes. Ca ne nous intéresse pas. Ca ne nous concerne pas. On ne veut pas le savoir.” Par ailleurs, quand elle s’en prend aux binationaux : qui sont les plus nombreux des binationaux, sinon les descendants de ceux qui, pendant deux guerres, deux guerres mondiales, se sont battus dans les armées françaises, et qui d’ailleurs aujourd’hui fournissent souvent beaucoup des volontaires, notamment de rang d’ailleurs, dans l’armée, y compris ceux qui sont en ce moment en Afghanistan ou ailleurs. Je veux dire, les patriotes, c’est eux aujourd’hui et le fait que l’extrême droite maintenant ait l’air de rejeter ça, y rejettent ceux que, théoriquement, y sont censés admirer le plus. Là je trouve qu’y a une volonté en permanence, pour être à contre-courant, de déchirer ce qui théoriquement est leur propre fond de commerce. Ce qui prouve d’ailleurs tout simplement, qu’y cherchent des effets de publicité et évidemment pas de la logique intellectuelle dont y se contrefichent. »

Tout est tellement faux, absurde et ridicule qu’il est impossible de commenter d’un bloc cette tirade d’anthologie qui figurera, bien sûr, à son acte d’accusation. Reprenons donc point par point.

« Moi, ce qui me frappe dans la démarche de Marine Le Pen, mais j’avais déjà observé ça justement à propos de la guerre de Libye, c’est à quel point l’extrême droite se présente comme ultra-nationaliste, comme le symbole des nationalistes français. »

Observons que le Front National s’est toujours défendu, et aujourd’hui plus que jamais, d’être un parti d’extrême droite. Mais la raison pour laquelle Tartuffe persiste à lui coller cette étiquette n’échappe à personne.

Ensuite, nationalisme ou patriotisme, sur le plan national, c’est la même chose. Nationalistes et patriotes conséquents, authentiques, ont le même idéal égalitaire, un idéal de gauche. Nul ne peut se dire nationaliste ou patriote s’il prône l’oppression de ses concitoyens, de ses compatriotes. C’est vis-à-vis des étrangers que leurs attitudes peuvent être différentes. D’où la célèbre phrase de Romain Gary : « Le patriotisme, c’est l’amour des siens. Le nationalisme, c’est la haine des autres. » Le nationalisme porte donc davantage au bellicisme que le patriotisme, quoique, quand la patrie est en danger, ils fassent front commun. « La haine des autres » ne doit d’ailleurs pas être confondue avec « le rejet des envahisseurs » sous peine de faire des étrangers des saints dans toutes les circonstances, d’assimiler les réactions légitimes face à eux à de la démence et de détruire par ce sophisme les défenses immunitaires du corps social.

En l’occurrence, la position du Front National relève davantage du patriotisme que du nationalisme : il demande que l’immigration qui tourne à l’invasion soit stoppée, ce qui est parfaitement légitime alors que les Français n’ont jamais été consulté en la matière ; pour autant, il ne rejette pas les Français d’origine étrangère, pour peu qu’ils aiment réellement la France ; il n’a même aucune haine envers les étrangers, pour peu qu’ils restent à leur place ; il ne rejette finalement que ceux qui veulent manger à tous les râteliers, qui se croient en pays conquis, qui constituent à la fois un poids et un danger pour la France.

« Ils [le Front National] ont maintenant un rapport avec le patriotisme complètement biaisé. C’est-à-dire que, d’une part, quant à l’intervention en Libye pour aider une révolution démocratique, en gros, l’ensemble des partis politiques français, en tout cas représentés au parlement, qu’ils soient de gauche ou de droite, trouvent que c’est assez légitime et que, si ça peut effectivement nous débarrasser de Kadhafi, et puis ensuite avoir un effet de contagion autour, ce serait une très bonne chose. »

Pour que le rapport du Front National avec le patriotisme soit complètement biaisé, parce qu’il refuse de soutenir la guerre en Libye, encore faudrait-il que le patriotisme soit belliciste par nature. Or, il se trouve que les grandes figures de la gauche n’étaient pas va-t-en-guerre, à commencer par Robespierre, le père de la gauche française. On se souvient qu’il s’opposa de toutes ses forces à la guerre voulue par la Cour et les Girondins, alors que lui-même n’était plus député. Ses efforts furent vains, mais les vérités qu’il énonça demeurent.

