Copé et Bedos fils, dernières victimes de la dictature « antiraciste » : faut-il les plaindre ?

L’année 2013 commence sur les chapeaux de roue pour les flics de la pensée, comme si leur tableau de chasse de l’année 2012 était tel que le trop plein attendait les premiers jours de l’an neuf pour se répandre.

Le 4 janvier on apprenait que Jean-François Copé, le président ric-rac de l’UMP, faisait l’objet d’une enquête préliminaire suite à la plainte du CFCM pour son anecdote dite du « pain au chocolat ». Trois jours plus tard était rendue publique une plainte contre l’humoriste Nicolas Bedos, fils de l’autre, pour une plaisanterie sur les Antillais que les cul-serrés eurent en travers de la gorge.

Petite phrase suscitant l’accusation de racisme, dénégation angoissée de l’auteur n’empêchant pas la plainte pénale, et souvent la condamnation : la litanie nous devient de plus en plus familière, comme chez le citoyen soviétique des années 50 apprenant à la radio une nouvelle arrestation pour propos déviationniste.

Justement. Comme dans la patrie du socialisme réel, la répression n’épargne même plus les bien-pensants. La législation antiraciste qui prit timidement son envol dans les années 70 pour atteindre sa vitesse de croisière dans les années 80-90, s’avère être un boomerang que même ses laudateurs consternés reçoivent en pleine poire.

Le Karcher de Copé

On sait que la stratégie présidentielle du maire de Meaux consiste à endosser la défroque de la « droite décomplexée » que Sarkozy avait délaissée après son élection en 2007 une fois le but atteint, pour la remettre sans succès cette fois, avant la campagne de 2012. Ce costume attrape-nigaud (c’est-à-dire attrape-électeur frontiste dans l’esprit des fins stratèges UMP) était censé cette fois faire la différence avec Fillon, estampillé pour la circonstance « droite molle », en captant le vote des adhérents attentifs au discours du FN.

Copé enfila d’abord le bas en découvrant horrifié, qu’il existe en France un racisme anti-blanc – mieux vaut tard que jamais. Dans son livre « Manifeste pour une droite décomplexée » paru fin septembre 2012, il en donne l’illustration avec notamment l’exemple des enfants qui se font arracher leur goûter pour cause de Ramadan. Mais noyée dans un ouvrage récent que peu ont lu, la phrase était passée inaperçue. Alors le 5 octobre il enfile le haut au cours d’ une réunion publique à Draguignan : «Il est des quartiers où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, pères ou mères de famille rentrant du travail le soir et apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan».

Phrase anodine s’il en est décrivant une réalité hélas banale, et qui avait vocation à être oubliée une fois les militants édifiés sur l’ancrage à droite de son auteur. Mais quand il s’agit d’islam ou d’immigration (et de plus en plus, d’homosexualité, voir infra), aucune critique n’est anodine. On vit donc rejouer la scène bien connue, mêmes acteurs, mêmes dialogues, même conclusion : plainte pénale, pour diffamation en l’occurrence. Avec en plus la dérision qu’autorisait l’image choisie par l’insolent : on vit devant la grande mosquée de Paris une distribution de pains aux chocolats rebaptisés (si on ose dire) « Copés au chocolat », les humoristes et animateurs de tout poil se mirent de la partie. Bref cette viennoiserie restera collée au palais de Copé et jouera pour lui le rôle qu’avait joué le Karcher pour Sarkozy.

