Crise de la presse : une solution, le post-journalisme

Publié le 20 mars 2017 - par - 385 vues
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Presse EcriteHopital de prresse
Les expressions du genre « crise de la presse » sont si abondamment avancées, et bien sûr dans les médias eux-mêmes, qu’elles finissent par s’imposer à l’agenda politique en ces termes. Personne ne questionne cette appellation non contrôlée et les acteurs de l’establishment passent directement à la deuxième étape : comment remédier à ce grave danger pour la démocratie, le pluralisme, le débat politique, l’information quand ce n’est pas la « formation » d’une opinion publique bête et méchante, prête à céder aux sirènes du « populisme ».

Il est vrai que du point de vue de la situation en Suisse romande, cette dernière est en train de ressembler à une région sous-développée médiatiquement. Plus d’hebdomadaire politique (fin de l’Hebdo), des journaux qui proposent  en grande partie les mêmes contenus, tous alimentés par les mêmes agences de presse. Rien à voir avec l’authentique pluralisme médiatique  en Suisse alémanique, fortement diversifié et depuis quelques années fortement pluraliste, aussi politiquement, au point que les médias romands reprennent depuis peu des articles de la Weltwoche dans leur revue de presse, après avoir diabolisé cet hebdomadaire de grande qualité pendant des années, cela sans doute afin d’offrir un semblant de pluralisme et une audace journalistiques qu’ils sont incapables de produire eux-mêmes tant la bien-pensance est pesante et limite tout vrai pluralisme médiatique en Suisse romande.

En réalité, c’est de ce journalisme bien-pensant que les lecteurs ne veulent plus. C’est lui qui est en crise davantage que la presse elle-même. L’aveuglement de cette monoculture médiatique de gauche est telle qu’elle ne peut désigner la responsabilité de sa propre crise que chez les Autres ; c’est pas notre faute…

Le journal Le Temps vient de désigner quelques boucs émissaires et pense  avoir trouvé le plan de sauvetage en « dix idées » ! ( Le Temps, 7.3.2017 : Dix idées pour sauver la presse).

Je vais être bref et clair. C’est bien la bien-pensance généralisée qui est la cause principale de la « crise de la presse ». En Suisse romande , espace géographique et démographique restreint, tout le monde prend cette dernière situation comme excuse. Or, un hebdomadaire ou un quotidien supra-cantonal pourrait très bien être rentable économiquement, si on rassemblait une série de journalistes autres que bien-pensants, soit des journalistes non soumis au Parti des médias qui fatiguent tant et insupportent de plus en plus de citoyens lecteurs.

Ensuite, il faut cesser de ne raisonner qu’en termes de journalistes. Il existe nombre de personnalités possédant une large culture générale, historique, spécialisées dans des domaines multiples et importants qui intéressent vraiment les lecteurs citoyens. Ces personnes réellement cultivées, n’ayant pas qu’un vernis idéologique insupportable en lieu et place de culture et quelques  « techniques d’écriture » apprises à la vite dans de pseudo écoles de journalistes dirigées parfois par des personnes n’ayant aucune vraie expérience en la matière et où œuvrent en grand nombre les mêmes journalistes, simplement plus âgés.

Bien des non-journalistes savent très bien écrire, de manière attractive et passionnante,  et possèdent la langue de manière exemplaire. Est-ce un hasard si parmi les contributeurs d’un site comme le nôtre, Lesobservateurs.ch, il n’y a pour ainsi dire pas de journalistes ?

En cherchant et en regroupant ces deux types de personnes, car il y aussi des journalistes qui sont exemplaires ! je suis certain que l’on trouverait des financiers conscients de l’importance des médias  de qualité et de leur nécessaire pluralité, prêts à se lancer dans la création d’un nouveau média, cela toujours à la condition d’être assurés de ne pas devoir simplement reprendre et sauver des journalistes écartés, car incapables de comprendre les exigences d’un véritable pluralisme de qualité.

Certes l’opération n’est pas facile, puisque même les autorités politiques restent engoncées dans le paradigme : crise de la presse, journalistes à sauver, enjeu démocratique et national vital, l’Etat indispensable, etc.

On ne peut simplement prendre les mêmes et recommencer comme si de rien n’était et que seul l’Etat était la solution pour renflouer financièrement un bateau qui coule.

Le post-journalisme : la solution à « la crise de la presse »

A part toutes les personnes très compétentes dans divers domaines et qui n’écrivent pas ou peu dans  les médias, il y a l’énorme réservoir de ceux qui écrivent sur les sites internet, également sur les sites de la réinformation, qui ont eux aussi de grandes compétences, sont très libres, en ce sens qu’ils ne doivent pas se demander à chaque fois, avant d’écrire, ce qu’ils peuvent dire ou non, s’ils sont suffisamment alignés sur la bien-pensance ambiante et autre politiquement correct.

Tout cela fait beaucoup de monde, suffisamment pour créer un hebdomadaire de qualité à l’opposé  du politiquement correct, et attendu par la masse des lecteurs qui quittent les médias et les journalistes formatés et soumis.

Afin de  convaincre les financiers potentiels qui hésitent, on pourrait leur rappeler que le projet que je propose existe déjà en de multiples versions et dans de nombreux  pays avec un succès qui dépassent toutes les attentes et qui rapportent bénéfices, prestige et reconnaissance.

Il est vrai que nombre de financiers potentiels ont encore en tête l’image de médias en difficultés remplis de journalistes bien-pensants incapables de se renouveler et qu’ils seraient obligés de reprendre. D’où la certitude de l’échec et le refus de s’y intéresser.

Qui est prêt à leur prouver le contraire, à leur montrer qu’il existe bien des rédacteurs compétents, cultivés, très motivés, libres, courageux, certains même patriotes, souverainistes et conservateurs, tout en étant ouverts et pluralistes ? Ces derniers n’attendent qu’un tel projet pour se lancer avec enthousiasme et s’engager totalement tant ils croient en un tel projet et en sa nécessité.

Pour eux  l’Etat n’est pas la solution à tout. Ils sont prêts à ne compter que sur eux-mêmes, à le montrer et à le prouver avec conviction et détermination.

Uli Windisch, 17 mars 2017

http://lesobservateurs.ch/2017/03/18/crise-de-la-presse-solution-le-post-journalisme/

 

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