« La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis. » (Aux Jacobins, 2 janvier 1792)

« J’accuse Cloots d’avoir augmenté le nombre des partisans du fédéralisme. Ses opinions extravagantes, son obstination à parler d’une République universelle, à inspirer la rage des conquêtes, pouvaient produire le même effet que les déclamations et les écrits séditieux de Brissot et de Lanjuinais. Et comment Cloots pouvait-il s’intéresser à l’unité de la République, aux intérêts de la France ; dédaignant le titre de citoyen français, il ne voulait que celui de citoyen du monde. Eh ! s’il eût été bon Français, eût-il voulu que nous tentassions la conquête de l’Univers ? Eût-il voulu que nous fissions un département français du Monomotapa ? Eût-il voulu que nous déclarassions la guerre à toute la terre et à tous les élémens ? » (Aux Jacobins, 12 décembre 1793)

Voilà un vrai discours de gauche ! Il y a loin entre ceci et les déclamations de la gaucherie.

Que fait donc aujourd’hui l’armée française en Libye, sans mandat de l’Assemblée ? La France n’avait-elle pas d’intervention plus urgente à engager, comme, par exemple, s’opposer au débarquement de milliers de Tunisiens à Lampedusa ? Sachant que la plupart de ces clandestins voulaient venir en France qui n’a plus ni les moyens ni l’envie de les accueillir, notre intérêt n’était-il pas de les refouler, par la force si nécessaire. C’est d’ailleurs ce qu’avait préconisé Marine Le Pen au grand dam des Tartuffe du monde politico-médiatique. « Risquer de blesser un clandestin pour protéger la France, vous n’y pensez pas ! Allons plutôt casser du bougnoule en Libye. La France n’y a aucun intérêt et une guerre la ruinera un peu plus ! » « Le patriotisme » selon Duhamel ressemble fort à la trahison selon Robespierre.

« Si tous les cœurs ne sont pas changés, combien de visages sont masqués ! combien de traîtres ne se mêlent de nos affaires que pour les ruiner ! Voulez-vous les mettre à l’épreuve, demandez-leur, au lieu de serment et de déclaration, des services réels ?Faut-il agir ? Ils pérorent. Faut-il délibérer ? Ils veulent commencer par agir. Les temps sont-ils paisibles ? Ils s’opposeront à tout changement utile. Sont-ils orageux ? Ils parleront de tout réformer, pour bouleverser tout. Voulez-vous contenir les séditieux ? Ils vous rappellent la clémence de César. Voulez-vous arracher les patriotes à la persécution ? Ils vous proposent pour modèle la fermeté de Brutus ; ils découvrent qu’un tel a été noble, lorsqu’il sert la république ; ils ne s’en souviennent plus dès qu’il la trahit. La paix est-elle utile ? Ils vous étalent les palmes de la victoire. La guerre est-elle nécessaire ? Ils vantent les douceurs de la paix. Faut-il défendre le territoire ? Ils veulent aller châtier les tyrans au-delà des monts et des mers. Faut-il reprendre nos forteresse ? Ils veulent prendre d’assaut les églises et escalader le ciel. Ils oublient les Autrichiens pour faire la guerre aux dévotes. Faut-il appuyer notre cause de la fidélité de nos alliés ? Ils déclameront contre tous les gouvernemens du monde, et vous proposeront de mettre en état d’accusation le grand Mogol lui-même. Le peuple va-t-il au Capitole rendre grâce de ses victoires ? ils entonnent des chants lugubres sur nos revers passés. S’agit-il d’en remporter de nouvelles ? Ils sèment, au milieu de nous, les haines, les divisions, les persécutions et le découragement. Faut-il réaliser la souveraineté du peuple et concentrer sa force par un gouvernement ferme et respecté ? Ils trouvent que les principes du gouvernement blessent la souveraineté du peuple. Faut-il réclamer les droits du peuple opprimé par le gouvernement ? Ils ne parlent que du respect pour les lois, et de l’obéissance due aux autorités constituées. » (5 février 1794)

