Ayaan Hirsi Ali : à chaque assassinat musulman, ils essaient de disculper l’islam

Publié le 7 juin 2013 - par - 2 230 vues
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Qu’arrive une attaque terroriste islamiste, et voilà qu’arrive une rengaine de gens qui assurent que cela n’a rien à voir avec la religion de paix. (1)

J’ai déjà vu cela auparavant. Un terroriste musulman égorge un citoyen non musulman en Occident et les représentants de la communauté musulmane se précipitent pour se disculper de cette horreur,  eux-mêmes et leur foi. Après que le soldat britannique Lee Rigby a été poignardé à mort la semaine dernière [22/05/2013] à Woolwich au sud de Londres, Julie Siddiqi, représentant l’Association Islamique de Grande-Bretagne, s’est vite manifestée devant les micros pour attester que tous les bons musulmans ont été « écœurés » par l’agression, exactement comme tout le monde.

Cela arrive chaque fois. Des musulmans en costume-cravate ou des femmes portant  d’élégants voiles sont envoyés pour rassurer le monde que ces attaques n’ont aucune place dans l’islam authentique, qu’elles sont des aberrations et des corruptions de la vraie foi.

Mais alors, que faire d’Omar Bakri ? Lui aussi prétend parler pour la vraie foi, même s’il était indisponible pour les caméras en Angleterre la semaine dernière parce que  le groupe islamiste qu’il a fondé, Al-Mouhâjiroun ( المهاجرون, les émigrés), a été interdit en 2010. Par contre, il s’est adressé aux médias à partir de Tripoli au Nord-Liban, où il vit actuellement. Micheal Adebolajo – le tueur accusé de l’assassinat de Woolwich, qui a été vu sur une vidéo sur la scène du meurtre parlant devant une  caméra en brandissant ses mains ensanglantées et une machette – était, il y a dix ans, l’élève de Bakri avant que son groupe ne soit interdit. « Un homme tranquille, très timide, posant beaucoup de questions sur l’islam » s’est rappelé Bakri la semaine dernière. Le professeur était impressionné de voir dans cette vidéo macabre ce qu’est devenu son timide élève « se tenant ferme, courageux, brave. Ne cherchant pas à fuir ».

Bakri  a aussi déclaré à la presse : « Le Prophète a dit qu’un infidèle et son tueur ne se rencontrent pas en enfer. Ce sont de belles paroles. Qu’Allah gratifie [Adebilajo] pour ses actions … Je ne considère pas cela comme un crime au regard de l’islam. »

La question qui exige une réponse à ce moment de l’histoire est claire : Quel groupe de leaders parle réellement au nom de l’islam ? Les porte-parole officiellement  approuvés pour la « communauté musulmane » ? Ou dans la rue, les prêcheurs fous de l’islam politique, qui endoctrinent, encouragent et entraînent les tueurs – et qui ensuite bénissent leurs massacres ?

Siddiqi-Bakri

Julie Siddiqi, directrice exécutive de l’Association Islamique de Grande-Bretagne (2) /

Omar Bakri, religieux musulman radical banni de Grande-Bretagne.

En Amérique aussi, la question est pressante. Qui parle pour l’islam ? Le Conseil des Relations Américano-Islamique (The Council on American-Islamic Relations, CAIR), la plus importante organisation qui défend les libertés civiques des musulmans ? Ou l’un des nombreux jihadistes du web qui sont intervenus pour prendre la place de feu Anwar al-‘Awlaki, le recruteur d’al-Qaeda, né Américain ?

Certains refusent même d’admettre que c’est la question qui est dans l’esprit de chacun. C’est stupéfiant, en présence d’une litanie d’attaques islamistes – du cauchemar du 9 septembre en Amérique et des bombes de Londres le 7 juillet 2005, jusqu’au carnage de Fort-Hood au Texas en 2009, au Marathon  de Boston le mois dernier [15/04/2013] et maintenant à Woolwich – certains continuent à nier tout lien entre islam et terrorisme. Cette semaine, l’éditeur politique de la BBC, Nick Robinson, a présenté ses excuses pour avoir dit sur les ondes, dès que des nouvelles de Woolwich ont éclaté, que les hommes qui avaient tué Lee Rigby étaient « apparemment musulmans (of muslim appearance). » (3)

Rappelons ce qu’a dit la BBC : Tandis qu’ils frappaient, les tueurs criaient « Allahou Akbar » (Allah est grand). Cependant, dès que les critiques se sont déversées sur la BBC à propos du choix des mots de M. Robinson, celui-ci s’est senti obligé de se racheter. On peut s’étonner de voir que des gens, qui peuvent être si délicatement sensibles dans la protection de la réputation de l’islam, soient cependant si parfaitement désensibilisés face à un meurtre hideux commis explicitement au nom de l’islam.

