C’est aux politiques de faire la distinction entre islam et islamisme

Publié le 7 février 2011 - par - 2 953 vues
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Il faut, nous dit-on toujours, savoir faire la différence entre islam et islamisme.

En ce qui me concerne, j’y serais assez disposée (1), à condition d’être clair : dès que l’islam devient politique, il devient islamisme.

Cependant, si la plus grande confusion règne autour des notions d’islam et d’islamisme, la faute en incombe d’abord aux politiques, et ensuite, plus généralement, à tous ceux qui cherchent à interdire l’islamo-vigilance. Ils sont tellement désireux d’élargir à l’infini la « bonne » catégorie, celle de l’islam dit par eux « modéré », qu’ils y englobent à peu près tout, et distribuent généreusement des certificats de modération à des religieux dont il apparait au moindre grattage qu’il s’agit d’islamistes bon teint. A force de mettre tous les musulmans dans la même poche de la besace, même si c’est « la bonne », le résultat objectif (qui n’est évidemment pas le résultat recherché par la bien-pensance) est qu’ils se retrouvent tous « dans le même sac ». Et que le travail de distinction entre « les bons » et « les mauvais » (simplifions un peu, c’est parfois légitime) reste à faire.

Faisons le, donc.

UNE EXCELLENTE DEFINITION DE L’ISLAMISME

Le Conseil de l’Europe a donné une excellente définition de l’islamisme, dont nous regrettons seulement qu’il oublie de l’appliquer quand il prend des décisions concrètes. Cette définition est la suivante :

« L’Assemblée rappelle que l’islamisme est une façon de concevoir l’islam non seulement comme une religion mais aussi comme un code de conduite social, juridique et politique. L’islamisme peut être violent ou pacifique et modéré, mais en aucun cas il ne reconnaît la séparation de la religion et de l’Etat, grand principe des sociétés démocratiques et pluralistes. »

Donnons les références, puisque nous sommes entre gens sérieux :

http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta10/FRES1743.htm

http://www.ripostelaique.com/Islam-islamisme-et-islamophobie-au.html

L’islamisme ne commence donc pas au terrorisme. Il ne commence pas non plus avec l’exercice de la violence, ni même avec l’expression d’idées ouvertement extrémistes. Il commence dès que l’islam prétend devenir un « code de conduite social, juridique et politique ».. Ce code étant supposé venir de Dieu, il échappe par construction au débat démocratique.

La Cour Européenne des droits de l’homme (CEDH) a d’ailleurs reconnu l’incompatibilité de la charia avec les droits de l’homme :

http://leuropedeslibertes.u-strasbg.fr/article.php?id_article=109&id_rubrique=5

Dès lors que l’islam prétend édicter un code de conduite normatif, c’est à dire des lois, il devient, si les mots ont un sens, islam politique, donc islamisme. Et la loi qu’il cherche à édicter est la loi islamique, donc la charia. Sur le contenu précis de la charia, les religieux se bagarrent ; l’islam sunnite connait quatre grandes « écoles juridiques » et le chiisme a les siennes aussi. Mais aucune de ces écoles n’est démocratique. Par construction, elles ne peuvent pas l’être. Soit la loi vient de Dieu, soit elle est votée par le peuple. C’est l’un ou c’est l’autre, mais ce n’est pas les deux à la fois.

Boubakeur ne fait donc que nous enfumer quand, saisissant l’occasion d’une interview dans laquelle il dit aux Français de souche plusieurs choses qu’ils ont envie d’entendre, il en profite, sans crainte de la contradiction, pour glisser en loucedé la notion de « charia libérale » :

http://www.ripostelaique.com/Boubakeur-se-rapprocherait-il-de.html

Voici exactement ce qu’il disait :

« Il y a différentes formes de charia : la charia libérale, celle que nous avons en Afrique du Nord ; et puis il y a charia extrêmement rigoriste ».

En réalité, il n’existe pas plus de charia libérale que de charia démocratique. Il ne suffit pas d’être plus libéral que l’Arabie saoudite pour être libéral. Et, si la charia d’Afrique du Nord ne pratique pas actuellement lapidations et amputations, c’est grâce aux effets positifs de la colonisation qui est passée par là. Avant la présence française, tous les voyageurs qui visitaient les nids de pirates barbaresques décrivaient un éventail de supplices à faire frémir :

http://knol.google.com/k/la-régence-d-alger-capitale-de-l-esclavage-blanc#

Aucun d’entre eux n’a remarqué l’existence d’une supposée « charia libérale », au sens où nous l’entendons nous.

L’ISLAM POLITIQUE DOIT ETRE INTERDIT

Parlons français, donnons aux mots leur sens.