M. Duhamel nous refait le coup de la démocratie. L’Afghanistan et l’Irak furent de tels succès ! Il faut donc remettre le couvert en Libye. Robespierre l’a dit, l’expérience l’a montré : la démocratie ne s’impose pas de l’extérieur. Que connaissons-nous, du reste, de la démocratie ? Des millions d’électeurs français ne sont pas représentés à l’Assemblée et les partis présents se sont tous accordés comme larrons en foire pour passer outre la volonté du peuple français exprimée en 2005 au sujet du traité constitutionnel européen, preuve éclatante qu’ils ont usurpé la souveraineté nationale.

A ce propos, rappelons les principes de Jean-Jacques Rousseau, le père de la démocratie : « La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. » (Du Contrat Social, Livre III, Chap. 15, Des députés ou représentants)

Avant de vouloir donner des leçons de démocratie au monde, si nous commencions par l’établir véritablement chez nous ! Apprenez donc, M. Duhamel, que notre système politique est une démocrature et que, par conséquent, tous vos prétextes soi-disant démocratiques sont des sophismes. Tout chez vous et vos pareils n’est d’ailleurs que sophismes. Vous pensez être passé maître dans l’art de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais vos impostures ne trompent que les sots et les ignorants. Pour juger du caractère d’une politique, il est un moyen simple, c’est de se référer à la Constitution de 1793 qui fut rédigée par des patriotes d’une autre trempe que la votre.

Des rapports de la République française avec les nations étrangères

Art. 118. – Le Peuple français est l’ami et l’allié naturel des peuples libres.

Art. 119. – Il ne s’immisce point dans le gouvernement des autres nations ; il ne souffre pas que les autres nations s’immiscent dans le sien.

Art. 120. – Il donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté. – Il le refuse aux tyrans.

Art. 121. – Il ne fait point la paix avec un ennemi qui occupe son territoire.

Ainsi, les positions de Marine Le Pen que vous situez à l’extrême droite sont (systématiquement) plus conformes que les vôtres à celles des révolutionnaires qui ont fondé la gauche et incarné le patriotisme. Vous voilà démasqué ! Vous n’invoquez le patriotisme que pour salir les patriotes et trahir la patrie. Vous martelez « extrême droite » pour faire croire que, vous, vous êtes « de gauche ». Vous vendez en douce le contraire de ce que vous étalez.

Chacune de vos phrases vérifie ce constat. N’êtes-vous pas de ceux qui fustigent la France pour son passé colonial ? Or le colonialisme, inspiré par la gauche d’alors, consistait à apporter la lumière occidentale aux pauvres sauvages. C’était un mélange d’orgueil et de mépris. Notons que le prétexte de l’aventure fut de mettre un terme l’asservissement massif des Noirs par les Arabes. Avouez que cela ressemble fort à votre campagne militaire pour aider les pauvres Libyens à se libérer d’un méchant dictateur et instaurer la belle « démocratie » comme chez nous. En d’autres circonstances, en cas de famine ou de massacre, vous prôneriez à coup sûr l’ingérence humanitaire. En somme, vous ne concevez pas de vous occupez de vos seules affaires ; il faut à tout prix, pour vous donner bonne conscience, que vous vous mêliez et que vous entraîniez la France à se mêler des affaires des autres peuples, trop abrutis sans doute pour les gérer tous seuls. Cela n’est jamais que du néo-colonialisme : même orgueil, même mépris des peuples, seules les méthodes ont changé.