Dans le sillage de l’attentat à la bombe de Boston et du meurtre de Woolwich, ça faisait bien d’entendre des expressions d’horreur et de sympathie de la part des porte-parole de l’islam, mais on demande désespérément quelque chose de plus : une reconnaissance véritable que cette question a un lien avec l’islam

Les leaders des musulmans doivent se poser la question sur ce que sont exactement leurs relations à un mouvement politique qui encourage des hommes jeunes à tuer et à mutiler en s’appuyant sur des fondements religieux. Pensez aux frères Tsarnaev, à la façon dont ils ont justifié les mutilations qu’ils ont causées à Boston. Méditez soigneusement les mots de Michael Adebolajo, la semaine dernière, les mains éclaboussées de sang : « Nous jurons par Allah, le Tout-puissant, que nous ne cesserons jamais de vous combattre. La seule raison  de notre action c’est que des musulmans meurent chaque jour.»

Mon ami, le Hollandais Théo Van Gogh, a été assassiné en 2004 pour avoir été insuffisamment respectueux à l’égard de l’islam. Au tribunal, le meurtrier regarda la mère de Théo et lui dit : « Je dois avouer honnêtement que je ne peux m’identifier à vous. Je ne ressens pas votre douleur… Je ne peux m’identifier à vous parce que vous êtes une non-croyante. »

Et cependant, après presque une décade de rhétorique similaire d’islamistes de par le monde, la semaine dernière, le journal The Guardian pouvait sortir une manchette citant un musulman londonien : « Ces pauvres idiots n’ont rien à voir avec l’islam. » Vraiment ? Rien à voir ?

Bien sûr, la majorité écrasante des musulmans ne sont pas terroristes ou sympathisants à l’égard des terroristes. Mettre sur le même pied tous les musulmans et le terrorisme est stupide et faux. Mais faire savoir qu’il y a un lien entre islam et terreur est opportun et nécessaire.

Des deux bords de l’Atlantique, politiciens, intellectuels et médias ont montré une patience incroyable tandis que les roulements de tambour des attaques de la terreur  islamiste continuent. Quand le président Obama a adressé sa première déclaration au sujet des explosions de Boston, il n’a pas du tout fait mention de l’islam. Cette semaine, le premier ministre, David Cameron, et le maire de Londres, Boris Johnson,  ont réitéré les déclarations rassurantes des leaders musulmans qui vont dans un seul sens : le meurtre de Lee Rigby n’a rien à voir avec l’islam.

Mais nombreux étaient les gens ordinaires qui ont entendu de telles déclarations et qui, perplexes, se sont gratté la tête. Un meurtrier tue un jeune père de famille en hurlant « Allahu akbar » et ça n’a rien à voir avec l’islam ?

Je ne blâme pas les leaders occidentaux. Ils font de leur mieux pour maintenir le couvercle sur ce qui pourrait devenir une désintégration de la confiance entre les populations majoritaires et les communautés musulmanes minoritaires.

Mais je blâme vraiment les leaders musulmans. Il est temps qu’ils apparaissent munis de points de discours plus crédibles. Leurs communautés ont un sérieux problème. Les jeunes, dont certains ne sont pas nés dans la foi, sont enflammés par des prêcheurs qui utilisent des textes islamiques de base et sont mobilisés pour déclarer le jihad par des imams radicaux qui se présentent comme des membres légitimes du « clergé » musulman.

Je m’étonne de ce qui arriverait si des leaders musulmans comme Julie Siddiqi lançaient une campagne publique et soutenue pour discréditer ces islamistes qui font  l’apologie des mutilations et des meurtres. Pas seulement en prononçant les lamentations d’usage après une autre horrible attaque mais en faisant  un effort constant et de haute tenue pour démontrer au monde que les prêcheurs de haine sont illégitimes. Quand le prochain zélateur aura tué la prochaine victime de l’islam politique, les affirmations sur la « religion de paix » résonneront de façon plus crédible.

Ayaan Hirsi Ali (*)

Traduit de l’américain par Bernard Dick

(*) L’auteure de cet article Ayaan Hirsi Ali est née en 1969 en Somalie et a été scolarisée dans une école coranique au Kenya. Mariée de force à un Canadien d’origine somalienne, elle s’enfuit et demande l’asile politique aux Pays-Bas. En 2004, elle collabore avec Théo Van Gogh pour produire un court-métrage : « La condition féminine dans le monde musulman ». En Novembre 2004, après l’assassinat de Théo Van Gogh elle est menacée de mort, ce qui la contraint à fuir aux États-Unis. Elle a milité contre l’excision.

Elle a publié en français : Insoumise, éd. Robert Laffont, 2005. Ma vie rebelle, éd. Nil, 2006 et Nomade, éd. Robert Laffont, 2010.

(1) http://online.wsj.com/article/SB10001424127887323475304578503613890263762.

html et The Wall Street Journal, p. A15, 28 mai 2013

(2) Il est très courant de voir que des associations islamiques en Occident nomment à leur tête des convertis, natifs du pays. Cette démarche leur fournit un entrisme plus facile dans le tissu social. Un autre exemple : Ingrid Mattson qui a été nommée présidente de l’ISNA (Islamic Society of North America)  (NDT)

(3) One phrase and why I’am sorry I quoted it

 

 

 

                                                                                       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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