Les lois islamiques peuvent porter sur des sujets pénaux comme civils. Leurs prescriptions peuvent être barbares (lapidations, amputations), ou comparativement moins graves (règles de droit civil inégalitaires) ou encore porter sur des sujets apparemment mineurs (voile, halal) : mais ce sont toutes des lois dès lors qu’elles ont toutes valeur normative.

Or, une loi qui n’est pas celle que le peuple français s’est donnée lui-même n’a aucune place en France.

Chercher à donner, à la charia, une valeur normative en France, c’est chercher à créer une législation parallèle.

Si, en plus, cette législation parallèle est incompatible avec les droits de l’homme (ce qui est le cas de la charia, comme la CEDH l’a jugé) et/ou incompatible avec la forme républicaine de l’Etat (ce qui est le cas par construction : une loi qui vient de Dieu ne vient pas du parlement), elle a vocation à être interdite ; les associations, groupements ou ligues qui l’a préconisent ont vocation à être dissous.

Et un politique qui travaille à faire appliquer la charia en France a vocation à être jugé pour haute trahison.

Le cas se présente-t-il ? La charia est-elle appliquée en France au détriment de nos lois, de notre régime républicain et de nos valeurs ? La réponse est oui. Dès lors que nos parlementaires créent une dérogation aux règles d’abattage des animaux de boucherie pour permettre l’abattage halal, ils inscrivent une règle issue de la charia dans le droit positif français. Et, dès lors qu’avant d’interdire partiellement le voile (certains voiles, ou dans certains lieux), ils s’adressent à des religieux pour leur demander si le port du voile est une prescription (donc une loi) coranique, ce questionnement revient à donner à la charia une prééminence indue. C’est institutionnaliser une législation parallèle. C’est respecter l’islamisme (c’est à dire l’islam politique) et non pas un islam qui serait simplement religieux.

L’islam devient islamisme dès lors qu’il entend faire office de législateur et de juge, et aussi dès lors qu’il s’arroge un pouvoir de contrainte qui ne doit être réservé qu’à la police.

Tel est le cas avec le voile : chacun sait que, dans les quartiers fortement islamisés, les jeunes filles qui ne le portent pas s’exposent à être harcelées, voire violées. C’est donc un instrument de contrainte, de contrôle social sans aucune légitimité républicaine. C’est l’instrument d’un pouvoir parallèle.

A cet égard, l’on écartera l’argument qui veut que certaines femmes portent le voile volontairement. Certes, chacun(e) a le droit le s’habiller comme il veut. De plus, chacun(e) est libre de s’exprimer, même pour dire, ou pour transmettre de façon non verbale (par le port du voile), que la femme est inférieure à l’homme. Mais, dans le cas du voile, il ne s’agit pas simplement de liberté d’expression. Il s’agit d’action, et l’action doit parfois cesser d’être libre. Une femme qui porte le voile désigne celles qui ne le portent pas à la vindicte publique et au harcèlement. Elle se fait agent du contrôle social islamique. Elle contribue à une sorte de police des moeurs pour laquelle n’existe aucune légitimité républicaine..

Tous les voiles doivent être interdits.

Toutes les dérogations aux lois générales, telles que celles qui concernent l’abattage halal, doivent disparaître.

Aucune règle parallèle ne doit se mettre en place. Aucun non musulman ne doit se voir inviter à changer une façon de faire pour s’adapter à une coutume islamique. Et aucun né-musulman ne doit subir de contrôles sournois sur sa pratique ou son niveau d’engagement (halal, prières à heures fixes, ramadan, etc …).

Que chacun prie tranquillement, chez lui ou dans une mosquée, mais que nul ne soit autorisé à régenter la société.

Catherine Ségurane

(1) C’est le plus volontiers du monde que je saisis l’occasion de cet article pour faire un peu de publicité à quelques mouvements de musulmans reconnus comme laïques ou progressistes par le site québecois Poste de Veille. Aucun de ces mouvements ne fait partie de l’islam institutionnel. Le premier est minoritaire, les deux autres sont sévèrement persécutés. Pour mieux les connaître, on suivra ces liens :

Le Muslim Canadian Congress :

http://www.postedeveille.ca/2009/07/muslim-canadian-congress-la-doctrine-du-djihad-doit-%C3%AAtre-rejet%C3%A9e.html

Le mouvement dit « coraniste » :

http://www.postedeveille.ca/2010/09/chronique-dh%C3%A9lios-dalexandrie-.html

Le mouvement pakistanais ahmadi :

http://www.postedeveille.ca/2010/05/pakistan-djihad-contre-des-ahmadis.html

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