Angela Merkel refuse le principe de la double nationalité, alors que Tuot spolie la nationalité française

Le rapport Tuot, portant sur les politiques d’intégration à venir, qui vient d’être remis au premier ministre Ayrault, minimise l’importance de la nationalité française, reconnaissant que son acquisition ne facilite pas pour autant l’intégration. Or, quelques dizaines de pages plus loin, le même rapport, signé et rédigé par l’unique conseiller d’Etat Thierry Tuot, requiert paradoxalement et contradictoirement un octroi beaucoup plus aisé de cette même nationalité. Il faudrait savoir !

Le même Tuot a une vision catastrophiquement réductrice de la nationalité. « Être français c’est exercer des droits civiques. […] C’est tout. » Et au cas où nous n’aurions pas compris que l’attachement aux valeurs qui ont permis l’adhésion des générations antérieures (immigrés comme Français d’origine) aux valeurs républicaines n’ont plus aucun rapport avec une identification à la nationalité, Tuot enfonce le clou et ironise voyant dans les « Valeurs Suprêmes », « Droits et Devoirs ! Citoyenneté ! Histoire ! Oeuvre ! Civilisation Française ! Patrie ! Identité ! France ! », « une invocation rituelle, chamanique », « clinquante », inopérante aujourd’hui.

On frissonne par avance que le gouvernement puisse se laisser convaincre de ce pauvre argumentaire. Accorder la nationalité sans demander l’adhésion à des valeurs qui ont fait le ciment antérieur de la société française est proprement suicidaire. C’est pourtant ce qui se produit déjà depuis une trentaine d’années, avec les résultats déplorables que l’on connaît. Non seulement l’intégration ne fonctionne plus, mais la société française se trouve en plus confrontée à un risque de désintégration. Le seul moyen d’échapper à cette dernière est d’opérer rapidement un retour à l’acquisition de ces valeurs.

En effet, la société française n’enseignant et ne présentant plus aux immigrés et à leurs enfants nés en France l’attractivité des valeurs tricolores, brocardées par l’inconséquent Tuot, ceux-ci se tournent vers les valeurs de leurs racines culturelles. Ce d’autant plus naturellement qu’elles sont encensées par la bien-pensance, alors que montrer un attachement aux valeurs culturelles françaises est présenté comme ringard.

La double nationalité permise par le droit français va dans ce sens. Selon les tenants de la doxa immigrationniste  qui ne voient même pas la partialité illogique de leur raisonnement, il est légitime qu’un immigré ait la double nationalité. L’ancienne nationalité est conservée par fidélité à des valeurs culturelles traditionnelles et par attachement à l’identité de leurs ancêtres. Et cela est perçu honorablement par les Tuot et consorts. Par contre, la deuxième nationalité, la nationalité française ne servira qu’à l’usage des droits civiques. Ces deux nationalités ne pourront donc pas être en situation d’équité. Au jeu de la confrontation sentimentale, la nationalité d’origine l’emportera forcément sur la nationalité française, cette dernière n’ayant rien d’autre à apporter qu’une mécanique civique, dépourvue d’affects.

L’usage de la double nationalité est donc à manier avec précaution. Telle qu’elle s’effectue actuellement, elle n’est pas satisfaisante, mais plus en égard de l’octroi d’une nationalité française détachée d’un réel sentiment d’identification aux valeurs françaises.

En Allemagne, point de ces états d’âme boboïdes. Du moins au sein des partis CDU et CSU. Car une brèche vient d’être ouverte avec une ministre libérale (FDP), confondant sans doute les flux de capitaux et les flux d’immigrés, qui a récemment proposé de faciliter l’accès à la double nationalité. Elle rejoint ainsi les positions de nombreux membres de la gauche allemande (SPD, Grünen).

Mais Angela Merkel a été intraitable. Et l’UMP ferait bien de s’en inspirer. Avant un voyage en Turquie le week-end prochain, elle s’est dépêchée de tuer dans l’œuf le débat naissant sur la double nationalité. Rappelons que les enfants nés en Allemagne de parents étrangers peuvent désormais garder les deux nationalités jusqu’à leur majorité. Mais entre 18 et 25 ans, ils doivent choisir. Sauf si leurs parents sont des ressortissants de l’Union européenne, suisses, ou viennent d’un pays qui ne permet pas de renoncer à sa nationalité.

Angela Merkel prend au sérieux les propos d'Erdogan accompagné de Mme à Hanovre en 2007

Angela Merkel prend au sérieux les propos d’Erdogan, accompagné de Mme, à Hanovre en 2007

Il est vrai que le contexte germano-turc a rendu la tâche plus aisée à Mme Merkel. Les déclarations répétées du premier ministre turc, Erdogan, vitupérant contre l’assimilation, considérée comme un crime contre l’humanité, rendent les Allemands soupçonneux à l’égard de la sincérité d’une acquisition de la nationalité allemande par des Turcs trop souvent restés nationalistes.

Raison de plus pour faire réfléchir les responsables français. D’autant plus qu’Erdogan avait tenu à Paris les mêmes propos incendiaires contre l’assimilation, suggérant une bien curieuse intégration. En effet, devant 6000 Turcs, il avait appelé les Turcs de France à s’intégrer et à demander la double nationalité pour être les « diplomates » de la Turquie en Europe et pour qu’ « en Europe les prénoms turcs augmentent. »

Et de rebondir enfin sur l’aubaine que constitue pour lui la double nationalité : « La France vous a donné le droit à la double nationalité : pourquoi vous ne la demandez pas ? Ne soyez pas réticents, ne soyez pas timides, utilisez le droit que la France vous donne. Prendre un passeport français ne vous fait pas perdre votre identité turque. »

Allez, M. Ayrault, vous qui êtes germanophone, soyez avisé en écoutant l’argumentation de Mme Merkel, plutôt que celle de l’inconséquent Tuot.

Jean Pavée


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