Débats politiques : entre idéologie, malentendus et déni de réalité

Les Français aiment les débats politiques, les émissions qui leurs sont consacrées sont très suivies, et largement commentées des jours durant. On nous ressort, même bien des  années plus tard, les moments savoureux ou les plus explosifs des-dits débats. En fonction des sympathies politiques que le citoyen peut avoir il prend parti, il s’enflamme, il s’offusque suivant la qualité de son champion et les travers de l’adversaire. Or, face à la grave crise économique, ne serait-il pas nécessaire aujourd’hui de prendre de la hauteur sur les problèmes de notre société, sur leur évaluation et l’analyse des solutions ? N’aurions nous pas besoin de calme de  distanciation, plutôt que de rester dans des positions idéologiques figées  ?

J’ai été frappée lors du débat entre Manuel Valls et Marine le Pen par deux choses… D’une part l’impossibilité pour MLP d’admettre que les immigrés ne sont pas responsables de la crise. Pourquoi à cette question que lui pose Manuel Valls : « Vous pensez que les immigrés, les étrangers, sont responsables de la crise ? »   Marine Le Pen n’a-t-elle pas le courage de répondre : « Non les immigrés ne sont pas responsables de la crise ». Les immigrés sont la plupart du temps des gens pauvres qui ont fui la misère,  ils ne sont pas les créateurs de la crise mondiale, ils n’en sont que des victimes qui pensent la fuir en cherchant refuge dans nos pays. La crise, elle,  est  la conséquence de bien d’autres facteurs de bien des décisions,  de bien des erreurs politiques  dont ces personnes ne sont ni de près ni de loin  les responsables.

Mais cette misère qui arrive dans nos pays européens s’ajoute à celle des autres citoyens  en grande précarité. En 2010, donc avant le second crack,  Eurostat,  (organisme européen des statistiques) estimait à 115 millions le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale dans l’UE, la moyenne européenne étant, à l’époque, de 8% avec des pics en Bulgarie et Roumanie de 35 et 31 % . Étaient comptabilisées les personnes dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté et/ou en situation de privation matérielle grave, et/ou vivant dans des ménages à très faible intensité de travail. Concernant les enfants de moins de 18 ans, ceux-ci étaient 27% à être confrontés à au moins l’une de ces trois formes de pauvreté et d’exclusion sociale.

La seconde chose est aussi de l’ordre de l’idéologie, la gauche généreuse attribue à  notre pays une grande capacité d’accueil de la misère du monde, « la France a des capacités d’accueil » a répété plusieurs fois Manuel Valls… Pourquoi alors Madame Duflot a- t-elle toutes les peines du monde à loger les SDF pourquoi tant de familles vivent ou squattent  des îlots insalubres, quand elles ne dorment pas dehors et s’installent comme elles peuvent sous les ponts, dans les bois ? Pourquoi tant de milliers de repas servis par les mouvements caritatifs grâce à la générosité, non pas de l’Etat français, mais, de milliers de donateurs et d’acteurs bénévoles.  Donc, non la France n’a plus la  capacité d’accueil qu’elle a pu avoir, et les immigrés qui arrivent de façon plus ou moins légale, non seulement ne sont plus accueillis dans des conditions humaines supportables mais la plupart du temps ne trouvent pas de travail et plombent les charges de l’Etat français dans un pays qui actuellement doit gérer l’arrivée de  50.000 nouveaux chômeurs de plus par mois. Décrocher un emploi  devient de plus en plus dur et va devenir une lutte brutale.  Sur les 18 millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim  en Europe, 4 millions vivent en France, soit plus de 20% du total européen, chiffre qui devrait parler aux responsables politiques français d’aujourd’hui. Cet état de fait augmente, exacerbe, de manière  dangereuse les tensions  dans la société française, et ne pas sentir cela peut nous mener à la catastrophe.

Pourquoi la gauche ne veut-elle pas admettre, sauf à vouloir aggraver la situation,  qu’il soit nécessaire de diminuer, en cette période de crise, les flux migratoires ?  Ni le déni de réalité, ni l’idéologie  ne peuvent résoudre notre problème. La logique et l’intelligence politique voudraient que l’on regardât la réalité en face et qu’on se  débarrassât de l’un  et de l’autre.

Chantal Crabère

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