Des élèves malades de l’école, d’Evelyne Tschirart : les conséquences médicales de la méthode globale dénoncées

 

Professeur à la retraite depuis plusieurs années et membre des associations « Reconstruire l’école » et « Sauver les lettres », Evelyne Tschirhart qui avait déjà publié en 2004 « L’école de la dérive » vient de publier « Des élèves malades de l’école », un petit ouvrage édifiant sur les désastreux effets des méthodes de lecture non syllabiques et leurs conséquences. Tirant la sonnette d’alarme, elle y dénonce l’inquiétante expansion de ce que l’on a coutume de nommer à tort la dyslexie.

L’abandon depuis de nombreuses années de la méthode syllabique, qui avait pourtant fait merveille sur des générations entières de bambins, fait partie d’un vaste plan de rééducation réfutant toute notion de rythme et de compétence personnels dans l’apprentissage des savoirs. Si l’on admet volontiers que les tout-petits doivent progresser à leur propre rythme, dès l’entrée à l’école tous doivent rentrer dans le rang égalitaire en voyant niées leurs aptitudes ou leurs faiblesses respectives. Certains sont moins véloces que d’autres ou ont plus de difficultés à appréhender les savoirs ? Qu’à cela ne tienne, retardons les plus précoces ! C’est cela le principe d’égalité prôné par l’Educ Nat, c’est-à-dire l’exact contraire du traitement juste, et au nom de ce principe égalitaire on supprime le système de notation et la motivation à progresser. Finies les récompenses ou les encouragements jugés trop stigmatisants pour les moins bons élèves.

L’auteur s’émeut de la faillite de l’école gratuite telle qu’elle nécessite le recours à une scolarité parallèle payante pour y remédier mais, plus grave encore, condamne les parents à consulter un personnel médical reconverti en enseignants contraints de réapprendre les bases de la lecture à des enfants passés au mixeur d’une Education Nationale dévoyée, totalement incompétente à remplir le rôle qui lui avait toujours été dédié et fabriquant à l’échelle nationale des générations d’incultes et d’illettrés destinés à devenir des futurs moutons à tondre.

Toutes les tentatives de réformes ont échoué par le refus d’une confrérie enseignante mise en face de ses propres lacunes, incapable de se remettre en question et d’accepter le nivellement par le haut auquel elle ne peut elle-même prétendre, incapable de faire passer l’avenir de millions d’enfants avant le respect du programme édicté en haut lieu et variant au gré des changements ministériels. Quant aux syndicats gonflés de pouvoir et peu désireux de renoncer à leurs privilèges, ils font pression sur le corps enseignant en les poussant à la désobéissance et à la mutinerie dès qu’un ministre prétend donner un coup de pied dans la fourmilière.

L’Education Nationale est une grosse machine à broyer des gosses « mal comprenants » parce que « mal apprenants » comme on dit aujourd’hui. Tout le monde a conscience du désastre mais puisque ce désastre est total le plus commode est de le faire perdurer. Que les enfants soient en souffrance, qu’on les condamne à fréquenter les cabinets médicaux et à prendre des médicaments semble n’émouvoir personne, ni le personnel enseignant ni les syndicats.

Alors pour éviter de réformer la parade a été toute trouvée : on prétend que les enfants souffrent de dyslexie, de dysphasie ou encore de dyscalculie ! Il suffisait d’y penser. Or, l’instituteur étant encore pour beaucoup de parents le garant du savoir et le référent adulte dans leur propre passé d’élève, il ne leur viendrait pas à l’idée de contester cette sentence un peu honteuse touchant à la chair de leur chair appréhendée comme une déficience intellectuelle qu’il est urgent de soigner, d’autant que parfois le diagnostic s’accompagne de menaces en cas de refus d’envoyer son gamin consulter.

Nous ne sommes plus dans l’éducation – terme déjà impropre qui s’était déjà substitué à celui plus juste d’instruction – mais dans la rééducation de masse. Votre enfant est considéré comme un malade à soigner afin d’éviter d’avoir à reconnaître la déficience de tout un système. En réalité votre enfant va très bien, il est parfaitement normal.

Outre l’infamie et la perversité de ce vaste mensonge organisé et ses effets désastreux sur la confiance en soi d’un être en devenir s’ajoute également un coût financier non négligeable sur notre système de santé et qui fait la fortune des laboratoires pharmaceutiques et des médecins qui se frottent les mains de voir venir à eux vos enfants générateurs de juteux profits. En clair, l’onde de choc de la calamiteuse méthode semi-globale a en réalité des répercussions gigantesques.

Car pour pallier ces fausses maladies dont seraient atteints vos chérubins on leur prescrit des consultations chez des thérapeutes divers ou en CHU ainsi que des psychotropes tels que la Ritaline – nécessaire sésame pour l’obtention de la prise en charge financière du parcours thérapeutique malgré les risques de suicides que sa prise peut provoquer – pour calmer leur hyperactivité, « maladie » très tendance opportunément découverte il y a quelques années pour cataloguer des enfants sainement toniques auprès de parents justement demandeurs de tranquillité. Les choses n’arrivent finalement pas tout-à-fait par hasard…

Le filon est tellement porteur qu’il faut parfois attendre plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous chez le médecin. La batterie de spécialistes va ensuite tout reprendre depuis la base afin d’apprendre à lire à votre petit en utilisant la méthode syllabique dont l’école continue de nier l’évidente nécessité. C’est donc une entreprise de destruction massive et pour cela tous les moyens sont bons.