Remarquez que les dérèglements en Afrique, notamment démographiques et territoriaux, sont déjà en grande partie la conséquence de notre interventionnisme passé, un interventionnisme que vos pères avaient prôné et que vous blâmez aujourd’hui tout en le conseillant à nouveau. Or vous invoquez le passé colonial de la France, en noircissant le tableau, pour obliger les Français qui n’y furent pour rien à se repentir éternellement de cet épisode et à accepter sans sourcier l’immigration effrénée que vous leur imposez. En supposant même que les Français dans leur ensemble furent responsables de la colonisation, comment pouvez-vous avoir le front de les en blâmer alors que vous ne vous êtes toujours pas départi de l’esprit colonialiste ? Et comment pouvez-vous être sans pitié pour eux et plein de compréhension pour les immigrés qui, vu leur nombre, colonisent la France comme la France n’a jamais colonisé personne ? En vérité, vous n’êtes pas contre la colonisation puisque vous êtes un colonialiste, puisque vous encouragez même la colonisation du pays censé être le votre : vous êtes seulement un individualiste qui cache son mépris des peuples sous un masque d’amour universel insipide, et un ennemi du peuple français à qui tout prétexte est bon pour lui nuire.

« Non ! il y a un parti qui s’y oppose qui est l’extrême droite de Marine Le Pen. Elle dit : “Non, non, non, on est contre. D’abord ça ne nous regarde pas. Et puis tout ça, c’est des histoires d’Arabes. Ca ne nous intéresse pas. Ca ne nous concerne pas. On ne veut pas le savoir.” »

Quelle bassesse ! Comme cette position conforme aux adages français et au bon sens populaire (« Il faut balayer devant sa porte. » « Chacun chez soi, et les vaches seront bien gardées. » « Charité bien ordonnée commence par soi-même. ») est bien moins critiquable que celle qui consiste à croire que tout ce qui se passe dans le monde nous regarde, que nous devons mettre notre grain de sel partout, que nous devons obéir au doigt et à l’œil à des élites qui nous bourrent le mou en permanence, comme votre position est finalement moins cohérente et moins patriotique que celle de Marine Le Pen, vous détournez l’attention de vos arguments ineptes en lui prêtant des considérations racistes, illustrant en cela le mot de Paul Valéry : « Qui ne peut attaquer le raisonnement attaque le raisonneur ». Quand on en est réduit à utiliser des procédés aussi malhonnêtes, aussi pitoyables, aussi ridicules… tiens ! tout est dit.

« Par ailleurs, quand elle s’en prend aux binationaux : qui sont les plus nombreux des binationaux, sinon les descendants de ceux qui, pendant deux guerres, deux guerres mondiales, se sont battus dans les armées françaises, et qui d’ailleurs aujourd’hui fournissent souvent beaucoup des volontaires, notamment de rang d’ailleurs, dans l’armée, y compris ceux qui sont en ce moment en Afghanistan ou ailleurs. Je veux dire, les patriotes, c’est eux aujourd’hui et le fait que l’extrême droite maintenant ait l’air de rejeter ça, y rejettent ceux que, théoriquement, y sont censés admirer le plus. »

Y’a bon le baratin ! Le couplet émotionnel maintenant ! Si j’avais la naïveté de vous prendre encore pour un intellectuel, M. Duhamel, je m’étonnerais de vous voir en appeler systématiquement au cœur au lieu de faire marcher votre tête. Pour votre gouverne, dénoncer une aberration légale n’est pas s’en prendre à ceux que la loi a mis dans l’embarras. S’interroger sur la binationalité n’est pas s’en prendre aux binationaux ! ll est évident que la double voire la triple nationalité pose des problèmes d’identité et soulève des questions quant à la fidélité des intéressés envers les nations concernées. Au cas où vous ne le sauriez pas ou, plutôt, puisque vous faites mine de ne pas le savoir, je vous signale que la nationalité confère les droits politiques, c’est-à-dire le droit de contribuer (bien faiblement aujourd’hui) à la formation des lois, à leur application et à la gestion de la cité. Autrement dit, le gouvernail de la nation est entre les mains des nationaux. Il va de soi qu’elle ne peut le confier à des étrangers qui, par nature, ne voient pas les choses sous le même angle qu’elle et poursuivraient leurs intérêts au lieu d’œuvrer dans le sien. Ce principe est admis par toutes les nations du monde.