Stupeur et tremblements

Pour le président de l’UMP c’est une découverte. Quoi, on ne peut plus rien dire, même quand on fait semblant à des fins électorales ? Aussitôt le maladroit se met en quatre pour essayer de réparer sa gaffe. Il écrit au CFCM : il n’a jamais visé l’islam, mais une petite minorité. D’ailleurs n’a-t-il pas défendu l’été dernier les moniteurs de colonie de vacances menacés de sanction à Gennevilliers pour avoir jeuné pendant le ramadan ? Sur le plateau de « On n’est pas couché », il profère sur le ton de l’évidence, face au procureur Ruquier : « on sait bien que leur religion c’est amour, paix et tolérance ». C’est le vrai Copé qui s’exprime alors. Celui qui comme il le rappelait dans sa lettre, estime que « personne n’a jamais démontré que le respect du ramadan empêche de travailler ». Celui qui avait enterré en 2011 le débat sur l’identité nationale. Celui qui proclame urbi et orbi : « je ne passerai jamais d’alliance avec le Front National ».

Dans une ultime mortification, le pécheur pénitent demande un rendez-vous au CFCM, qui le lui accorde du haut de son importance. On imagine aisément son air contrit, le rappel de ses états de service, ses promesses d’être sage. Dès la fin de la réunion un communiqué commun Copé-CFCM fait état des « regrets » exprimés par le premier, et du retrait de sa plainte par le second.

Coup de théâtre le lendemain matin. Au micro de RTL Copé qui se croit hors de danger estime pouvoir relever le menton : non il n’a jamais présenté d’excuses puisqu’il n’a commis aucune faute. Excuses, regrets, va-t-on s’étriper sur le vocabulaire ? Même pas. Le jour même le CFCM annonce que dans ces conditions il maintient sa plainte. Qu’on songe au sentiment de puissance des musulmans : le CFCM tient entre ses mains l’avenir politique de Copé, car pour ce dernier une condamnation sonnerait le glas de ses ambitions présidentielles. Alors il se fait prier, exige, pose ses conditions.

Pour s’opposer à l’intégration des Algériens dans la population française, qui aurait permis de conserver l’Algérie à la France, de Gaulle expliquait qu’une telle solution aurait abouti à envoyer « quatre vingt députés musulmans à l’Assemblée Nationale ». Il ne se doutait pas que cinquante ans plus tard, dans l’ex métropole, une nombreuse communauté musulmane en grande partie française contrôlerait le pouvoir par la pression électorale et le terrorisme judiciaire, sans qu’il soit besoin d’entrer à l’Assemblée Nationale. Et ce, grâce à ses successeurs.

Un bobo raciste ?

Tandis que se jouait ce pathétique feuilleton, un autre voyait le jour. Nicolas Bedos était à son tour visé par la plainte d’une obscure association d’Antillais pour cause d’humour décapant.

http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Injures-raciales.-Plainte-contre-Nicolas-Bedos-l-humour-au-banc-des-accuses_55257-2151200_actu.Htm

S’il n’a pas encore eu l’occasion de pétitionner et prêcher ouvertement la bonne parole progressiste comme son père, l’humoriste ne cache pas qu’il est sur la même ligne politique, ce qui à vrai dire, n’est guère original dans le monde du spectacle. Cela signifie qu’il appartient au même monde que ceux qui ont déposé plainte contre lui. C’est à n’y plus rien comprendre hein Nicolas ? Tu passes ton temps à fustiger les fachos comme papa, et voilà que les copains te traitent comme tu traites les autres, tout ça parce que tu croyais pouvoir rigoler même sur les noirs.

Et comme Copé, il pense pouvoir calmer le prurit judiciaire de ses censeurs en protestant de sa sincérité antiraciste. Comme lui, il n’a rien compris au caractère totalitaire de l’antiracisme à sens unique, « communisme du 21è siècle » selon Finkelkraut.

L’arroseur arrosé

Car dans un système ou sous-système totalitaire l’individu compte pour rien. Les dieux ont toujours soif et exigent régulièrement leur content de sacrifiés pour que le peuple ait constamment à l’esprit la règle qu’ils ont édictée, et n’oublie pas leur puissance. Qu’importe le sentiment du sacrifié, ses protestations d’innocence, ses contorsions angoissées ? Comme la raison d’état, la raison « antiraciste » ignore la Raison.