Evelyne Tschirhart dénonce avec vigueur l’arsenal médical palliatif employé pour contrecarrer et masquer les graves manquements et dysfonctionnements de l’appareil enseignant. Mais l’incompétence de l’Education Nationale n’empêche cependant pas ses petits soldats de faire régulièrement grève pour demander toujours plus d’argent, toujours plus de postes, avec l’aide appuyée des parents d’élèves à tendance bobos qui crient haro sur le capitalisme tout en réclamant toujours plus de fric quand le problème est ailleurs.

L’auteur nous narre le cas de la petite Pauline incapable de recopier ses devoirs faute de parvenir à  déchiffrer les mots notés au tableau sans que sa maîtresse ne s’en émeuve. A défaut de recadrer celle-ci pour qu’elle abandonne son inopérante méthode mixte, ce fut la petite que l’on soigna. Pauline eut donc droit à une psychologue scolaire, une assistante sociale et une orthophoniste qu’elle a vue durant cinq années, le tout grassement payé par les bons soins de la collectivité (oui, c’est vous qui avez payé une première fois pour l’école et une seconde fois pour les frais résultant de l’incompétences de l’école). Quant aux parents de l’enfant ils ont même été soupçonnés de maltraitance en raison de ses angoisses qu’il était naturellement exclus d’imputer au corps enseignant puisque jamais l’institution et la maîtresse de Pauline n’ont été remises en cause, malgré les dégâts psychologiques consécutifs à cette maltraitance caractérisée. Et le cas de Pauline n’est qu’un exemple parmi des milliers d’autres dont peut-être votre propre enfant.

Orthophoniste, voilà donc un vrai métier d’avenir…

Si la médecine est devenue le nouveau terreau éducatif, le mérite quant à lui n’est plus qu’un gros mot auquel on préfère les concepts d’égalité et de discrimination positive, ou plus exactement de nivellement par le bas généralisé afin de ne pas stigmatiser ceux qui apprennent moins rapidement. Autrefois il existait des classes de même niveau dans lesquelles les élèves étaient intégrés selon leurs facultés et leur rapidité à apprendre pour ne pénaliser personne, ainsi les moins véloces soumis au même programme pouvaient apprendre à un rythme adapté pour eux sans nuire à ceux qui apprenaient plus rapidement, et le programme était bouclé pour tout le monde en fin d’année. L’idéologie égalitariste à tout crin a remplacé ce fonctionnement qui marchait sans doute trop bien pour lui préférer un mixage préjudiciable à tous, quitte à dégouter de l’école ceux qui n’y trouvent plus d’émulation et d’encouragement à progresser, et ceux qui ont l’outrecuidance par leurs aptitudes naturelles de se trouver sur le haut du panier.

Car l’être humain est ainsi fait que nous n’évoluons pas tous au même rythme ni avec les mêmes capacités intellectuelles. Refuser de considérer ce paramètre en nous mettant tous artificiellement ex-æquo comme à l’Ecole des Fans ne peut mener qu’à une catastrophe individuelle et collective.

Evelyne Tschirhart nous rappelle en outre qu’autrefois on pouvait s’extirper d’un milieu social défavorisé grâce à l’école. Ce n’est aujourd’hui plus le cas puisque bons et moins bons élèves perdent désormais ensemble (mais en toute égalité) ce qu’ils ont de meilleur.

Manifestement peu soucieuse de l’humain en tant qu’individu l’Education Nationale semble afficher un bonheur éducatif très nord-coréen avec son armée de petits apprenants incultes et ayant perdu toute émulation mais affichés comme épanouis de se trouver tous égaux dans l’échec. Et pour finaliser cette factice réussite des environnements aux réminiscences quasi-raéliennes sont mis en place, recréant la classe idéale avec ses petits « malades » soumis à la musique douce et aux bons sentiments moult fois ressassés jusqu’à complète intégration.

Nos petits élèves malades de l’école sont donc en bien mauvaise posture et ont plus que jamais besoin que cesse ce désastre qui n’a que trop duré. L’Education Nationale doit être entièrement repensée : réapprendre la discipline, l’envie d’apprendre et de progresser, contribuer à l’élévation intellectuelle au niveau individuel et finalement collectif de ces futurs adultes, revenir à ses fondamentaux, tout reprendre à la base et réintroduire de toute urgence la méthode syllabique, fondation nécessaire à tout savoir.

Nos enfants n’ont pas à être les otages d’une éducation idéologique abêtissante et régressive dans laquelle une sortie pédagogique consiste à apprendre à faire des confitures, dans laquelle encore le premier de la classe est vu comme le mouton noir à abattre, le « bouffon », celui qui se fait plus volontiers tabasser par les autres et mépriser par l’enseignant en mal de médiocrité. Il est impérieux, pour ne pas dire vital, de guérir les élèves en assainissant ce lieu d’où l’on sortait jadis en ayant réellement appris quelque chose et en premier lieu… à lire.


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