Mais la législation française permet, dans certains cas, d’avoir plusieurs nationalités. Or, par définition, on ne peut être français à part entière quand on a deux nationalités, quand on est partagé entre deux nations. En pratique, il est possible de n’être que Français dans sa tête, mais, si c’est le cas, Dieu seul le sait ! On peut aussi se sentir Français en vivant à l’étranger et se sentir étranger, quoique ayant la nationalité française, en vivant en France. Il est donc légitime que la France qui a eu le tort de permettre cette hérésie rectifie son erreur, abolisse la binationalité et intime aux binationaux de choisir leur camp. (J’ajoute qu’il serait bon que l’acquisition de la nationalité soit assujettie à des critères et sa conservation, à des devoirs.) Ainsi la situation de chacun serait claire pour tout le monde. Français, étranger, peu importe ! Il n’y aurait plus d’hypocrisie et tout le monde serait respecté pour ce qu’il est. S’opposer à cette clarification ne fait qu’entretenir la confusion et la défiance légitime. Ce n’est donc pas s’en prendre aux binationaux que d’être contre la binationalité ; c’est précisément l’inverse ; c’est vouloir éliminer les raisons qui existent aujourd’hui de s’en prendre à eux.

Ainsi, M. Duhamel, vous voilà pris à nouveau la main dans le sac. Vous essayez de faire pleurer dans les chaumières sur le sort des binationaux alors que vous voulez les maintenir dans une situation inconfortable d’un point de vue personnel et ambiguë d’un point de vue national. Vos amis soi-disant antiracistes font de même avec les immigrés en général : ils les flattent par devant, et les entubent par derrière. Comme vous, ils interdisent tout débat sur l’immigration pour ne pas soi-disant stigmatiser les immigrés qui, ce faisant, sont les premiers à prendre dans la gueule tous les problèmes qu’elle suscite et que la mièvrerie des immigrationnistes propres sur eux empêche de résoudre.

Le reste de votre diatribe est du même acabit. Les binationaux sont les descendants de ceux qui ont versé leur sang pour la France, et blablabla. Quel rapport ? Les descendants des G.I. américains qui ont débarqué en France sont-ils français ? Les descendants des volontaires des Brigades internationales qui se sont battus en Espagne sont-ils espagnols ? Qu’un pays accorde la nationalité aux hommes qui se sont battus pour lui et qui la demandent est une chose ; qu’il la leur impose en est une autre. Qu’il la décerne d’office à leurs héritiers est encore plus absurde. En république, les droits se méritent individuellement. Un système dans lequel les droits s’héritent est aristocratique.

Maintenant, me direz-vous, supprimer la binationalité revient à retirer la nationalité française à ceux qui l’ont. Pas du tout ! C’est leur demander de choisir dans le cas où ils auraient une autre nationalité. S’ils sont français de cœur et d’esprit, s’ils sont patriotes, comme vous le dites, leur choix est fait. S’ils sont autre chose dans leur tête, l’abandon de la nationalité française ne leur coûtera rien (d’un point de vue sentimental) ; ils auront simplement accordé leur état civil à leur état moral. S’ils ne savent pas où ils se situent, s’ils ne tranchent pas, alors, et alors seulement, la détention d’une autre nationalité invalidera de facto la nationalité française, libre à l’autre pays de leur conserver leur seconde nationalité.

Encore une fois, la France ne doit reconnaître de droits politiques qu’aux individus qui se sentent français et confondent leurs intérêts et leur destin avec les siens. Or, de son point de vue, il n’y a aucune différence entre un étranger et un individu qui, bardé de plusieurs nationalités, se demande s’il est français et ne l’est donc manifestement que sur le papier. La binationalité est d’autant plus scandaleuse que la nationalité française qui confère des droits n’implique aujourd’hui aucun devoir, qu’elle ne repose non plus sur aucun critère identitaire ou culturel, bref, qu’elle ne témoigne en rien d’un attachement à la France. C’est donc un bien faible gage de fidélité envers la France que d’exiger des binationaux qu’ils optent pour la nationalité française. C’est la moindre des choses, mais c’est trop déjà, semble-t-il, pour ceux qui n’en ont rien à foutre de la France.

