Comment l’islam a profité des manoeuvres soviétiques pour déstabiliser l’occident

Dans les années 80, un peu avant la chute du Mur de berlin, Yuri Bezmenov, un transfuge du KGB réfugié aux USA, expliqua d’une manière limpide la stratégie de ses anciens employeurs pour vaincre leur adversaire de l’époque.


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Il faut se souvenir qu’en ce temps pas si lointain, les batteries de missiles et les arsenaux nucléaires disposés de part et d’autre du Mur de Berlin dissuadèrent les uns comme les autres d’entrer en conflit militaire ouvert. Ma génération doit à cet équilibre des forces le privilège d’avoir vécu un demi-siècle de ce qui, avec le recul, correspond à une parfaite sécurité armée

La guerre froide se fit donc par le biais de fronts périphériques en Asie, Afrique et Amérique latine et, chez nous, par des moyens infiniment moins destructeurs que le feu des fusées ou des guerres civiles, moyens parmi lesquels la destruction mentale, morale, psychologique, de l’Ouest, fut érigée en objectif prioritaire.

Vingt-cinq ans plus tard, la démonstration de Bezmenov n’a rien perdu de sa pertinence, ni, pour ce qui nous concerne aujourd’hui, de son actualité. J’y reviendrai.

Techniquement, quatre phases rythmaient la stratégie soviétique de conquête « civile » de l’Occident.

La démoralisation par la culture névrotique de la haine de soi, le maintien en éveil permanent de la culpabilité impérialiste (et/ou coloniale), la mise au ban des tenants d’un patriotisme obsolète, le mépris pour les leçons de l’Histoire et les acquis de la civilisation, la dérision envers les institutions en était la rampe de lancement.

Quinze à vingt ans, en gros une génération, étaient alors jugés suffisants pour que les idiots utiles de la politique, de la culture, des médias, de l’industrie, etc, manipulés par les agents ou devenus eux-mêmes agents, si imbibés de propagande qu’ils se trouvaient incapables de considérer comme telle la réalité des choses, des faits et des évidences, aient cassé l’élan d’une nation et déblayé le terrain pour sa subversion. Peut-on supposer voire affirmer que ce processus-là a commencé chez nous au printemps de l’année 1968?

La déstabilisation, seconde phase d’une durée plus courte d’après les stratèges du KGB (5 à 6 ans), était censée s’appuyer sur la politique étrangère, l’économie et la défense. Elle avait pour socle la perversion des rapports humains basiques à l’école, à l’usine ou au bureau, dans la famille et jusque dans la rue, partout où le conflit radicalisé jusqu’à la violence remplacerait l’échange, la critique, la discussion et en fin de compte l’ordre social lui-même. Les Soviétiques comptaient alors beaucoup pour cela sur les minorités agissantes, associations, ligues, groupes de pression divers, où pullulaient agents et naïfs mortifères, tous sponsorisés par le privé ou financés par l’État et chouchoutés par des médias avides des sujets de société alimentant et pérennisant leur féroce concurrence corporatiste. Est-il irréaliste de penser que les divisions actuelles de la société française ainsi que les manœuvres visant à les aggraver, l’inversion des valeurs tout spécifiquement, correspondent à la mise en œuvre si ce n’est à l’aboutissement d’un schéma de cette nature ?

Dans les esprits fertiles des penseurs d’Andropov et de Brejnev, l’insurrection, troisième étape, courte et brutale, se déclenchait idéalement lorsque les deux premiers piliers de la stratégie avaient été érigés, le fruit ayant suffisamment mûri pour que la survenue programmée d’une révolte le fasse tomber dans le panier. Est-il irraisonnable de rapprocher de cette théorie les feux pour l’instant sporadiques qui s’allument un peu partout en Europe, comme si quelque part, les défenses des démocraties étaient testées en vue d’actions futures dûment coordonnées ?

Quatrième étape, la normalisation sans limite de durée venait clore le dossier.

Nous étions dans les années 80 et, comme chacun le sait, ce fut, à la surprise et/ou au soulagement des peuples, le Mur qui tomba, une chose que les cerveaux moscovites n’avaient peut-être pas prévu, ou alors pas pour si tôt, si vite et si radicalement.

On aurait pu en rester là. À tout prendre, on aurait même dû le faire.

Le problème est que la nature humaine a horreur du vide. Le défrichage d’un pareil terrain de guerre ne pouvait risquer de se perdre sans être récupéré par n’importe quel mouvement suffisamment hardi et sûr de lui pour se sentir capable de balayer un adversaire patiemment affaibli, psychiquement et moralement dévasté et prêt, pour toutes les raisons évoquées plus haut, à la reddition sans combat. Quel chasseur affamé laisserait filer sans lui tirer dessus un gibier affaibli et engraissé à la fois par l’individualisme, l’hédonisme, le consumérisme, et aussi, toujours, par l’inversion des valeurs, au point de ne presque plus pouvoir bouger ?

C’est, je crois, le défi que nous impose aujourd’hui l’Islam, dès lors que ses stratèges ont repéré, disséqué et répertorié à leur tour les failles créées et entretenues durant des décennies par l’intelligence soviétique. Il est intéressant de rappeler à ce sujet que le début de la revendication islamique (1989) correspond très exactement à l’extinction de la menace soviétique. Ceci n’est en aucune manière un hasard.          

Quiconque veut faire l’effort de calquer les années révolues de l’affrontement est-ouest sur le conflit civilisationnel qui nous occupe aujourd’hui,  constatera que les tenants et aboutissants de ces affaires en apparence dissemblables se superposent avec une extrême précision. Certes, les couleurs ont changé, le vert remplace le rouge et la barbe du prêcheur la joue glabre de l’officier du KGB. Mais les agents de Moscou ont été remplacés par d‘autres, tout aussi efficaces, les dormants en attente de réveil autrefois bercés par l’austère musique du Capital de Marx le sont aujourd’hui par les sirupeuses mélopées orientales qui tant enchantent le voyageur. Quant aux idiots utiles, aux égocentriques sur-médiatisés et aux petits malins de tous ordres impatients de toucher les dividendes de leurs compromissions, tous potentiellement ou déjà traîtres à leur patrie, ils sont les héritiers directs de la basse-cour en action il y a trente ans.

Nous allons vivre des temps intenses. En parfaits dandys de la trahison, les Anglais ont beaucoup donné autrefois dans ce domaine. Ils en avaient même fait une sorte de sport national, comme le cricket ou le polo. Des maîtres. Peut-être sera-t-il à l’occasion amusant de découvrir à notre tour, chez nous, derrière les masques qui ne vont pas manquer de tomber dans les mois et les années qui viennent, quelques-unes de ces grandes gueules vertueuses et péremptoires qui aujourd’hui couvrent de leur obscène caquetage la rumeur grandissante des désastres.

À condition bien sûr que nous ayons encore la liberté de les pointer du doigt.

Alain Dubos

 

 

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