A qui la faute ? Si la gauche est l’inspiratrice idéologique de cette législation totalitaire, c’est la droite qui l’a mise en forme. En tout cas ce courant de la droite qui depuis 1968 rase les murs et rumine ses complexes. La loi du 1er juillet 1972 qui sert de base aux poursuites « antiracistes » a été adoptée sous Pompidou, juste après l’arrivée à Matignon de Pierre Messmer. Elle avait été préparée sous le gouvernement de Jacques Chaban Delmas, dont un proche collaborateur n’était autre que Jacques Delors, père de Martine Aubry. Elle fut ensuite adoptée avec une belle unanimité, droite et gauche réunies dans une touchante communion humaniste.

Cette collaboration de la droite à l’œuvre civilisatrice de la gauche ne se démentira pas par la suite. En 2004 le gouvernement Raffarin complète la loi en étendant son bénéfice aux homosexuels. Désormais tout propos critique envers l’homosexualité peut envoyer son auteur devant un tribunal, où il lui sera appliqué la même législation que s’il avait critiqué l’islam / les musulmans ou l’immigration / les immigrés.

Quarante ans plus tard, une personnalité de gauche et une de droite sont mises en cause la même semaine grâce au texte de loi que leurs camps respectifs ont voulu. Ah si on avait su…

Une justice privatisée

Dans ces deux affaires ressort avec plus d’acuité encore un aspect nouveau de la justice : son instrumentalisation par les associations antiracistes avec le relais des magistrats de gauche de plus en plus nombreux, notamment dans les parquets.

En principe après une plainte, le procureur apprécie s’il doit lui-même déclencher des poursuites ou classer l’affaire. Dans ce dernier cas, le plaignant peut alors se constituer partie civile, c’est-à-dire faire convoquer l’auteur présumé soit devant un juge d’instruction, soit devant le tribunal correctionnel. Avec un inconvénient de taille : le versement d’une consignation, outre divers frais.

Or en matière de délit « racial » largo sensu, dès qu’une plainte est déposée, notamment de la part d’une association, le procureur déclenche systématiquement une enquête (alors qu’il n’y est pas obligé), et très souvent l’auteur présumé est renvoyé devant le tribunal. L’association n’a ainsi pas un sou à débourser, et son avocat n’intervient qu’une fois l’affaire devant le tribunal. Alors pourquoi se gêner pour déposer des plaintes à tort et à travers ? Pendant ce temps des plaintes pour d’autres faits (vol, escroquerie, violences légères) attendent parfois des mois voire des années une hypothétique enquête, quand elles ne sont pas classées.

C’est ce qui a commencé à se produire avec l’affaire Copé, mais avec des effets encore plus choquants compte tenu des rebondissements rocambolesques que nous avons vus. Car il faut imaginer le parquet de Draguignan en train de suivre les sautes d’humeur du CFCM, et attendant de savoir ce que souhaitent ces messieurs afin de s’y conformer, même si en principe les poursuites peuvent continuer malgré le retrait de la plainte. Impartiale la justice ?

Idem avec l’affaire Bedos. Pour l’instant on ignore le sort qui sera réservé à cette plainte. Mais comment le parquet pourrait-il refuser aux Antillais ce qu’il accorde avec une telle générosité aux musulmans ? Chaque communauté aura maintenant sa part, faute de quoi le procureur qui la lui refuserait serait réputé lui être hostile. Beau bilan après quarante ans d’existence de la loi.

Alors doit-on soutenir Copé et sans doute Bedos ?

Oui et non. Il faut évidemment dénoncer cette nouvelle application d’une loi liberticide. Mais pourquoi cacher que les patriotes cette fois ont des raisons de se réjouir ? Car la meilleure façon de faire bouger les choses, c’est que la répression frappe ceux qui jusque là en étaient les auxiliaires.

C’est le triomphe de la maxime qui résume tous les totalitarismes : « un pur trouve toujours plus pur qui l’épure ». A qui le tour ?

Jean de la Valette


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