La France n’a pas à dire aux uns et aux autres ce qu’il sont ; elle n’a pas non plus à pâtir de leurs dilemmes ; c’est à eux de faire des choix et de les assumer. Elle doit faire en fonction de ses intérêts et des principes. Il est vrai qu’il y aurait bien d’autres principes à appliquer. Mais ce n’est pas parce que la plupart d’entre eux sont violés qu’il faut se résigner et insulter ceux qui les rappellent et proposent de les réintroduire petit à petit.

Enfin, où êtes-vous allé pêcher, M. Duhamel, que les militaires de carrière étaient nécessairement de super-patriotes, que les patriotes devraient regarder comme le summum du patriotisme le métier des armes ? Il est au contraire dans la nature du patriotisme de se défier des militaires qui, bien souvent dans l’histoire, ont servi bon gré malgré à opprimer le peuple. L’armée est l’instrument du gouvernement et elle obéit généralement à la voix de son maître.

Vous confondez « défendre la patrie » qui, pour un patriote, est le devoir de tout citoyen, et « porter l’uniforme » qui, pour un soldat, est un moyen d’existence. Qu’il y ait des patriotes dans l’armée, que le patriotisme inspire à certains la vocation militaire, c’est certain. Mais de-là ne découle pas que tous les militaires sont patriotes. Il y a des patriotes dans l’armée comme ailleurs, et il y en a bien plus ailleurs que dans l’armée. Le patriotisme bien compris est surtout dans le peuple, dans la France d’en bas, car, comme le dit Jaurès, « la patrie est le seul bien des pauvres ». Peuple, patrie, c’est la même chose. Voilà pourquoi les patriotes courent aux armes quand la patrie est en danger : parce que la patrie, c’est eux. Voilà pourquoi il y a dans le patriotisme une dimension guerrière : parce que le peuple le peuple n’a d’autre ami et sauveur que lui-même. Mais « guerrière » ne veut pas dire « militaire ».

Voyez la bêtise avec laquelle vous illustrez vos propos : les binationaux de l’armée françaises sont patriotes puisqu’ils se battent… en Afghanistan et ailleurs. La France, M. Duhamel, est circonscrite par le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées et l’Atlantique. On la défend quand on se bat sur son territoire, contre un envahisseur ; on sert les combinaisons secrètes du gouvernement quand on se bat en dehors, contre de soi-disant ennemis qui ne menacent en rien le peuple français. Encore une fois, qu’il y ait des patriotes dans l’armée française est une chose ; mais que se battre en Afghanistan soit la quintessence du patriotisme français, voilà une affirmation qui fait plus que laisser pantois : elle révèle jusqu’où vous êtes prêts à descendre dans la malhonnêteté intellectuelle pour tromper le peuple et complaire au système qui vous nourrit grassement.

« Là, je trouve qu’y a une volonté en permanence, pour être à contre-courant, de déchirer ce qui théoriquement est leur propre fond de commerce. Ce qui prouve d’ailleurs tout simplement, qu’y cherchent des effets de publicité et évidemment pas de la logique intellectuelle dont y se contrefichent. »

Toutes ces contradictions que vous prétendez déceler ne devraient-elles pas vous inciter, M. Duhamel, à remettre en cause vos certitudes au sujet du Front National et à balayer devant votre porte ? Tous vos postulats sont faux ; toutes vos conclusions sont grotesques. J’ai montré que les positions de Marine Le Pen ne sont pas d’extrême droite, mais de gauche authentique, que le système politique actuel n’est pas une démocratie, mais une démocrature, que la nationalité n’est pas un sujet secondaire, mais fondamental, que la binationalité n’est pas une broutille, mais une hérésie, que le patriotisme n’est pas belliqueux, mais pacifique, que l’interventionnisme n’est pas du patriotisme, mais du colonialisme. Se pose donc la question : prenez-vous systématiquement le contre-pied de Marine Le Pen par convention ou par conviction ? Dans le premier cas, vous attaquez des idées de gauche bêtement, dans le second, vous prônez des idées de droite hypocritement, dans tous les cas, vous êtes un Tartuffe.

Philippe Landeux

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